Demain, la finale de cette coupe des régionales va être passionnante et en tous les cas inédite. En fait, pour faire simple, nous allons assister et même participer à trois référendums différents qui seront tous les trois arbitrés par… les abstentionnistes.

Ce sera pour ou contre Marine Le Pen, pour ou contre François Hollande, pour ou contre Nicolas Sarkozy. Et, vu les résultats du premier tour, tout le monde reconnait que, pour avoir une chance de l’emporter, il faudra aller chercher, avec les dents s’il le faut, les voix de tous ceux qui, dimanche dernier, ont préféré rester chez eux, en pantoufles, pour rédiger leur lettre au Père Noël.

Plus personne ne s’intéresse aux régions, aux programmes des candidats, à ce que pourront être ces exécutifs locaux. Nous ne pensons déjà plus qu’à la prochaine échéance, la présidentielle de 2017. Nous voulons savoir donc s’il est bien confirmé que Marine Le Pen l’emportera au premier tour et si, éventuellement, elle aura une chance de l’emporter au second ; si Hollande qui caracole maintenant dans les sondages (grâce aux attentats) pourra vraiment se présenter, même s’il est plus que vraisemblable qu’il n’aura pas réussi à inverser la courbe du chômage d’ici là, alors qu’il avait pourtant conditionné officiellement cette candidature à cette inversion ; si Nicolas Sarkozy qui devait faire des étincelles en reprenant en main et en métamorphosant l’UMP sera le mieux placé pour gagner, l’année prochaine, la bataille de la primaire de la droite et du centre.

Les résultats de demain soir seront évidemment plus parlants que tous les sondages. Après nous avoir raconté, en début de semaine, que finalement le Front National n’emporterait aucune des quatre régions dans lesquelles il s’était particulièrement illustré, ces mêmes sondages nous disent, depuis hier soir, que tout se jouera « sur un fil ».

Mais, quoi qu’il en soit, on sait déjà que Marine Le Pen -que le FN remporte ou non une, deux, trois ou quatre région(s) alors qu’il était arrivé en tête dans six régions-, sortira en grande victorieuse de ces régionales puisqu’elle aura réussi à faire de son parti « le premier parti de France », avant toutes les magouilles et mariages contre-nature de l’entre-deux tours.

On sait aussi déjà que la gauche aura relativement limité les dégâts et que ce ne sera pas la Berezina annoncée (et méritée). Aux dernières régionales, l’UMP, au pouvoir, n’avait pu sauver qu’une seule région, l’Alsace. Cette fois, le PS, au pouvoir, en sauvera au moins deux, la Bretagne et l’Aquitaine, voire plus. Cela dit, ni Hollande, ni Valls ne pourront triompher. Au passage, on observera que, comme prévu, les « alliés » du PS, Ecologistes et Front de gauche, se sont effondrés et sont en voie de disparition, avec 6,81% pour les premiers et 4,15% pour les seconds.

Reste le cas de Sarkozy. Mais pour lui il faut vraiment attendre demain soir. Il aura sans aucun doute l’Auvergne et les Pays de Loire mais aura-t-il aussi, grâce au retrait du PS, le Nord et Paca et, grâce à Valérie Pécresse et au sectarisme maladroit de Bartolone, l’Ile-de-France ? L’ancien président est donc, plus encore que les autres, sur un fil. Et on peut faire confiance à ses « compagnons », Juppé, Fillon, Le Maire et les autres, pour ne pas le ménager car la primaire de la droite et du centre a déjà commencé et les poignards sortiront dès lundi, à l’aube.

En fait ce seront bien les 50,09% d’inscrits s’étant abstenus dimanche dernier qui départageront les concurrents. (Notons que l’abstention se calcule sur le nombre des inscrits, 45.299.336, et non pas sur le nombre des Français en âge de voter. Or un grand nombre de nos compatriotes ne prennent même plus pris la peine de s’inscrire).

Le Premier ministre ayant eu l’impudeur pour ne pas dire l’irresponsabilité d’affirmer qu’une victoire du FN provoquerait « une guerre civile » (sic !!), il va être intéressant de voir si les abstentionnistes vont se précipiter vers les urnes pour « sauver la République » et lui épargner cette « guerre civile » ou si, au contraire, s’apercevant que, cette fois, le FN pourrait l’emporter dans certaines régions, ils vont vouloir donner un coup de pouce à Marine Le Pen.

Il faudra aussi tenter de voir si les électeurs de gauche « obéiront » aux injonctions de Valls et voteront comme un seul homme pour la droite dans le Nord Pas de Calais Picardie, en Provence Alpes Côte d’Azur et en Alsace Lorraine Champagne Ardennes. Rien n’est moins sûr.

Bref, on le voit, rien n’est encore joué, même s’il y a déjà des vainqueurs (au FN) et des vaincus (les autres parmi lesquels on peut mettre au premier rang Valls et sa « guerre civile »).