Archives par moisjuillet 2010



Un gosse mal élevé

Au fond, Nicolas Sarkozy n’est qu’un gosse mal élevé qui croit qu’il a toujours raison, que les autres sont tous méchants et qui s’entête. Même s’il est pris les doigts dans le pot de confiture, il jurera que ce n’est pas lui et il faut vraiment qu’il reçoive une bonne correction pour reconnaître qu’il a, peut-être, fait une petite bêtise.

Sa prestation d’hier à la télévision en est une nouvelle preuve.
Certes, il a concédé que le cumul des fonctions de trésorier de l’UMP et de ministre du Budget n’était pas une bonne idée, que le fait que la femme du même ministre du Budget soit conseillère de gestion de la plus grosse fortune de France n’était pas souhaitable et il nous a confirmé qu’il nommerait un nouveau gouvernement, plus resserré, en octobre, tout en nous racontant que beaucoup de choses pouvaient encore être discutées à propos de la réforme des retraites.

On ne l’avait jamais vu aussi « conciliant » jusqu’à présent. Il est vrai qu’avec 70% d’opinions défavorables dans tous les sondages, 10% de chômage, une gauche qui se requinque et des syndicats auxquels il a donné du grain à moudre, il fallait bien qu’il force un peu son naturel.

Mais quel dommage qu’Henri Guaino ne lui ait pas trouvé quelques formules pour élever le débat et apparaître soudain différent de l’homme qu’on connaît depuis trois ans et que les Français ne supportent plus.
Sarkozy s’entête, comme un enfant teigneux, à ne pas vouloir comprendre que si « l’affaire Bettencourt » est devenue « l’affaire Woerth » et que si « l’affaire Woerth » est devenue « l’affaire Sarkozy » ce n’est pas seulement parce que les Français sont convaincus que leurs dirigeants se sucrent sans pudeur en ménageant les grosses fortunes. Pour nos compatriotes, tout cela va bien au-delà de combines familiales plus ou moins véreuses et de financement occulte des partis politiques.

Pour eux, ce que ce feuilleton a mis au grand jour c’est toute la « philosophe » du régime, la conception qu’on se fait, au plus haut de l’Etat, de la société, des rapports humains, de la hiérarchie des valeurs.
Les Français sont des gens curieux qui rêvent de gagner au loto, qui refusent de parler argent à table, qui boursicotent et qui méprisent les nouveaux riches. Mais pour eux « la politique de la France ne peut pas se faire à la corbeille » et encore moins autour de poubelles bourrées de billets de banque.

Guizot qui, en 1843, leur avait dit « Enrichissez-vous ! » n’a pas laissé un bon souvenir. 164 ans plus tard, en leur promettant qu’ils allaient, grâce à lui, « gagner plus », Sarkozy ne les a séduits que le temps d’un scrutin. Il leur faut autre chose que du fric.

Mais le gosse mal élevé, Rastignac en herbe, continue à faire les yeux ronds (et doux) devant l’étalage le plus impudique des fortunes les plus colossales. Il faut le voir devant ses « amis » Bouygues, Bolloré ou Lagardère. Des « valeurs » sûres, à ses yeux. Sans doute même des modèles. Lui qui, avec un tact discutable, se vante d’avoir « fait un très beau mariage » en épousant son top-modèle milliardaire, il n’est pas impossible qu’il envie secrètement François–Marie Banier qui s’est fait offrir un milliard par Liliane Bettencourt.

Hier soir, il nous a répété pour la énième fois que, s’il avait voulu gagner beaucoup d’argent, il aurait fait un autre métier. Il a d’ailleurs encore tout à fait le temps de se reconvertir. Mais dans cette confidence, on voyait le regret. Et çà, les Français ne le lui pardonnent pas. Il n’arrive pas à « faire président » mais il aimerait bien « faire milliardaire ». C’est sans doute plus facile.

Bref, on aurait aimé, hier soir, entendre un chef de l’Etat nous parler de la grandeur de la France, de la « certaine idée » qu’il se fait de notre pays, de la culture, de la Princesse de Clèves, du message que notre pays peut encore adresser au monde, de l’espoir des jeunes générations, de la place de la France dans le monde de demain, de la solidarité… La gauche a remarqué, avec raison, qu’il n’avait même pas prononcé le mot de « chômage ».

Nous aurions aimé voir un chef d’Etat et nous avons eu un gamin qui a peur de se faire gronder mâtiné d’un caissier de banque qui rêve de faire un hold-up.

Mais on ne se refait pas. Il paraît que les enfants mal élevés ne grandissent jamais.

13 Juil 2010 | Comment (1)

Les 4 reculades de Sarkozy

Comme toujours, bien sûr, après une intervention de Nicolas Sarkozy, les avis et les réactions seront partagés.

La droite trouvera qu’il a été « excellent », « convaincant », qu’il a « su mettre un terme à plusieurs semaines de turbulences et de calomnies », tout en « annonçant les prochaines étapes ».

La gauche affirmera qu’il a tenté de noyer le poisson en défendant, contre toute évidence, « le soldat Woerth » et, se drapant dans sa dignité, en refusant de répondre à la seule question du jour, celle des relations incestueuses de la sarkozie avec les grosses fortunes. Et il est vrai que quand il s’est écrié : « Me voyez-vous, au cours d’un dîner chez les Bettencourt et devant des témoins, prendre une enveloppe de billets ? » il n’était pas très convaincant. On aurait eu envie de le relancer : « …Et quand il n’y avait pas de témoins ? »

Cela dit, l’objectivité oblige de reconnaître qu’il a été… bien meilleur que prévu.

Certes, il a réaffirmé son soutien total à Eric Woerth, « homme honnête, compétent », sur lequel il n’a « jamais eu aucun doute » et « qui conduira la réforme des retraites » jusqu’à son terme.

Il pouvait s’appuyer, et ne s’en est pas privé, sur le rapport de l’Inspection Générale des Finances qui affirme sans ambages qu’« Eric Woerth n’est jamais intervenu dans les affaires fiscales de Mme Bettencourt ».

Certains, notamment à gauche, contestent la validité de ce rapport en faisant remarquer, d’abord, qu’il a été « rédigé par des fonctionnaires sur le fonctionnement de leur propre administration et à la demande de leur propre ministre » qui souhaitait, évidemment, protéger son prédécesseur et ami. Ensuite, que les quatre rapporteurs disent avoir étudié… « 6.247 dossiers », en moins de dix jours, ce qui fait 624 dossiers par jour et 156 dossiers par jour et par rapporteur. Enfin et surtout, qu’il y avait fort peu de chances que ces rapporteurs puissent découvrir la moindre preuve écrite de la moindre intervention du ministre du Budget demandant qu’on épargne tout souci à Liliane Bettencourt. Ce genre de démarche se faisant généralement par voie orale et discrètement.

Mais il faut rappeler qu’avant la publication de ce rapport, tout le monde, et même à gauche, louait l’honnêteté du président de l’IGF, Jean Bassères, ancien directeur de cabinet de Laurent Fabius à Bercy et donc peu suspect de sarkozisme. Il est alors difficile aujourd’hui de contester totalement son rapport.

Sarkozy ne nous a donc pas annoncé le licenciement d’Eric Woerth de son poste de ministre du Travail. Mais il est tout de même allé beaucoup plus loin qu’on ne l’imaginait.

D’abord, il nous a déclaré qu’il avait lui-même « demandé à Woerth d’abandonner sa fonction de trésorier de l’UMP ». Première reculade et d’importance. Le cumul des fonctions de trésorier d’un parti politique et de ministre du Budget (ou d’ailleurs de n’importe quel poste ministériel) étant, en effet, inacceptable dans un Etat de droit. Il était grand temps que le président de la République le reconnaisse.

Ensuite, deuxième reculade, Sarkozy nous a annoncé la création d’« une commission chargée de réfléchir pour éviter toute forme de conflit d’intérêts ». Il s’agit là de répondre à la pire des accusations portées contre Woerth : celle d’avoir fait embaucher sa propre épouse comme gestionnaire de la fortune de Liliane Bettencourt. La femme d’un ministre du Budget peut-elle être salariée pour « optimiser les revenus » d’une milliardaire et donc, en clair, trouver des solutions pour diminuer ses prélèvements obligatoires ? La France entière avait été scandalisée en apprenant les activités de Florence Woerth.
La commission va tenter d’établir une sorte de code de bonne conduite. Mais ce problème des « conflits d’intérêts » est délicat. Interdire à une épouse, une sœur, un frère, un lointain cousin telle ou telle activité sous prétexte qu’il pourrait y avoir « conflit d’intérêts » avec la fonction du ministre est difficile. Quelles sont les limites du « conflit d’intérêts » ? Quelles sont les limites du cercle familial ?
Comme le disait si bien Clemenceau : « Quand on veut enterrer un problème, on crée une commission ». Cela dit, Sarkozy a reconnu implicitement que les activités de Florence Woerth étaient incompatibles avec la fonction de son mari. Dont acte.

Troisième reculade, en confirmant qu’il y aurait bien un important remaniement ministériel en octobre, après l’adoption de la réforme des retraites, Sarkozy a clairement laissé entendre que cette nouvelle équipe serait « resserrée » et a fait mine de ne pas entendre la question quand Pujadas lui a demandé si « l’ouverture » était toujours à la mode.
On peut en déduire que, l’expérience aidant, Sarkozy n’est peut-être plus un adepte du débauchage des seconds couteaux à gauche. Kouchner, Besson, Mitterrand, Bockel, Fadela Amara vont passer de bien mauvaises vacances.

Enfin, quatrième reculade, la réforme des retraites. Si Sarkozy a bien précisé qu’il n’était pas question de revenir sur l’âge légal du départ en retraite à 62 ans et sur la parité des cotisations entre le public et le privé, il a ouvert toute grande la porte des discussions sur « la pénibilité ».
Autant dire que Sarkozy a « senti le vent du boulet ».

Pour le reste, il n’a pas été très bon.
A propos du G20 et de la gouvernance mondiale, il a carrément offert des sièges au Conseil de Sécurité de l’ONU à tout le monde, à l’Afrique, à l’Amérique latine et à l’Inde, avec une générosité qui fera sans aucun doute sourire dans la plupart des capitales. De la démagogie planétaire ! S’il persiste, sa présidence du G20 sera houleuse.

Pour ce qui est de l’IFS (que la droite voudrait voir supprimer) et du Bouclier fiscal (que la gauche voudrait voir supprimer), il est devenu incohérent en affirmant qu’il ne voulait « pas faire comme l’Allemagne » qui a supprimé l’impôt sur les grosses fortune mais qu’il voulait « faire comme l’Allemagne » qui a gardé le bouclier fiscal.

La question qui se pose maintenant est de savoir si cette prestation va mettre un terme à toutes les accusations qui accablent le régime et lui permettre de remonter, un tant soit peu, dans les sondages d’opinion au fond desquels il patauge avec 70% d’opinions défavorables.
On verra alors s’il a la moindre chance de rebondir d’ici aux présidentielles ou s’il est à jamais rejeté par les Français.

12 Juil 2010 Commentaires fermés sur Les 4 reculades de Sarkozy

Quand l’anti-racisme dérape…

Le racisme est évidement odieux mais l’anti-racisme peut devenir ridicule.

Un jeune athlète français, Christophe Lemaître, vient d’entrer dans le club très fermé des champions qui ont réussi à parcourir le 100 mètres en moins de 10 secondes. Bravo ! Tout le monde l’a félicité et certains ont alors remarqué qu’il était « le premier blanc » à réussir un tel exploit. Ce qui est parfaitement exact.

Aussitôt, les professionnels de l’anti-racisme ont poussé les hauts cris et se sont indignés. Comment oser remarquer la couleur de la peau de Lemaître ? Ce qui est remarquable, s’écrient-ils, c’est sa performance, pas le fait qu’il soit blanc. Racisme ! Racisme !

On veut croire que ceux qui avaient souligné que Lemaître était blanc n’avaient pas l’intention de jeter l’anathème sur les blancs qui n’avaient jusqu’à présent pas été capables d’aller aussi vite. Ni d’ailleurs sur les quelques noirs qui avaient réussi l’exploit.

Il n’y avait évidemment aucun racisme dans cette constatation. Lemaître avait parcouru le 100 mètres en 9,98 secondes, il était blanc et il était le premier blanc à descendre sous la barre des 10 secondes. C’était peut-être anecdotique mais cela valait tout de même la peine d’être souligné. Et cela ne risquait en rien de « provoquer la haine raciale ».

Quand Barack Obama a été élu président des Etats-Unis, le monde entier a souligné qu’il était « le premier noir » à entrer à la Maison Blanche. Les professionnels de l’anti-racisme n’ont rien dit alors que, si l’on en croit leur attitude dans « l’affaire Lemaître », on aurait du se contenter de dire qu’un jeune démocrate plein de talent l’avait emporté.

A force de faire du zèle et de déraper, les anti-racistes vont finir par se discréditer ce qui serait bien dommage. On devrait pouvoir remarquer la couleur d’un homme sans se faire aussitôt taxer de racisme.

11 Juil 2010 | Comment (1)

Pujadas est-il un fasciste?

Nicolas Sarkozy va donc s’adresser aux Français demain soir, du perron de l’Elysée (« si le temps le permet ») en répondant, pendant une heure, aux questions de David Pujadas, l’animateur vedette de la 2.

La première question qui se pose est de savoir si Pujadas est, ou non, « un fasciste », au sens où l’entendent maintenant Xavier Bertrand et ses complices de l’UMP, c’est-à-dire un journaliste digne de ce nom, cherchant à découvrir la vérité et n’hésitant pas, éventuellement, à déplaire au pouvoir. En clair, posera-t-il les bonnes questions et refusera-t-il de se contenter de réponses évasives ?

Mais il n’y aura pas que les questions de Pujadas. Sur sa page Facebook, Nicolas Sarkozy s’est lui-même adressé, avec un certain culot, aux Internautes : « Faites-moi part des sujets qui vous intéressent et des questions auxquelles vous voudriez que je réponde. Merci beaucoup ». A croire que Sarkozy ignore les questions que se posent les Français et qu’ils souhaiteraient lui poser. Les questions qu’on peut imaginer sans peine seront-elles toutes posées ?
Sarkozy va, évidemment, vouloir nous parler de la réforme des retraites qui sera d’ailleurs présentée mardi en Conseil des ministres. Le sujet est important, essentiel et même d’actualité, mais il faut bien constater que pour les Français (qui, majoritairement, contestent le texte tel qu’il est pour l’instant) il ne fait plus partie des toutes premières préoccupations.

Sarkozy peut le regretter, il l’a déjà dit à plusieurs reprises, mais nos compatriotes préfèrent, pour l’instant, se passionner pour ce qu’il a lui-même appelé, à juste titre, « les horreurs » plutôt que pour ces grandes réformes.
Sarkozy aurait grandement tort de nous faire le coup du mépris pour cette « populace » qui s’intéresse à des « rumeurs », à des « ragots », à des « calomnies » sortant du « caniveau ».

Il ne s’agit ni de rumeurs (la justice a lancé des enquêtes) ni de caniveau. Mais de morale et du sommet de l’Etat. Pour les Français, ces « affaires » sont plus importantes que n’importe quelle réforme tout simplement parce qu’il s’agit de savoir si le régime, l’Elysée, les ministres, le parti majoritaire sont corrompus, pourris par l’argent, protègent les milliardaires, touchent des pots-de-vin, des dessous-de-table pour fermer les yeux sur des malversations, attribuer à certains des contrats juteux, à d’autres des facilités pour contourner les lois.

La question est de savoir si le régime est pourri jusqu’à la moelle. On admettra qu’elle puisse passionner les Français en cette période d’austérité et alors que Sarkozy, en personne, nous avait promis une République « irréprochable ».

On attend donc qu’avant de passer à la réforme des retraites, Pujadas, reprenant éventuellement certaines questions des internautes, demande au président s’il est « normal », dans un Etat de droit, que le trésorier d’un parti politique soit, en même temps, ministre du Budget, « normal » que le dit ministre du Budget fasse embaucher sa propre femme par la plus grosse fortune de France comme conseillère de gestion, « normal » que cette plus grosse fortune de France n’ait pas eu à subir de contrôle fiscal et d’autant plus que, de notoriété publique, une bonne partie de cette fortune s’était « évadée » vers des paradis fiscaux.

Certes, l’ancien ministre du Budget en question ne tombe là sous le coup d’aucune loi. Mais était-ce « normal » ?
Le rapport de l’Inspection Générale des Finances qui aura, en principe, été publié quelques heures plus tôt, devrait être au coeur du dialogue. Le président de l’IGF, Jean Bessères, est l’ancien directeur de cabinet de Laurent Fabius à Bercy, donc un homme « de gauche ». Cette étiquette qui le disculpe de toute courtisanerie incite à espérer une certaine objectivité du rapport. On devrait savoir si Liliane Bettencourt a été, ou non, « épargnée » anormalement par les services d’Eric Woerth.

Mais Pujadas doit aller encore plus loin et, les yeux dans les yeux, demander au président s’il connaissait personnellement les Bettencourt, s’il allait fréquemment chez eux et s’il lui est arrivé d’en repartir avec de l’argent liquide plein les poches. Et si les Bettencourt ont financé d’une manière illégale sa campagne présidentielle.

Autant on peut imaginer un Sarkozy bien inspiré et reconnaissant qu’il y a, peut-être, eu, par le passé, certains « dysfonctionnements » et annoncer la création d’une commission chargée d’étudier de nouvelles règles sur les incompatibilités entre les fonctions de trésorier d’un parti et de membre du gouvernement ou entre les conjoints, autant on le voit mal reconnaître qu’il a reçu de l’argent liquide des Bettencourt pour financer sa campagne.

Mais, au fond, ce n’est, peut-être, pas là le plus important. Les Français savent que tous les partis politiques sont financés de manière illégale. Ils s’y sont habitués. Ils n’ont jamais cru que le Parti communiste finançait ses campagnes par la vente du muguet le 1er mai.
Ce qui les a choqués, scandalisés c’est qu’Eric Woerth fasse embaucher sa femme par Liliane Bettencourt avec tout ce que cela signifie comme facilités pour la plus grosse fortune de France.

Si Sarkozy voulait réussir un grand coup, il annoncerait qu’Eric Woerth quitte le gouvernement tout en répétant, naturellement, qu’il est parfaitement innocent mais en reconnaissant qu’un ministre, comme la femme de César, ne peut pas être soupçonné.
Il n’y a aucune chance pour qu’il ait une telle idée. En parlant pour ne rien dire, Sarkozy va encore perdre quelques points dans les sondages. Il est vrai qu’il n’est plus à çà près. Mais on va savoir si Pujadas fait partie des « fascistes ». Là encore, on risque d’être déçu.

11 Juil 2010 | Comments (4)

Faites taire les journalistes!

Le pouvoir perd complètement les pédales.
Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée, affirme que « la vérité est rétablie » sous prétexte que l’ancienne comptable de Liliane Bettencourt se serait, en partie, rétractée.

On se souvient qu’elle avait déclaré que Nicolas Sarkozy venait souvent déjeuner chez les Bettencourt et repartait avec des enveloppes bourrées de billets de banque et qu’Eric Woerth avait reçu 150.000 € pour financer la campagne présidentielle de Sarkozy en 2007.
D’après des fuites organisées par le procureur Philippe Courroye, ami de Sarkozy et qui mène l’enquête, la pauvre Claire Thibout aurait fini par reconnaître qu’elle n’avait pas vu de ses yeux Sarkozy et ses enveloppes et qu’elle ne savait pas à qui étaient destinés les 150.000 € qu’elle avait remis à Patrice de Maistre, gestionnaire de la fortune des Bettencourt, même si celui-ci lui avait bien déclaré que c’était pour Eric Woerth.

Or, l’avocat de Claire Thibout vient de déclarer que sa cliente ne s’était pas du tout rétractée alors pourtant qu’elle subit actuellement d’énormes pressions, ce qu’on veut bien croire. Et, pire, « Marianne » révèle aujourd’hui que ce ne sont pas 150.000 € mais 380.000 € qui ont été sortis, en liquide, des compte des Bettencourt au cours des cinq mois qui ont précédé les élections présidentielles, ce qui ferait beaucoup en frais de bouche et de coiffeur.

Contrairement donc à ce que claironne Guéant, la vérité n’est pas rétablie, elle commence seulement à apparaître très clairement.
On attend donc avec impatience le rapport de l’Inspection Générale des Finances qui devrait confirmer que Liliane Bettencourt n’a pas eu à subir de contrôle fiscal depuis plus de quinze ans (alors que toutes les grosses fortunes sont contrôlées tous les trois ans) et surtout nous donner des précisions sur l’utilisation des sommes conséquentes sorties en liquide des comptes de Liliane Bettencourt à la veille des présidentielles.

Ces deux points permettraient de savoir si Liliane Bettencourt (qui reconnaît avoir des comptes à l’étranger) a bel et bien été protégée par le ministre du Budget et surtout si elle a, ou non, financé illégalement la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. On doute cependant que ce rapport de l’IGF soit très précis.
En attendant, les gardes du corps de Sarkozy, Bertrand, Lefebvre, Morano et autres, continuent à tirer à vue sur la presse et en particulier sur Médiapart, le site qui a sorti l’affaire. Tout y passe : « méthodes fascistes », « mœurs trotskistes », « caniveau », etc.

Et voilà qu’une élue de l’UMP, a trouvé mieux. Muriel Marland-Militello est députée de la deuxième circonscription des Alpes-Maritimes et grande amie d’Estrosi mais elle est surtout la femme de Philippe Marland, ancien préfet justement des Alpes-Maritimes ( !), ancien membre du cabinet d’Edouard Balladur à Matignon et ancien directeur de cabinet de Michèle Alliot-Marie à la Défense.

Et qu’a-t-elle trouvé pour venir au secours d’un régime en perdition ? Une proposition de loi précisant les fonctions interdites aux épouses des ministres ? Non. Un texte permettant de contrôler les relations entre les pouvoirs de l’argent et le pouvoir politique ? Non. Elle a trouvé mieux, beaucoup mieux.
Elle va déposer une proposition de résolution sur… la liberté de la presse ! Pour, dit-elle « préciser l’équilibre entre liberté de la presse, droit d’informer, droit au respect de la vie privée et respect des informations couvertes pour des secrets professionnels » (sic !).

On croit rêver ! Comment une députée UMP ose-t-elle s’en prendre à la liberté de la presse en pleine tempête médiatique autour du trésorier de l’UMP, ancien ministre du Budget et actuel ministre clé du gouvernement, tempête qui maintenant éclabousse à l’évidence le chef de l’Etat lui-même ?
Ce qui est grave dans cette histoire, ce n’est pas le zèle absurde de cette députée inconnue, c’est que personne à l’UMP ne lui ait dit de se taire et de remettre sa proposition de résolution dans son sac de plage.

Cela laisserait entendre que le parti du président entend « rééquilibrer » la liberté de la presse –pourtant déjà bien malmenée- pour mener en toute impunité la campagne des présidentielles.

Faites taire les journalistes ! Que nous puissions continuer tranquillement nos petites combines.

09 Juil 2010 Commentaires fermés sur Faites taire les journalistes!

Mais que pourrait-il bien nous dire?

Il parait que Nicolas Sarkozy va s’adresser aux Français la semaine prochaine. Pour mettre un terme aux rumeurs, aux calomnies, tenter d’arrêter le déluge d’accusations qui s’abat sur son régime, défendre Eric Woerth et nous demander de nous « passionner davantage pour les grandes réformes en cours que pour les… horreurs », comme il l’a déjà dit, l’autre jour.
A dire le vrai, on voit mal ce qu’il pourrait bien nous raconter.

S’il reprend les « arguments » développés ces jours derniers par sa vieille garde, ce sera le flop assuré.
Non, ce n’est pas la gauche qui s’est lancée dans une opération politicienne contre le ministre du Travail pour le déstabiliser et l’empêcher de mener à bien la réforme des retraites. Car ce n’est pas la gauche qui a décidé de l’ouverture du procès opposant la fille de Liliane Bettencourt à François-Marie Banier, pas plus que ce n’est elle qui a fait enregistrer par un majordome des conversations entre la vieille dame milliardaire et son gestionnaire Patrice de Maistre. Ce n’est pas Martine Aubry, non plus, qui a obtenu les confidences (plus ou moins démenties) de l’ancienne comptable de Liliane Bettencourt.

Non, la presse –en l’occurrence le site Médiapart- n’a pas usé de méthodes « fascistes » en publiant ces conversations « volées ». Elle a simplement fait son travail. Car ces conversations qui révèlent que Liliane Bettencourt peut apparaître, en effet, fatiguée à certains moments, révèlent surtout –ce que le grand public ne savait pas- que la propre femme du ministre du Budget était salariée de la plus grosse fortune de France et que Patrrice de Maître se faisait fort de pouvoir demander à son mari ce qu’il voulait. Médiapart n’a fait que son métier, en pratiquant ce qu’on appelle du « journalisme d’investigation ».

Certes, Sarkozy pourra évoquer la « présomption d’innocence » à laquelle chacun, bien sûr, a droit, Woerth comme le moindre des citoyens. Woerth est simplement « mis en examen » par la presse et par l’opinion publique. La « mise en examen » (par la justice ou par la presse, comme c’est la cas ici) ne compromet en rien cette présomption d’innocence. Si ce n’est, bien sûr, qu’elle s’accompagne toujours, qu’on le veuille ou non, d’une présomption… de culpabilité. Aucun magistrat n’a jamais mis en examen quelqu’un dont il ne présumait pas, plus ou moins, une certaine culpabilité.

Or, pour Eric Woerth, il y a une présomption de culpabilité évidente ne serait-ce que parce que sa femme a été embauchée (pour « optimiser sa fiscalité », bel euphémisme !) par la plus grosse fortune de France laquelle est soupçonnée d’avoir pratiqué, à haute dose, l’évasion fiscale contre laquelle ce ministre du Budget prétendait justement lutter avec acharnement. On reconnaîtra que la présence de la femme du ministre du Budget aux cotés de Liliane Bettencourt peut, à elle seule, susciter bien des soupçons, c’est-à-dire exiger une enquête.

Comme toujours dans ce genre d’affaires, tout le monde en rajoute, ment, se contredit, se rétracte. Woerth nous a successivement juré sur l’honneur qu’il ne connaissait pas Liliane Bettencourt (faux), qu’il ne savait pas ce que sa femme faisait chez cette vieille dame (incroyable), qu’il ne connaissait pas Patrice de Maistre (auquel il a fait avoir la Légion d’Honneur), qu’il n’avait jamais ordonné ou empêché un contrôle fiscal (mais à quoi sert un ministre du Budget ?), qu’il n’avait jamais, en tant que trésorier de l’UMP, touché un sou de Liliane Bettencourt (aussi difficile à croire qu’à prouver).

En fait, dans cette affaire, il y a la loi, d’un coté, et la morale, de l’autre. Aucune loi n’interdit (hélas) à un ministre du Budget de faire embaucher sa femme par une milliardaire, de fréquenter les grosses fortunes, d’attribuer la Légion d’Honneur à un gestionnaire. Alors que la morale, elle, est sans pitié pour ce genre de collusion.

Quand on contrevient à la loi, c’est, en principe, la prison, quand on contrevient à la morale, c’est, en principe, la déroute électorale.
Sarkozy va, sûrement, nous parler de la loi et tenter de nous faire croire en l’innocence de Woerth. La morale n’étant pas son fort, il y a peu de chance qu’il aborde le sujet.

On imagine déjà Henri Guaino, dans son beau bureau élyséen, en train de peaufiner pour son maître quelques jolies formules. « La broyeuse populiste » (déjà utilisée), « l’honneur d’un homme intègre souillé par les ragots odieux des mercenaires de la haine », etc. On connaît son goût pour l’histoire. Il pourrait être tenté par quelques allusions à Salengro (qui revient à la mode) et pourquoi pas carrément Dreyfus.

Cela dit, si, comme on nous le dit, Sarkozy décidait de parler, il ferait une erreur. En prenant ainsi la parole à la barre de ce curieux procès populaire, il apparaîtrait, évidemment, comme le complice de son co-accusé. Et le procès intenté à Woerth se transformerait ipso facto en procès du régime, de la sarkozie et des rapports incestueux qu’elle entretient avec « les puissances d’argent ».

S’il parle, il s’enfonce, s’il ne dit rien, il s’enfonce.
Il y a quelque temps, il avait murmuré « Décidemment, ce n’est pas facile de faire président ».

08 Juil 2010 Commentaires fermés sur Mais que pourrait-il bien nous dire?

Les Ecuries d’Augias sont à Chantilly

Sous le titre évocateur « Le haras qui rit de Florence Woerth », l’Express.fr publie aujourd’hui une épouvantable enquête sur l’écurie de course de Florence Woerth.

A la lire, on se dit qu’il est plus la peine de chercher des preuves, des témoignages, des détails pour prouver la culpabilité du ministre du Travail. Tout y est. Les magouilles, les combines, les lois de complaisance, les petits services rendus aux grosses fortunes, les liens incestueux entre le pouvoir politique et les milliardaires.

C’est, en effet, au « Karcher » qu’il faut nous débarrasser de ces « racailles ». On sait maintenant que les Ecuries d’Augias sont à Chantilly.
Florence Woerth a donc créé en 2008 une société « Ecurie Dam’s » dont les actionnaires, exclusivement des femmes, achètent des parts de chevaux de course. Jusqu’à là, rien à dire.

« Ecurie Dam’s » compte une trentaine d’actionnaires et ces dames sont plutôt élégantes. On reconnaît parmi elles Caroline Guerrand-Hermès, héritière d’Hermès (Florence Woerth vient d’entrer au conseil de surveillance de la maison), Réjane Lacoste, femme du « crocodile », Emmanuelle Bour-Poitrinal, sœur du leader européen de l’immobilier de bureau, Marie-Caroline Giral, fille de l’un des grands patrons du BTP, Françoise Kron, femme du PDG d’Alstom, etc Beaucoup de gens qu’on avait entraperçus à la fameuse soirée du Fouquet’s. Là encore, rien à dire.

Mais les choses franchissent vite la ligne jaune.
On sait que la fameuse loi TEPA, présentée, en partie, par un ministre du Budget qui s’appelait Eric Woerth, a non seulement abaissé le bouclier fiscal à 50% des revenus mais aussi accordé aux redevables de l’ISF la possibilité d’investir dans des PME en réduisant d’autant (en fait de 75%) leur ISF. Excellente idée qui aurait dû permettre aux PME (gisement essentiel pour l’emploi) de trouver les fonds qui leur manquent pour se développer. Hélas, l’idée n’a guère en de succès.

Or, grâce à une entourloupe signée Eric Woerth, les écuries de course (de groupe) sont considérées comme des… PME ! On peut donc s’offrir un morceau de cheval et réduire son ISF.

La première banque à avoir vu, dès 2007, le filon fut la Banque privée 1818 qui gère un certain nombre de très grosses fortunes et… où travaillait alors Florence Woerth. Merci, Chéri ! Un an plus tard, l’épouse du ministre du Budget était embauchée chez Clymène, le gestionnaire de Liliane Bettencourt et elle créait « Ecurie Dam’s ».
Et ce n’est pas tout.

Eric Woerth a aussi fait adopter une « Loi sur les jeux et les paris sportifs en ligne ». Il s’agissait de faire face au développement de l’Internet et à la concurrence des sites de paris étrangers. Très bien.

Mais cette loi avantage considérablement « France Galop » (présidé par Edouard de Rothschild) et sa filiale le PMU. Le PMU garde son monopole sur les paris « papier » et la taxe sur ces paris papier a été abaissée de 11,5% à 7,5% (100 millions perdus pour l’Etat), les opérateurs en ligne devront verser à « France Galop » une redevance de 9% du montant des paris, le PMU pourra proposer toutes sortes de paris sportifs en ligne, etc.

Or, Florence Woerth faisait partie… du conseil d’administration de « France Galop », dont le nouveau directeur général n’est autre qu’Hubert Monzat, ancien membre du cabinet de Woerth à Bercy. A « France Galop » il vient de succéder à Emmanuelle Bour-Poitrinal, actionnaire de l’« Ecurie Dam’s ».
L’Express rappelle alors que Bertrand Bélinguier, ancien PDG du PMU et époux d’une actionnaire de « Ecurie Dam’s », vient, lui, de prendre la direction de la « Fédération française des entreprises de jeux en ligne » laquelle regroupe le PMU (donc filiale de « France Galop »), « EurosportBet » (du groupe… Bouygues), les « Casinos Barrière » (présidés par Dominique Desseigne, patron du… Fouquet’s). Et que vont bientôt en faire partie « Betlic » (qui appartient à… Stéphane Courbi et dont l’actionnaire de référence est… Alain Minc) et PokerStars (dont le patron n’est autre… qu’Alexandre Balkany, fils de…).

Tout cela rappelle à la fois Ubu Roi et Arturo Ui. Ca finira mal.

En dévoilant toutes ces turpitudes, L’Express de Christophe Barbier (pourtant un proche de Sarkozy et de Carla) va-t-il être accusé à son tour de faire le jeu du Front National avec des méthodes fascisto-trotskistes ?

07 Juil 2010 Commentaires fermés sur Les Ecuries d’Augias sont à Chantilly

Son Excellence crache dans la soupe

Christophe Rufin a, peut-être, du talent mais il a surtout du culot.

Le médecin-humanitaire-romancier-académicien (et très à la mode dans le tout Paris, un tiers-mondiste, deux tiers-mondain) avait été nommé ambassadeur de France au Sénégal en août 2007 par son vieux copain Bernard Kouchner. Un superbe fromage, avec résidence de grand luxe (vue sur l’Océan), piscine, larbins, voitures, chauffeurs et, il faut bien dire, pas grand-chose à faire si ce n’est poursuivre, à l’ombre des cocotiers, une carrière d’écrivain. Ce qu’il a fait puisque l’auteur de « L’Abyssin », des « Causes perdues » et de « Rouge Brésil » (Goncourt 2001) a eu le temps, entre deux cocktails, trois pêches sous-marines et quatre parties de tennis, d’écrire à Dakar « Le Léopard sur la garrot ».

L’ennui c’est qu’il n’avait rien compris et qu’il croyait même qu’il était vraiment ambassadeur de France.
Il n’avait pas compris qu’un ambassadeur nommé par pur copinage est toujours totalement discrédité, aussi bien au Quai d’Orsay que dans son pays de résidence. Pire, qu’un homme promu par Kouchner ne peut apparaître que comme un guignol à travers la planète.

La nomination de Kouchner comme ministre des Affaires étrangères avait choqué en France parce qu’elle symbolisait une « ouverture à gauche » dans laquelle Sarkozy ne pouvait que se pincer les doigts. Mais elle avait scandalisé à l’étranger parce que le « French doctor » n’était connu qu’en tant que père du « droit à l’ingérence ».
Or, ce « droit à l’ingérence » est considéré –à juste titre- dans tous les pays émergeants ou du Tiers-monde comme la pire forme du néo-colonialisme. Au nom de grands principes qui ne sont que les nôtres, nous estimerions avoir « le droit » de nous « ingérer » dans les affaires de pays qui sont, en principe, libres et indépendants. Mieux encore, nous ne revendiquerions ce « droit » que dans les petits pays, l’Afghanistan, le Tchad, le Liban, la Serbie, etc., dans lesquels nous estimerions de notre devoir de tenter de rétablir la démocratie. Mais nous n’avons jamais revendiqué ce « droit » en Chine ou en Russie où pourtant la démocratie ne semble pas toujours respectée au Tibet ou en Tchétchénie.

« Pote de Kouchner, père du droit à l’ingérence » (et grand porteur de sacs de riz bidons sur l’épaule en Somalie, tout en étant l’avocat rétribué du régime abominable de Birmanie), Rufin ne pouvait qu’être rejeté par les Sénégalais.

Et il s’est pris pour un ambassadeur qui allait diriger les relations entre la France et le Sénégal ! Le malheureux ignorait donc que depuis toujours, entre la France et l’Afrique, tout se passe d’un palais présidentiel à l’autre. Parce que, dans les capitales africaines, ce sont les présidents qui décident de tout, qu’ils ont généralement fait leurs études en France, qu’ils possèdent souvent des appartements parisiens et que, depuis De Gaulle et Foccard, ils n’utilisent que la ligne directe avec l’Elysée, pour parler de tout et de rien, mais, bien souvent, de petits arrangements qui ne regardent personne.
Bref, en arrivant à Dakar, Rufin a fait sourire par sa naïveté mais très rapidement sa morgue a horripilé le président sénégalais Wade qui a, naturellement, fini par demander son rappel. Et il l’a, bien sûr, obtenue comme au meilleur temps de la « Françafrique ».

Furieux, car c’était tout de même la belle vie à Dakar, l’ancien ambassadeur vient de vider sa rage dans les colonnes du « Monde ».

Il attaque d’abord Guéant, le secrétaire général de l’Elysée : « Les affaires africaines les plus sensibles sont tranchées par Claude Guéant qui est un préfet et qui n’a pas une connaissance particulière de l’Afrique (…) Il dépend du seul président de la République dont j’ignore s’il est complètement informé des initiatives de son collaborateur ». Rufin a sûrement raison. Guéant se prend pour le successeur de Foccard sans en avoir ni l’intelligence, ni la connaissance de l’Afrique, ni surtout la maîtrise des réseaux qui comptent.

Puis, sans la moindre reconnaissance pour son bienfaiteur, Rufin fusille Kouchner : « qui n’a pas su s’imposer dans ce domaine et plus généralement en politique étrangère (…) Il est difficile de comprendre comment il peut avaliser des décisions prises par d’autres sur des bases qui ne sont pas les siennes » Là encore, Rufin a parfaitement raison. Le moins qu’on puisse dire c’est que Kouchner n’a pas su s’imposer.
Et Rufin termine sa diatribe en s’écriant : « Le Quai d’Orsay est aujourd’hui un ministère sinistré et les diplomates sont dans le désarroi le plus total car ils ne se sentent pas défendus ».

Oui, çà aussi c’est vrai ! Nos diplomates sont dans le désarroi le plus total… depuis l’arrivée de Sarkozy à l’Elysée. Ils ne comprennent pas les incohérences de la diplomatie qu’entend mener Sarkozy, « européen » mais en froid avec Angela Merkel, « atlantiste » mais méprisé par Obama, « russophile » et jouet de Poutine, « méditerranéen » et ridicule avec son union pour la Méditerranée, partisan d’une nouvelle donne avec l’Afrique et ami d’Idriss Deby et des héritiers de Bongo ou de Eyadéma, voyageur de commerce et brouillé avec la Chine…

L’académicien crache dans la soupe en disant quelques vérités. Mais il est bien dommage qu’il ait attendu de se faire virer comme un malpropre, après une ambassade totalement ratée, pour s’apercevoir d’une situation que tout le monde dénonce depuis longtemps.

Certains diront aussi que sa tardive franchise prouve que les gauchistes convertis au sarkozisme commencent à reprendre leur liberté, comme s’ils sentaient qu’ils avaient joué le mauvais cheval.

07 Juil 2010 | Comment (1)

« L’affaire Bettencourt » est devenue « l’affaire Sarkozy »

Les « révélations » continuent à pleuvoir. Cette fois, c’est l’ancienne comptable de Liliane Bettencourt qui raconte à la police que, jadis, Nicolas Sarkozy venait souvent déjeuner « à la maison » et repartait toujours avec une grosse enveloppe bourrée de billets de banque. Elle ajoute d’ailleurs que « Dédé » (alias André Bettencourt, mort en 2007) a fait remettre de grosses sommes d’argent à Eric Woerth, trésorier de l’UMP, pour financer la campagne présidentielle du même Sarkozy.

Tout cela ne surprendra personne. Il y a fort à parier que tous les milliardaires qui ont sablé le champagne lors de la fameuse soirée du Fouquet’s en ont fait tout autant. D’ailleurs, Pierre Bergé n’a jamais caché, de son coté, qu’il avait « aidé » Ségolène Royal pendant sa campagne. Chacun a ses milliardaires.
On a eu beau prendre des dispositions législatives pour tenter de moraliser un peu notre vie politique, rien n’y a fait et rien n’y fera jamais. Il faut beaucoup d’argent pour tenter de gagner des élections et il y aura toujours de riches « donateurs » prêts à faire un geste avec, bien sûr, l’espoir de faire, en même temps, un bon placement. Il est même fréquent, parait-il, que ces mécènes arrosent plusieurs candidats concurrents à la fois, histoire de ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier.
Le tout est, bien sûr, de ne pas se faire prendre.

Chirac qui avait senti le vent du boulet -on se souvient de la fameuse cassette Méry- s’en était sorti avec quelques pirouettes -« abracadabrantesque », « pschitt »- et on avait oublié le cadavre de Méry dans le placard.

Pour Sarkozy, les choses vont être beaucoup plus difficiles. Tout simplement parce qu’il n’a jamais caché son goût pour l’argent facilement gagné, pour les grosses fortunes à Ray ban, yachts et Rolex. Ce type pue le fric. Voilà la tare indélébile. Il ne l’a jamais compris. Voulant faire miroiter le bonheur aux Français, il leur avait promis qu’ils pourraient, grâce à lui « gagner plus » et, face à la crise, il n’a rien trouvé de mieux que de renflouer les banques et de s’accrocher au boucler fiscal.

Or, les Français ont un rapport compliqué avec l’argent et s’imaginent, naïvement, qu’on peut faire de la politique tout en gardant les mains blanches.
Maintenant ce n’est plus « l’affaire Bettencourt » (tout le monde a oublié la querelle qui oppose la fille et la mère) et ce n’est pratiquement plus « l’affaire Woerth » (chacun a compris que le ministre du Budget avait casé sa femme chez la vieille dame milliardaire, pour un joli salaire, et qu’en échange, il ne pouvait que se montrer indulgent en face des irrégularités que gérait sa propre épouse). C’est « l’affaire Sarkozy », celle d’un régime où on se fait payer ses cigares, ses jets privés, ses appartements et ses petits plaisirs par la République et celle d’un homme dont les meilleurs amis sont des milliardaires qui ont, sans guère de doute, financé toutes ses campagnes électorales et auxquels il a, sans guère de doute non plus, toujours su renvoyer l’ascenseur.
En attendant que « l’affaire des sous-marins pakistanais » (qui sera autrement plus dévastatrice) ne lui éclate au visage, comment peut-il tenter d’éteindre l’incendie ?

En sacrifiant encore quelques seconds couteaux éclaboussés par « Le Canard enchaîné » du genre Estrosi, Roselyne Bachelot, Rama Yade ou Fadela Amara ? Sûrement pas. En nous offrant les têtes de Joyandet et Blanc, il n’a fait que commencer à donner raison à ses adversaires qui exigent une purge impitoyable des Ecuries d’Augias.

En virant Eric Woerth, son propre trésorier, l’homme qui devait lui donner la victoire en 2012 avec une superbe réforme des retraites ? Là, il n’a plus guère le choix. On ne peut plus sauver « le soldat Woerth » qui agonise au milieu de champ de bataille. Mais çà ne servira à rien. C’est beaucoup trop tard.
En nommant, en plein mois d’août, un nouveau gouvernement, avec Borloo à Matignon (ou pourquoi pas Guéant) et Juppé, Raffarin ou Copé à des postes clés ? Ce serait plaider coupable. Il nous raconterait alors, pour une énième fois, qu’il a « changé ». Personne ne le croirait.

En faisant le dos rond et en attendant que çà se passe ? Mais çà ne se passera pas et on aura alors une véritable crise de régime, avec un gouvernement tétanisé et un chef de l’Etat conspué par les foules descendues dans la rue.

Certains s’amusent à imaginer une dissolution. Elle conduirait évidemment à mener Martine Aubry à Matignon. Et il est vrai que les présidents de cohabitation, Mitterrand en 1988 et Chirac en 2002, ont été réélus. Mais ce n’est qu’une hypothèse d’école…

Ce quinquennat va être interminable.

06 Juil 2010 Commentaires fermés sur « L’affaire Bettencourt » est devenue « l’affaire Sarkozy »

Entre époussetage et coup de balai

« Le Canard enchaîné » vient donc d’ajouter deux têtes de plus à son tableau de chasse. Sans notre hebdomadaire satirique (qui est désormais notre ultime source d’information) Alain Joyandet pourrait toujours voyager en jet privé aux frais de la République et se faire attribuer des permis de construire illégaux et Christian Blanc pourrait encore fumer ses cigares aux frais des contribuables. Merci au « Canard enchaîné ».

Les deux hommes tentent de nous faire croire qu’ils ont démissionné d’eux-mêmes… pour « défendre leur honneur ». On rigole et on ose espérer que l’Elysée les y a fortement incités.

D’ailleurs Sarkozy, en recevant les députés UMP l’autre jour, avait clairement fait comprendre que « les cigares et les jets privés » allaient le pousser à faire certains choix lors de la formation de son prochain gouvernement, à la rentrée d’octobre. Joyandet et Blanc étaient donc condamnés. Nous avions été un certain nombre à nous étonner de cette annonce d’un verdict dont l’application était remise à plus tard. Dès l’instant où ces deux sous-ministres étaient ainsi désignés, ils perdaient tout crédit, tout pouvoir sur leur administration, si tant est qu’ils en aient jamais eu.

On veut croire que Sarkozy profitera de ses vacances pour continuer à faire le ménage et que, de week-end en week-end, il nous débarrassera des quelques autres sous-fifres qui ont fait l’actualité de ces dernières semaines, les Estrosi avec ses deux appartements de fonction, Fadela Amara qui, elle, prêtait son appartement de fonction, Rama Yade avec son hôtel de grand luxe en Afrique du sud (et ses déclarations intempestives), Bachelot et son fiston casé dans un organisme officiel, son double salaire et sa gestion de la grippe ou du Mondial de football, etc.

Mais le gros morceau reste, bien sûr, Eric Woerth. On nous raconte qu’en virant Joyandet et Blanc, Sarkozy espère « sauver le soldat Woerth ». Si c’est vrai, le président se fait de cruelles illusions.

Les Français exigent aujourd’hui un grand coup de balai. Ils ne se contenteront pas de cet époussetage. Ils ont été choqués par les turpitudes des « petits » que Sarkozy commence à leur jeter en pâture, mais c’est l’affaire Bettencourt-Woerth qui les a, évidemment, scandalisés.
Les proches du pouvoir nous disent que rien ne prouve (pour l’instant) que l’ancien ministre du Budget ait protégé Liliane Bettencourt, lui ait permis de faire « évader » une partie de sa fortune ou de dissimuler certains de ses biens. On verra. Mais il est déjà coupable, ne serait-ce qu’en ayant fait embaucher sa femme par Liliane Bettencourt, d’avoir entretenu des « liens particuliers » avec la plus grosse fortune de France. Cette collusion entre le pouvoir politique et les milliardaires n’est pas pardonnable.

Or -et c’est ici que l’affaire Woerth dépasse de beaucoup le cas du ministre du Travail actuel- cette collusion est la marque du régime sarkoziste. L’affaire Bettencourt-Woerth est, aux yeux des Français, particulièrement intolérable parce qu’elle n’est qu’un épisode de plus d’une histoire qui a commencé au Fouquet’s, cette soirée du triomphe qui restera à tout jamais comme étant « la tâche indélébile », « la tare originelle du quinquennat ».
Les Woerth étaient « copains » avec Liliane Bettencourt, comme Sarkozy lui-même est « copain » avec Bolloré, Bouygues, Lagardère et consort. Une république « irréprochable » ne peut pas être une oligarchie.

Les Français (qui, d’après un sondage publié aujourd’hui, estiment, à 65%, que nos hommes politiques sont corrompus) sont sans doute contents qu’on les ait débarrassés de Joyandet et de Blanc, mais ils veulent la tête d’Eric Woerth, devenu la caricature de ce qu’ils reprochent le plus à Sarkozy.
En refusant de sacrifier son ministre du Travail, Sarkozy s’enfonce encore plus et donne raison à ceux qui lui reprochent d’être « le président du fric ».

05 Juil 2010 | Comment (1)

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