Soyons de bonne foi et reconnaissons qu’il est difficile d’être… de bonne foi dès qu’il s’agit de Nicolas Sarkozy. On l’aime ou on ne l’aime pas.

On lui pardonne ses airs de « parvenu » en trouvant que ce « petit chose », fils d’immigré, est, en effet, « parvenu » à grimper tous les échelons de la promotion sociale ou on ne supporte pas sa vulgarité, sa dégaine, sa Rolex, ses Ray ban, certaines de ses relations, son coté loubard de Neuilly. On rappelle qu’il n’a vraiment pas eu de chance pendant son quinquennat avec, notamment, la fameuse « crise » ou on évoque toutes ses erreurs, son « ouverture-trahison » du début avec des jean-foutre du genre de Kouchner, l’inconscience avec laquelle il s’est assis sur le « non » des Français à la constitution européenne, ses zigzags à répétition, ses fantasmes comme l’Union pour la Méditerranée, ses « crimes » comme sa guerre en Libye, etc.

Et rien, ni personne, ni aucun bouquin même autocritique, ni aucune émission télévisée, aussi interminable qu’elle soit, n’y changera quoi que ce soit. On l’aime ou on le déteste. D’ailleurs, pour la première fois, hier soir, et c’est un progrès, Sarkozy a reconnu lui-même qu’on ne changeait « jamais vraiment » et qu’en ce qui le concernait il essayait simplement de développer ses qualité et de réduire un peu ses défauts. En un mot, il ne change pas, pas plus que ne changent ses adorateurs ou ses détracteurs.

Pour ce qui est des défauts, il faut hélas constater qu’il ne s’améliore guère. Il était démago en 2007. On se souvient du « travailler plus pour gagner plus ». Il est devenu populiste aujourd’hui. Même Marine Le Pen n’oserait pas promettre un « choc fiscal » de… 25 milliards avec une baisse de 10% de l’impôt sur le revenu, de 10% des charges patronales, de 10% sur la taxation du capital. Choc fiscal compensé par… 100 milliards d’économie. Où trouvera-t-il ces 100 milliards d’économie ? Mystère et boule de gomme, disent les gamins. Dans le registre « demain on rasera gratis », personne n’avait jusqu’à présent fait aussi bien, aussi fort.

Pour ce qui est de ses qualités, il faut reconnaitre qu’hier soir il a prouvé qu’il n’avait rien perdu de son énergie, de sa « niaque ». Visiblement Pujadas et la direction de la 2 ne croient pas que Sarkozy ait la moindre chance de revenir au pouvoir. Pour se venger sans doute des années passées, ils lui avaient préparé un plateau d’anti-Sarkoziens comme on n’en n’avait jamais vus au cours des vingt-cinq dernières années à la télévision. Sarkozy lui-même a dû être sidéré de voir soudain à quel point c’en était fini que la télé sarkozienne, à sa botte qu’ils léchaient tous, à commencer par Pujadas lui-même.

Eh bien, il faut constater que, chahuté par l’ancien électeur RPR devenu FN ou par le syndicaliste de la CGT, particulièrement hargneux, et même par Pujadas, l’ancien président a brusquement retrouvé toute l’énergie qu’on lui avait connue quand il se faisait piétiner par les chiraquiens qui ne lui pardonnaient pas sa (haute) trahison de balladurien.

Au fond, et c’est ce qu’on découvrait hier soir et qui expliquait bien des choses : ce type est, sans aucun doute, un masochiste qui adore se faire fouetter et que le fouet revigore. Ses innombrables biographes ne l’ont jamais souligné, de peur sans doute de se faire fouetter à leur tour mais toute l’histoire de Sarkozy est faite de hauts et de bas au point qu’on lui avait attribué le titre de « roi du trampoline ».

Or, ce n’est pas l’élasticité de notre vie politique qui, quand il est au fond du trou, le fait rebondir. Ce sont les coups de fouet qu’on lui donne. Il y a des gens comme cela. Et depuis quelques temps il faut bien lui accorder qu’il croule sous les coups de fouet