Pour une fois, on est obligé de dire que Nicolas Sarkozy a raison. Dans son livre qui sort demain et qu’il a intitulé « La France pour la vie » ce qui ne veut pas dire grand-chose, il reconnait qu’il a « abaissé la fonction présidentielle » (à propos du « Casse, pauv’con »), qu’il se demande encore aujourd’hui comment il a « pu commettre un tel impair » (à propos du voyage sur le yacht de Bolloré), qu’il n’avait « pas mesuré la portée symbolique du lieu » (à propos du Fouquet’s) et, beaucoup plus sérieusement, qu’il a « retardé des réformes » et qu’il aurait dû « supprimer l’ISF et les 35 heures ». Bref, qu’il a été un très mauvais président et, pire encore, qu’il n’est vraiment pas fait pour la fonction puisqu’il ne comprend rien aux Français.

Après Juppé et Fillon, il ne manquait plus de lui sur les étalages de nos librairies. Mais si les deux anciens Premiers ministres dessinent plus ou moins leur programme pour la primaire de la droite (et du centre) si ce n’est carrément pour la course à la présidentielle elle-même, Sarkozy, lui, était obligé de commencer par un mea culpa pour tenter de retrouver un minimum de crédibilité. C’est en tous les cas ce que lui demandaient tous ses amis. Il s’y adonne visiblement à contrecœur et du bout des lèvres.

Mais il faut bien reconnaitre que cette enfilade d’excuses plus ou moins vaseuses, de demandes de pardon est… ridicule. La fameuse loi de « la faute avouée est à moitié pardonnée » peut, éventuellement, s’appliquer à un sale gosse aux doigts plein de confiture. Elle est grotesque pour un ancien chef d’Etat, a fortiori s’il souhaite retrouver le pouvoir.

Il est confus d’avoir fait perdre au pays les cinq années de son quinquennat, d’avoir trahi ses électeurs tantôt en reculant devant les réformes qui s’imposaient (l’abrogation de l’ISF et des 35 heures), tantôt en galopant derrière le Front National. Et il s’imagine qu’en se roulant ainsi dans la cendre et qu’en avançant pieds nus et la corde au cou vers eux, les Français seront assez naïfs (et le mot est faible) pour lui « re-faire » confiance !

Les conseillers en communication de Sarkozy (des anciens de Bygmalion, peut-être ?) voire les « nègres » qui ont gratouillé ces 260 pages n’ont pas compris qu’en faisant publier cette autocritique non seulement l’ancien président n’attirerait ni la pitié ni la sympathie mais qu’il rappellerait bien maladroitement, en s’y vautrant, toutes ses erreurs, tous ses impairs, toutes ses gaffes et surtout toute l’inconsistance de son règne qu’on commençait presque par oublier… grâce au spectacle encore moins reluisant que nous offre François Hollande depuis trois ans et demi.

Pour être honnête, il faut reconnaitre qu’on ne voit pas ce qu’on aurait pu lui conseiller. Demander pardon pour ses erreurs passées, comme il le fait aujourd’hui, c’est évidemment les rappeler. Mais s’il n’en avait pas dit un mot on le lui aurait aussi reproché.

Sarkozy a eu longtemps une chance insolente. Mais depuis sa défaite de 2012, il joue de malchance à moins que ce ne soit de maladresse. Il a raté son retour en politique, raté sa prise de l’UMP, raté la transformation de cette UMP en parti des Républicains et, sans guère de doute, raté ce livre. Il a désormais ce qu’on appelle « la poisse ». Tous les joueurs –et il en est un- savent que « quand on n’a plus la main, il faut passer la main »

Finalement, ce type a réussi à faire élire François Hollande (dans un pays majoritairement de droite) et à transformer Alain Juppé en symbole du renouveau et de la jeunesse ! Deux performances tout de même étonnantes.

Il prétend que ce livre n’est en rien un acte de candidature ni pour la primaire ni pour la présidentielle. Personne ne peut le croire, évidemment. L’ambition et le besoin de revanche transpirent par tous les pores de sa peau. Mais, en lisant ce livre, on se dit, par moments, que si les sondages continuaient à être aussi désespérément mauvais pour lui, il pourrait –peut-être- finir par jeter l’éponge pour éviter le ridicule et se réserver pour 2022…