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Sarkozy: nouveau dérapage

Comme chaque fois que des incidents violents font la « une » de l’actualité, Sarkozy est monté sur ses grands chevaux, a fait des moulinets, s’est montré menaçant, a annoncé des décisions (qui, comme d’habitude, n’auront sans doute aucune suite) et a dérapé.

Il est évident que ce qui s’est passé, ce week-end dernier, dans le Loir-et-Cher est inadmissible. Ayant appris qu’un des leurs avait été abattu par la gendarmerie alors qu’il venait de forcer un barrage routier, les « Gens du voyage » se sont mis à saccager plusieurs villages de la région, en s’en prenant aussi bien à des édifices publics qu’à des commerces. Quelles qu’aient pu être la douleur et la colère de ces gens devant ce qu’ils considèrent comme un assassinat -et qui n’est, en fait, qu’une « bavure »-, leur chevauchée vengeresse et dévastatrice à travers tout le département est intolérable et on attend que ceux qui y ont participé soient arrêtés et déférés devant la justice.

Ce matin, au cours du Conseil des ministres, Sarkozy a donc annoncé qu’il organiserait une réunion, le 28 juillet, à l’Elysée sur « les problèmes que posent les comportements de certains parmi les Gens du voyage et les Roms » et qu’on y déciderait « l’expulsion de tous les campements en situation irrégulière ».
Sarkozy a commis là trois erreurs.

D’abord, ce n’est évidemment pas à l’Elysée, au sommet de l’Etat, qu’on doit traiter de tels problèmes. C’est l’affaire, tout au plus, du premier ministre, en fait, du ministre de l’Intérieur. Imagine-t-on de Gaulle présidant une réunion dans le salon Murat à la suite de quelques scènes de vandalisme ?
Ensuite, plus grave, Sarkozy a officiellement désigné toute une communauté, celle des « Gens du voyage ».

Il ne fait aucun doute que ces « Gens du voyage » sont une population « à part », en marge. Ils sont, par définition, sans domicile fixe, généralement sans revenu officiel (si ce n’est la lecture des lignes de la main ou le rempaillage des chaises) mais ils ont pourtant des voitures et des caravanes de grand prix et leurs enfants qu’on voit de plus en plus souvent faire la manche dans le centre des villes commettent de nombreux chapardages.
Bref, le moins qu’on puisse dire c’est que l’opinion publique ne les a jamais eu en sympathie et qu’ils n’ont, eux même, jamais fait le moindre effort pour s’intégrer dans notre société.

Mais le chef de l’Etat peut-il pour autant montrer du doigt toute une communauté même si elle est marginale, même si elle est rejetée (et redoutée) et même si l’on peut soupçonner, à juste titre, que la délinquance y est plus souvent qu’ailleurs pratiquée ?

On sait que la loi interdit d’évoquer l’origine ethnique d’un délinquant et que si la presse n’hésite jamais à révéler qu’un assassin qui vient d’être arrêté se prénomme Raoul ou Albert (et même parfois qu’il s’agit d’un ancien légionnaire) elle ne donnera jamais le prénom d’un Karim ou d’un Abdallah sous prétexte que de telles précisions pourraient « inciter à la haine raciale ». D’ailleurs, le ministère de la Justice n’a jamais voulu publier le moindre chiffre sur la population d’origine immigrée en milieu carcéral, de peur, là encore, d’inciter à la haine raciale. Or reconnaître la surreprésentation des immigrés dans nos prisons (qui est une évidence) permettrait surtout de souligner les erreurs de toutes nos politiques d’immigration.

Et on se souvient que le ministre de l’Intérieur, lui-même, vient d’être condamné par un tribunal pour avoir déclaré qu’« un Arabe, çà allait, mais qu’il y avait des problèmes quand il y en avait plus », plaisanterie, certes, d’un goût douteux mais sans doute basée sur une certaine expérience.

Toute personne qui déclarerait que « les comportements de certains Arabes posent des problèmes » serait évidemment poursuivie. Ces lois sont absurdes et, en censurant certaines vérités, n’ont jamais permis de combattre le racisme, mais il appartient au chef de l’Etat de les respecter (ou de les faire abroger).
En affirmant que « certains parmi les Gens du voyage » avaient des comportements qui posaient problème, il a sans doute énoncé une évidence mais il a surtout violé la loi et stigmatisé toute une communauté qui n’en avait vraiment pas besoin. Ce n’est pas son rôle.

Enfin, en annonçant qu’il allait faire expulser « tous les campements en situation irrégulière », il a évidemment fait, une fois de plus, une promesse qu’il ne pourra pas tenir. Sans parler de toutes les organisations de défense des droits de l’homme qui ne vont pas manquer de se déchaîner, il va se retrouver devant un problème insoluble : où va-t-il mettre ces milliers de « Gens du voyage » terrés tant bien que mal dans les bidonvilles de nos banlieues ?

Il aurait du se contenter de virer le préfet du Loir-et-Cher, comme il vient de virer le préfet de l’Isère.

21 Juil 2010 | Comments (3)

Un été pourri

Cet été va être particulier. D’habitude, l’actualité estivale se limite à des incendies de forêt dans le midi, des histoires de cyclistes dopés sur le Tour de France et des émeutes dans nos prisons surpeuplées. Cette année, nous allons avoir l’embarras du choix entre le feuilleton Bettencourt-Woerth qui rebondit tous les matins, avec des « pics » tous les mercredis, jour de parution du « Canard enchaîné », et les démêlés judiciaires de nos footballeurs empêtrés dans des affaires de proxénétisme aggravé.

Tout cela n’est pas très ragoûtant et, quelle que soit la météo, nous allons avoir un été pourri au cours duquel les Français vont voir entrer dans les locaux de la justice aussi bien certains membres du gouvernement que certaines idoles (déchues) de nos stades. Cela ne va pas améliorer le moral de nos compatriotes.

Quels que soient les témoignages, les aveux, les démentis, les contradictions auxquels nous allons avoir droit, il est évident que cette affaire Bettencourt-Woerth-Sarkozy qui s’est ajoutée aux affaires des cigares de Christian Blanc, du permis de construire de Joyandet, des appartements de fonction d’Estrosi et de Rama Yade et des doubles salaires de Roselyne Bachelot et de Michèle Alliot-Marie a « tué » le gouvernement Fillon et porté un énième coup épouvantable à l’image de Sarkozy qui apparaît plus que jamais, aux yeux des Français, comme l’homme du fric, des passe-droits et de toutes les combines.

Cela dit, et très curieusement, les malheurs (mérités) du couple Woerth ont totalement occulté le reste de l’actualité politique. La loi sur l’interdiction totale de la burqa a été adoptée en première lecture à l’Assemblée, la réforme des collectivités locales s’est faite plus ou moins retoquer au Sénat, l’UMP a voté contre des aménagements du dialogue social à l’Assemblée sans que personne n’y prête la moindre attention.

Personne ne s’est même aperçu que le président de la République s’était mis aux abonnés absents. Certes, il nous a gratifiés d’une interview sur la 2 au cours de laquelle il a défendu avec l’énergie du désespoir Woerth et sa réforme des retraites, mais c’était tout de même le service minimum. Il n’a évoqué qu’un seul projet d’avenir : un texte sur la dépendance.
Les retraites et la dépendance sont, évidemment, des problèmes importants mais ce ne sont, sans doute, pas ceux qui permettront le mieux de mobiliser les jeunes.

On est bien loin de l’époque où Sarkozy fourmillait d’idées, de réformes, multipliait les coups de menton, les coups de théâtre, se rendait à tous les enterrements et affirmait à qui voulait l’entendre qu’il était bien obligé, devant l’incapacité des autres, de prendre lui-même à bras le corps tous les dossiers.
On a l’impression que le président de la République est tétanisé par la crise économique, sociale, morale dans laquelle le pays s’enfonce. Il est à bout de souffle, au bout du rouleau, les bras ballants, ne sait plus à quel saint se vouer et s’aperçoit –peut-être- qu’il n’était pas vraiment (ou vraiment pas) fait pour ce job.

Une chose est sûre : il a grand besoin de ses vacances dans la villa de rêve et de sa belle-famille, au Cap Nègre, pour se requinquer.
Il lui faut remonter sur son cheval et partir à l’assaut de la présidentielle de 2012.
La première étape sera la formation d’un nouveau gouvernement. La chose s’annonce particulièrement délicate.

En effet, cette nouvelle équipe annoncera les thèmes qu’il se sera choisis pour faire campagne. En 2007, il avait voulu faire rimer « rupture » et « ouverture » et les deux mots avaient rimé avec « déconfiture ». Les « traîtres » qu’il avait pu récupérer à gauche (Kouchner, Bockel, Besson, Rama Yade) vont donc disparaître sans que personne ne s’en aperçoive d’ailleurs tant leur inexistence était devenue discrète. Et il y a bien peu de chance qu’il tente de recruter de nouveaux renégats.

Quels thèmes va-t-il choisir pour sa campagne de 2012 ? Sans doute quelque chose autour de la solidarité. Pour faire oublier ce premier quinquennat marqué par le fric, le bling-bling, le bouclier fiscal et ses relations avec l’oligarchie. Mais il faudra affiner les slogans.

Le choix du nouveau premier ministre qui sera, en fait, son directeur de campagne, va être la première difficulté. Tous ceux qu’on avait présentés comme « premier ministrables » ont perdu, comme par hasard, toutes leurs chances, Xavier Darcos, viré, Jean-Louis Borloo, épuisé, Christine Lagarde, sur les genoux, Luc Chatel, pour le moins décevant à l’Education nationale, Woerth, bien sûr. Appeler un Juppé ou un Raffarin, les anciens premiers ministres de celui qu’il surnommait « le roi fainéant » serait, évidemment une capitulation en rase campagne. Et rien ne dit qu’ils soient volontaires.

L’idée qui, paraît-il, lui traverse par moments la tête, de nommer Guéant semble absurde. On ne peut pas reprocher à Villepin de n’avoir jamais été élu et mettre à Matignon un préfet sortant, lui aussi, du secrétariat général de l’Elysée.

En fait, il lui faudrait un nouveau visage, inattendu, surprenant, mais connu et ayant de l’expérience sans avoir cependant été « mouillé » d’une quelconque façon ni aux scandales, bien sûr, ni même aux échecs du quinquennat. Certains évoquent le nom de Baroin. Mais, d’une part, c’est un chiraquien et, d’autre part, il risque bien d’être éclaboussé par l’affaire Woerth auquel il a succédé au Budget.
L’oiseau rare semble introuvable.

Tout comme il ne sera pas facile de trouver des volontaires « de qualité » pour s’embarquer dans la galère de la campagne tout en assumant les fonctions de tous ceux qui auront été virés, aux Affaires Etrangères, à la Défense, à la Santé, à l’Education Nationale, au Travail, aux Sports, etc.
Quelle qu’elle soit, cette nouvelle équipe va se trouver dans une situation impossible. Il lui faudra, en effet, faire campagne tout en tentant de terminer ce quinquennat en beauté. En clair, à la fois réaliser quelques réformes spectaculaires mais forcément impopulaires et promettre des jours meilleurs à partir de 2012.

En 2007, Sarkozy pouvait annoncer la rupture avec le passé, c’est-à-dire avec le chiraquisme (même s’il y avait totalement collaboré) mais, cette fois, il ne peut guère s’attaquer… au président sortant. Et, avec son bilan désastreux, affirmer qu’il va continuer, comme si de rien n’était, sur sa lancée avec ses projets et ses réformes serait suicidaire.

Bref, l’été sera pourri pour lui aussi, même au Cap Nègre.

21 Juil 2010 | Comment (1)

Réponse à Drazig

Drazig, fidèle lecteur de ce modeste blog, n’est pas d’accord avec mon commentaire d’hier sur les événements de Grenoble et du Loir-et-Cher.

Je remarquais que ces déchaînements de violences (totalement inadmissibles) faisaient suite à la mort de deux hommes. Certes, l’un était un voyou qui avait, depuis longtemps déjà, basculé dans la grande criminalité et venait de braquer un casino et l’autre avait refusé de s’arrêter à un barrage de gendarmerie sur la route. Et je me demandais si la police, dans un cas, la gendarmerie, dans l’autre, n’avaient pas un peu rapidement dégainé et ouvert le feu. Et si ces deux « incidents » ne correspondaient pas à de nouvelles instructions données par Brice Hortefeux.

Visiblement furieux, Drazig me suggère d’aller « border chaque soir ces individus ». Il m’a mal compris ou, plutôt, j’ai du mal m’expliquer.
A mon sens, braquer un casino ou forcer un barrage routier ne devrait pas mériter la peine de mort. Les policiers et les gendarmes ont appris à immobiliser un délinquant fuyard en tirant dans les pneus de sa voiture ou dans ses jambes quand il court. Un membre des forces de l’ordre ne tire pas une balle dans la tête d’un homme, même d’un criminel, quelles que soient les circonstances. C’est ce qu’on appelle pudiquement « une bavure ». Et c’est inadmissible dans un Etat de droit. Là, nous avons eu droit à deux « bavures », coup sur coup.

Mais il y a plus grave.
Il serait grand temps d’ouvrir les yeux et d’admettre qu’il y a, depuis des années, une cassure très profonde entre les forces de l’ordre et les populations dites « défavorisées » qui vivent dans les cités de non-droit et qui cumulent tous les handicaps. Ils sont issus de l’immigration, chômeurs, sans aucune formation, etc.

Ils reconnaissent eux même avoir « la haine » pour tout ce qui représente une société et un Etat qui les auraient rejetés dans leurs ghettos de misère. Et les policiers, de leur coté, n’hésitent plus à parler « de guerre » entre eux et les jeunes de ces communautés.

Dès lors, la moindre « bavure » provoque, évidemment, un réflexe communautaire qui entraîne un début d’insurrection. A leurs yeux, leur « frère » a été « assassiné » parce qu’il était un immigré (ou un gitan). Et il est vrai que la police et la gendarmerie abattent rarement des braqueurs ou des forceurs de barrage… « blancs de souche ».

Ces deux incidents révèlent, d’abord, l’inexpérience de nos forces de l’ordre. En ouvrant le feu, les deux tireurs se sont, sans doute, affolés. Ce n’est pas excusable.

Mais, beaucoup plus grave, ce qui s’est passé à Grenoble et dans le Loir-et-Cher révèle aussi (une fois de plus) que nous avons, au sein de notre pays, des pans entiers de notre population qui se considèrent (et sont, il faut bien le reconnaître) victimes du système, des autres, de l’Etat. Quel que soit le crime ou le délit commis par leur congénère –qu’il ait braqué un casino ou forcé un barrage- ils se sentiront toujours solidaires avec lui, frères dans le malheur et prêts à le venger.

Dans quelques jours, tout le monde aura oublié ces incidents de Grenoble et du Loir-et-Cher et, dans trois ou quatre ans, nous aurons sans doute les résultats des enquêtes qui nous diront si les policiers et les gendarmes étaient, ou non, en état de légitime défense.
Mais ce qu’il faudrait surtout c’est que nos politiciens prennent enfin conscience du danger que représentent ces communautés d’exclus. Il faut combattre « la peste communautariste ».

Contrairement à ce que pense l’ami Drazig, je n’ai pas envie d’aller « border chaque soir ces individus ». Mais j’ai encore moins envie que, dans mon pays, chaque fois que la police interpelle un délinquant Arabe tous les Arabes de France soient convaincus qu’il s’agit d’une injustice raciste et se sentent solidaires avec lui.

20 Juil 2010 | Comments (5)

Hortefeux, le cow-boy qui tire à vue

Des hordes de romanichels qui cassent tout dans des villages du Loir-et-Cher, département qui n’était pourtant pas réputé pour ses violences, des bandes de voyous qui saccagent un quartier, brûlent des voitures et tirent sur les forces de l’ordre à Grenoble, on ne peut pas dire que, ces jours-ci, la politique sécuritaire de Brice Hortefeux ait été couronnée de succès, en dépit de ses déclarations et ses rodomontades de la semaine dernière. On comprend qu’il ait donné ordre à ses services de ne plus publier le nombre de voitures incendiées chaque week-end. Mais le ministre de l’Intérieur peut difficilement censurer toutes les informations.

Il est incontestable que les violences s’aggravent actuellement considérablement en France et que le gouvernement ne sait pas y faire face.
La crise économique fait, évidemment, basculer dans la délinquance certains de ceux qu’elle frappe. Le chômage augmente et avec lui la précarité, la misère et l’exaspération, alors que la rigueur fait réduire partout les aides sociales qui permettaient de maintenir hors de l’eau les plus fragiles et les subventions aux associations qui encadraient, tant bien que mal, ceux qui étaient déjà à la limite de la légalité.

Des jeunes des banlieues difficiles qui jusqu’à présent ne commettaient que de petits larcins en viennent maintenant à organiser des braquages de banques.
Certains diront que les scandales en cascades qui défraient depuis des semaines l’actualité ne peuvent que « désorienter », le mot est faible, bien des exclus. On parle de milliards, de pots-de-vin, de corruption, de combines. S’imagine-t-on les réactions que peut provoquer le feuilleton Bettencourt-Woerth, chaque soir au journal télévisé, dans les quartiers de non-droit ?

La délinquance est le reflet d’une société et son aggravation soudaine celui d’une société en crise économique et en crise morale. Victor Hugo disait « Ouvrez une école et vous fermerez une prison ». Aujourd’hui, on pourrait ajouter « Ouvrez une usine et vous fermerez une prison », voire : « Jetez en prison les escrocs en col blanc et voitures officielles et vous pourrez parler de morale ».

Cela dit (mais qu’il fallait dire), les incidents du Loir-et-Cher comme ceux de Grenoble ont, les uns et les autres, fait suite à la mort d’un romanichel qui avait forcé un barrage routier et à la mort d’un braqueur de casino poursuivi par les forces de l’ordre. Les enquêtes diront, peut-être, dans quelles circonstances les gendarmes et les policiers ont du ouvrir le feu et s’ils étaient vraiment en état de légitime défense.

Mais la mort de ces deux délinquants pose tout de même une question. Dans son obsession d’« avoir des résultats », de « faire du chiffre », Brice Hortefeux n’aurait-il pas donné ordre aux gendarmes et aux policiers de faire un usage excessif de leurs armes ?
Ce n’est pas la première fois qu’un chauffard brûle un barrage et tente de prendre la fuite, ni que des braqueurs s’en prennent à la caisse d’un casino. Jusqu’à présent cela ne se terminait pas par la mort des fuyards.

En voulant jouer les cow-boys qui tirent à vue, Hortefeux semble ignorer, d’une part, que le trafic de la drogue a permis à de nombreuses bandes de banlieue de s’équiper en armes à feu et, d’autre part, que la fracture entre ces populations en marge et les autorités de la République est telle que des affrontements les plus violents sont à redouter à tout instant.

L’idée de « nettoyer au Karcher les racailles » n’était déjà pas heureuse. Celle de tirer comme au ball-trap sur les loubards pourrait être dangereuse.

19 Juil 2010 | Comments (2)

Fillon au pays des Kanaks

François Fillon, le premier ministre en charge des petites corvées, passe ce week-end en Nouvelle-Calédonie après avoir été, vendredi, au Japon où il a avoué à l’oreille des banquiers nippons ce qu’il nous cache depuis si longtemps, à savoir que la France était bel et bien entrée en « rigueur ».
A Nouméa, le temps fort de la visite du premier ministre a été l’installation du drapeau du FLNKS à coté du drapeau français, sur le toit du Haut Commissariat.

La chose est, en elle-même, tout à fait scandaleuse. En principe et jusqu’à preuve du contraire (peut-être à l’occasion du référendum qui n’aura pas lieu avant 2014), la Nouvelle-Calédonie est une terre française où seul le drapeau tricolore peut flotter sur les bâtiments officiels. D’autre part, le drapeau en question, appelé désormais le « drapeau kanak », est, en réalité, le drapeau d’un parti politique, le FNKS, dessiné en son temps par Jean-Marie Tjibaou.

Voilà qui prouve –mais on s’en doutait- que Paris est non seulement prêt à accorder son indépendance à ce territoire lointain mais qu’en plus la Métropole a bien l’intention de remettre le pouvoir au FLNKS sans tenir compte du choix des habitants. Il est vrai que toutes les élections ont toujours démontré, jusqu’à présent, que la majorité des Néo-Calédoniens refusait l’indépendance.

Cela dit, la Polynésie (encore française) a, elle aussi, son drapeau et, mieux encore, toutes nos régions métropolitaines arborent maintenant un drapeau régional. Mais le problème n’est pas là.

En fait, plus de vingt-cinq ans après les « incidents » qui avaient fait brusquement découvrir aux Français ce « caillou » de l’autre bout du monde (et qui les avaient passionnés), l’opinion française se désintéresse totalement du sort de la Nouvelle-Calédonie, des Kanaks, des Caldoches et du nickel.

La repentance a fait des dégâts inattendus. On nous a trop reproché d’avoir eu des colonies. Du coup, aujourd’hui, non seulement nous nous demandons si les milliards d’aide que nous avons déversés sans compter sur ces anciennes colonies, au cours du dernier demi siècle, au nom des liens anciens, n’ont pas été de l’argent purement et simplement jeté par les fenêtres mais aussi pourquoi nous conservons encore quelques confettis d’empire.

Saint Pierre et Miquelon, les Antilles, la Guyane, la Réunion, Mayotte, la Polynésie, la Calédonie, Wallis et Futuna… A quoi çà sert ? Et çà coûte combien ?

Il y a bien longtemps que la Grande-Bretagne s’est libérée des Bahamas, de la Barbade, de la Jamaïque, des Salomon, de Trinité et Tobago et des rares vestiges de son empire de jadis que la décolonisation avait oubliés. Pourquoi diable n’en avons-nous pas fait autant ?
On nous parle du désir d’indépendance de certains de nos « outre-marins » mais personne n’ose évoquer le désir évident de bien des Français de Métropole d’être libérés, eux, de ces boulets lointains.

En voyant, ce matin, les deux drapeaux flotter dans le ciel de Nouméa, un indépendantiste s’est écrié, avec l’espoir d’être entendu par Fillon : « Il y en a un de trop ». C’est sûrement vrai. Le tout est de savoir lequel des deux est de trop…

18 Juil 2010 Commentaires fermés sur Fillon au pays des Kanaks

Il suffit de casser le thermomètre !

Brice Hortefeux a décidé que la police ne publierait plus le nombre des voitures incendiées au lendemain des week-ends un peu « chauds ». Officiellement, c’est pour éviter qu’il y ait une sorte de compétition entre les bandes rivales des loubards de banlieue.

On peut, naturellement, se demander si ce n’est pas surtout pour dissimuler l’augmentation de la délinquance dans les cités de non-droit et, par là même, l’inefficacité de la politique que mène le ministre de l’Intérieur.
La prochaine étape sera sans doute de ne plus publier le nombre des braquages de banque et de bijouterie afin de ne pas inciter les truands à vouloir faire aussi bien si ce n’est mieux que leurs « confrères ».

Cette décision est absurde et scandaleuse.
Absurde, parce que cette censure va, évidemment, pousser l’opinion à s’imaginer que ces incendies de voitures augmentent dans des proportions considérables. Scandaleuse, parce que les Français ont le droit de savoir ce qui se passe dans leur propre pays.

La protection des personnes et des biens fait partie des droits (et des devoirs) régaliens de l’Etat. De plus, la sécurité a toujours été le thème de prédilection (et de campagne) de l’actuel président de la République et est, bien sûr, l’une des toutes premières préoccupations des Français.
En même temps, les banlieues « difficiles » sont l’une des plaies de notre pays. Ces « ghettos de misère » sont le résultat de toutes les erreurs des gouvernements successifs, depuis des décennies, aussi bien en ce qui concerne la politique de l’immigration que celles de la formation, de l’emploi, de l’urbanisation ou des transports.

Le candidat Nicolas Sarkozy nous avait promis la « tolérance zéro » en matière de délinquance. Il s’était même, maladroitement, engagé à « nettoyer au Karcher la racaille » qui pourrit la vie des habitants de ces quartiers.
Mieux, il avait promis de lancer un vaste « Plan Marshall » pour réhabiliter ces zones et donner un espoir –c’est-à-dire un avenir- à ces centaines de milliers de jeunes généralement issus de l’immigration et qui n’ont, pour l’instant, devant eux que l’assistanat ou la délinquance. Fadela Amara était chargée de mettre en place ce vaste plan. On ne parle plus d’elle que pour évoquer l’appartement de fonction qu’elle prête à ses amis.

Bref, là encore, les promesses de 2007 n’ont pas été tenues. Pas plus de Karcher ou de Plan Marshall que de travail pour « gagner plus ».
Les voitures qui brûlent tous les week-end dans ces « îlots de la honte » sont le symptôme d’une catastrophe annoncée. Il est dérisoire et irresponsable de vouloir « casser le thermomètre ».

Alors que s’ouvre déjà la campagne des présidentielles de 2012, « le meilleur ami de Sarkozy » veut cacher aux Français les échecs de la politique sécuritaire. Le ministre du Travail (qui a bien des problèmes personnels en ce moment) va-t-il interdire la publication des chiffres du chômage ?

16 Juil 2010 | Comments (3)

Garde-à-vue et garde-à-vous

Quatre personnes viennent d’être mises en garde-à-vue dans l’affaire Bettencourt-Woerth-Sarkozy. François-Marie Banier, Patrice de Maistre et deux comparses dont on n’avait pas entendu parler jusqu’à présent, M° Fabrice Goguel, ancien avocat de Liliane Bettencourt, et Carlos Vejarano, gérant de l’île d’Arros aux Seychelles, île que Liliane Bettencourt aurait oublié de déclarer au fisc et qu’elle aurait par la suite offerte à Banie. La Justice commence à faire son travail. C’est très bien.

François-Marie Banier est accusé par la fille de Liliane Bettencourt d’avoir « abusé de la faiblesse » de la vieille dame et de s’être fait offrir pour un milliard de « petits cadeaux ». Quand on a vu l’héritière de l’Oréal, lors des deux interviewes qu’elle a accordées à la télévision, on se dit qu’elle n’est pas aussi gâteuse que l’affirme aimablement sa fille.

Mais la garde-à-vue de Banier n’a rien de scandaleux. La justice doit éclaircir cette affaire.
Cela dit, il ne semble pas que Banier soit le seul à avoir « abusé » de la… « générosité » de Liliane Bettencourt. La vieille dame a su se montrer très généreuse, aussi, avec beaucoup d’autres de ses relations, comme par exemple et notamment, avec Eric Woerth, pour sa petite association de Chantilly, Valérie Pécresse, pour sa campagne des régionales, ou l’UMP pour les présidentielles. Ces autres bénéficiaires de sa générosité vont-ils être poursuivis, eux aussi, pour « abus de faiblesse » ? La question reste posée.

Patrice de Maistre, lui, était le gestionnaire « en chef » de la fortune de Liliane Bettencourt. Il n’est pas impossible qu’en faisant un peu de zèle pour défendre les intérêts de sa cliente, il ait, sans doute par inadvertance, violé quelques règles établies par l’administration fiscale. Lui, ou certains de ses collaborateurs au sein de sa société Clymène. Voire même « une » de ses collaboratrices, comme, par exemple, Florence Woerth qui, depuis que son mari avait été nommé ministre du Budget, travaillait avec Maistre pour mieux gérer la fortune Bettencourt. Il va sans doute être difficile de retrouver ceux des salariés de Clymène qui allaient le plus souvent en Suisse pour faire évader quelques bribes de la fortune de la vieille dame.

Mais il n’est pas scandaleux que la Justice ait mis Maistre en garde-à-vue, histoire d’éclaircir encore certains points un peu équivoques.
Il faut dire que Patrice de Maistre avait, si ce n’est un alibi, du moins une excuse. Si l’on s’en tient aux enregistrements (volés) qui sont à l’origine de sa mise en garde-à-vue et qui sont très explicites. Il connaissait le ministre du Budget lequel, selon lui, ne pouvait rien lui refuser depuis qu’il avait embauché son épouse.

Ce qui est scandaleux et que l’opinion va sûrement mal comprendre c’est que la Justice mette en garde-à-vue (ce qui est tout de même, quoi qu’en dise, le début de l’infamie) des hommes qui sont soupçonnés, l’un, d’avoir profité de l’amitié que lui portait une vieille dame et, les autres, d’avoir, peut-être, fraudé le fisc alors qu’un ministre soupçonné, lui, d’avoir couvert ces irrégularités et sa femme soupçonnée, elle, d’y avoir participé vont continuer à se pavaner dans les salons dorés de la République.

On a l’impression, mais sûrement à tort, que la Justice de notre pays met les uns en garde-à-vue et se met, elle-même, au garde-à-vous devant le pouvoir. C’est déplaisant.

15 Juil 2010 Commentaires fermés sur Garde-à-vue et garde-à-vous

Harcèlement, acharnement et lassitude

Cà continue ! Chaque jour, nous en apprenons une belle de plus sur Eric Woerth et sa femme. Décidément, quel couple ! Ils étaient faits l’un pour l’autre.

Cette fois, « Le Canard enchaîné » nous révèle que l’ancien ministre du Budget a vendu pour une bouchée de pain (au dixième de son prix) un morceau de la forêt de Compiègne à des amis turfistes alors qu’elle, pendant ce temps, proposait ses services de gestionnaire à deux banques suisses.

Rien de bien nouveau. Nous savions déjà que le maire de Chantilly fricotait dans les paddocks des champs de courses et qu’il était particulièrement attentif aux intérêts de France Galop (dont sa femme était membre du conseil d’administration) et que son épouse aimait à se prélasser sur les bords du Léman. Mais tout de même cela commence à faire beaucoup pour un homme que le président de la République s’entête à qualifier d’« honnête ».

Naturellement, Woerth jure, une nouvelle fois, qu’il est innocent et le ministère du Budget précise, une nouvelle fois, que cette vente de l’hippodrome de Compiègne (sans appel d’offres, sans mise aux enchères) a été réalisée dans des conditions parfaitement légales.
Woerth parle maintenant d’« acharnement » et de « harcèlement ». Il a parfaitement raison. Tout comme la presse (libre) a parfaitement raison de s’« acharner » à découvrir la vérité sur les activités de ce ministre à l’éthique tout de même un peu incertaine et, comme tout ne semble pas aussi limpide qu’on nous le raconte, de le « harceler ».

Il y a maintenant de fortes présomptions de culpabilité sur ce présumé innocent. Il a d’ailleurs commencé à le reconnaître en faisant démissionner sa femme de Clymène, la société gestionnaire de la fortune de Liliane Bettencourt, et en démissionnant lui-même de son poste de trésorier de l’UMP.
Mais ce n’est pas suffisant. Il va falloir maintenant qu’il nous prouve que ces « conflits d’intérêts » qu’il a reconnus ne l’ont pas conduit à commettre quelques turpitudes.

L’Inspection Générale des Finances nous affirme qu’Eric Woerth n’a signé aucune note écrite enjoignant à ses services d’éviter tout problème à Liliane Bettencourt. On veut bien le croire. Mais ce qu’on voudrait savoir ce sont les dates des derniers contrôles fiscaux auxquels l’héritière de l’Oréal aurait du être soumise, comme toutes les grandes fortunes de France.

On voudrait aussi savoir pourquoi le ministre du Budget a estimé que les écuries de courses par actions (comme celle que dirigeait Florence Woerth) pouvaient bénéficier des avantages accordés aux PME, pourquoi France Galop a bénéficié d’autant d’avantages lors de l’adoption de la loi sur les paris en ligne et pourquoi il a bradé un domaine public en forêt de Compiègne.

Woerth parie sur la lassitude. Il s’imagine que, dans cette chasse à courre où il joue la bête poursuivie, les chiens courants que sont les journalistes vont se fatiguer et qu’en tous les cas le public qui trottine derrière la meute finira par en avoir assez de patauger dans la boue.
Là, il joue perdant. Il aurait du apprendre dans les forêts de Chantilly et de Compiègne que jamais les chiens n’abandonnent une bête blessée.

15 Juil 2010 | Comments (2)

Circulez! Y a plus rien à voir!

A-t-on déjà vu des gangsters braquer une banque, se faire surprendre par la police en plein flagrant délit, remettre leur butin et laissés partir libres par les policiers ? C’est, toutes proportions gardées, ce que nous venons de voir avec l’affaire Bettencourt-Woerth-Sarkozy.

Le scandale a éclaté quand on a appris que Florence Woerth avait été embauchée par Liliane Bettencourt pour gérer sa fortune (ce qui lassait supposer que le ministre du Budget acceptait de se faire complice d’éventuelles malversations commises dans la gestion de la plus grosse fortune de France), puis quand on a réalisé qu’Eric Woerth cumulait, depuis très longtemps, les fonctions de trésorier de l’UMP et de ministre du Budget (ce qui permettait d’imaginer les pressions que pouvait faire le ministre pour obtenir, de manière illégale, des fonds pour son parti), puis quand un témoin a déclaré qu’on voyait Sarkozy chez les Bettencourt et qu’il en repartait avec des enveloppes bourrées de billets de banque (ce qui, évidemment, laissait entendre qu’il y avait eu un financement pour le moins illégal de sa campagne).

En principe, dans un pays « normal », il n’en aurait pas fallu plus pour que le ministre soit viré du gouvernement et que le président se retrouve obligé de s’expliquer devant une Haute Cour de Justice.

Mais nous sommes un pays… méditerranéen. Florence Woerth a simplement démissionné de ses fonctions de gestionnaire de Liliane Bettencourt, Eric Woerth a simplement démissionné de ses fonctions de trésorier de l’UMP, quatre fonctionnaires ont simplement affirmé n’avoir trouvé aucune trace d’une quelconque intervention du ministre en faveur de la milliardaire, et le président de la République s’est tout bonnement indigné, devant une caméra, des accusations qu’on osait porter contre lui. Rideau. fini, affaire classée, il n’y a jamais rien eu, circulez, y a plus rien à voir, y a jamais rien eu, tout çà n’a été qu’une odieuse conspiration lancée par les journalistes trotskistes aux méthodes fascistes, des gens méchants.

Florence Woerth va s’occuper de son écurie de course et participer au conseil d’administration d’Hermès avant, sans doute, de se retrouver quelques activités encore plus lucratives, Eric Woerth va poursuivre sa brillante carrière politique et peaufiner sa réforme des retraites, les quatre fonctionnaires du rapport vont, peut-être, avoir un peu d’avancement et le président de la République va partir en vacances dans la résidence de grand luxe de sa femme.

Il y a eu une époque où nos hommes politiques s’autoamnistiaient. Maintenant c’est encore mieux. Pris la main dans le sac, ils abandonnent le sac et s’en vont les mains dans les poches en sifflotant l’air de la calomnie. Finalement, on a été très injuste avec Christian Blanc en le virant sous prétexte qu’il faisait payer ses cigares par la République. On aurait du lui demander simplement d’arrêter de fumer.

Or, qu’on le veuille ou non, il y a eu fautes. Si Patrice de Maistre a embauché Florence Woerth, à la demande de son mari et après la nomination de celui-ci comme ministre du Budget, c’est évidemment parce qu’il espérait pouvoir en tirer quelques facilités, si Woerth a cumulé les fonctions de trésorier et celles de ministre du Budget c’est évidemment parce que cela lui facilitait grandement ses collectes de fonds, si Nicolas Sarkozy allait chez les Bettencourt ce n’était, sans doute, pas seulement pour prendre le thé.

L’opinion à laquelle on raconte que la justice va poursuivre ses enquêtes va-t-elle pardonner, oublier, passer à autre chose, en se contentant des démissions (qui étaient aussi des aveux) de Florence Woerth de Clymène et d’Eric Woerth de la trésorerie de l’UMP et en croyant Sarkozy sur parole ? Le mépris dans lequel les Français tiennent désormais leur classe politique va-t-il être suffisant pour classer l’affaire sans suite ?

On va le voir avec les prochains sondages. Il parait qu’une première enquête d’opinion fait monter la cote de notoriété d’Eric Woerth ! Mais c’est vrai qu’on a beaucoup parlé de lui ces derniers temps.

14 Juil 2010 | Comment (1)

Un « devoir de mémoire » à 216 millions par an

Ce 14 juillet est placé sous le signe de l’amitié franco-africaine. Du coup, on en oublie les économies. Nicolas Sarkozy a supprimé la réception traditionnelle dans les jardins de l’Elysée mais il a annoncé aux treize chefs d’Etat africains invités et qui vont voir des soldats de leurs pays défiler sur la plus belle avenue du monde que la France (lui en l’occurrence) avait décidé d’aligner les pensions des anciens combattants africains ayant servi dans l’armée française pendant la dernière guerre sur les pensions des anciens combattants français.

Ce n’est, bien, sûr, que justice. Ces braves gens ont quitté, il y a plus de 65 ans, leurs villages perdus dans la brousse pour venir libérer la France et se battre cote à cote avec leurs frères d’armes français « de souche ». Puis, ils sont repartis vers leurs colonies lointaines, souvent la poitrine couverte de décorations. En 1960, ils ont vu, dans leurs villages, amener le drapeau français et ils ont appris que leurs pays accédaient à l’Indépendance.

En même temps, ils apprenaient que les pensions que leur versait la France (pensions militaires, pensions d’invalidité, retraites du combattant) étaient « cristallisées ». En clair, qu’elles n’augmenteraient plus au fil des ans.
Paris avait estimé que les liens étant rompus avec nos anciennes colonies, il n’était plus nécessaire d’« actualiser » la reconnaissance que nous devions avoir envers nos anciens tirailleurs. D’autres faisaient remarquer que les niveaux de vie dans ces pays étant sans commune mesure avec celui de l’ancienne métropole, ces pensions « cristallisées » seraient parfaitement suffisantes pour ces anciens serviteurs de la France.

Les décennies passant, ces pensions sont évidemment devenues ridicules et l’écart entre ce que touchaient les anciens combattants français et leurs frères d’armes africains devenait scandaleux.

Jacques Chirac, après avoir vu le film « Les indigènes », décida de « décristalliser » partiellement les pensions des Africains. Leurs « pensions d’invalidité » et leurs « retraites de combattant » étaient alignées sur celles des Français. Mais pas leurs « pensions militaires » qui sont la prestation la plus importante. Sarkozy vient d’annoncer qu’une loi « décristallisera » ces « pensions militaires », dès octobre prochain.

Le geste est évidemment élégant.
Mais Sarkozy s’est-il aperçu que cela voulait dire que la France allait devoir verser 600 € par mois à 30.000 vieux africains. Soit 216.000.000 € par an ?

Sait-il que dans des pays comme le Mali, le Niger ou le Burkina, 600 € par mois représentent un salaire considérable ?
A-t-il vraiment cru que ces braves types n’allaient pas, très logiquement, demander que cette mesure (de justice) soit rétroactive sur les soixante ans passés ?

On a l’impression, une fois de plus, que le président a pris une décision sur un coup de tête, sans même avoir ouvert le dossier que lui avaient sûrement préparé ses collaborateurs.

C’est, nous dit-on à l’Elysée, « un devoir de mémoire ». Certes, mais çà fait tout de même cher. Même en comparaison avec les 732.826 € que nous économise la suppression de la garden-party élyséenne.

14 Juil 2010 Commentaires fermés sur Un « devoir de mémoire » à 216 millions par an

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