Il faut toujours se souvenir qu’il y a un second tour pour toutes les élections à… deux tours et ne jamais oublier que notre faune politicarde a une telle maitrise des magouilles en tous genres qu’il ne suffit pas d’arriver très largement en tête au premier tour pour être sûr de l’emporter au second. Le Front National aurait donc tort de vendre la peau de l’ours dès aujourd’hui. Même si, c’est, évidemment, le premier tour, et lui seul, avant toutes les combines des partis, qui permet de jauger le poids réel de chaque formation dans l’opinion.

Certains évoquent, ce matin, la présidentielle de 2002 et la mobilisation « populaire » stupéfiante à laquelle on avait alors assisté entre les deux tours quand Jean-Marie Le Pen devait affronter Jacques Chirac. On avait tout entendu, notamment que la démocratie, la République et même la France étaient en danger et que « le péril nazi » était non seulement à nos portes mais même à celles de l’Elysée.

Il va sans dire que nos responsables de tous poils se moquaient alors du monde et en particulier des braves gens et du bon peuple car chacun savait parfaitement que si Jospin avait été éliminé de la compétition c’était parce que Chevènement et Taubira lui avaient « volé » les quelques % qui lui avaient manqué et qu’en tous les cas Le Pen n’avait strictement aucune chance de l’emporter.

On va, sans doute, assister tout au cours de cette semaine à la même mobilisation générale de tous nos moralisateurs de service, de tous nos gaucho-bobos des beaux quartiers, de toutes nos associations droits-de-l’hommistes copieusement subventionnées par les pouvoirs publics, avec appel au peuple contre « la peste brune ». Mais tout est très différent aujourd’hui.

D’abord, parce que les listes FN sont arrivées en tête dans 6 régions sur 13, dans 46 départements, avec plus de 40% dans 2 régions et dans 11 départements et que, cette fois, personne ne peut contester que le parti de Marine Le Pen est bel et bien le premier parti de France.

Ensuite, parce qu’il devient de plus en plus difficile de reprocher à Marine Le Pen d’avoir collaboré avec les nazis, d’avoir milité dans l’OAS et même de représenter aujourd’hui un véritable danger pour la République.

En clair, « le danger » qui était totalement « bidon » en2002 et qui avait permis à nos « élites » de crier au loup, est cette fois bien réel mais… ne fait plus peur à personne. Cela dit, Marine Le Pen n’a guère de réserves de voix contrairement à ses adversaires.

Si la victoire de Marine Le Pen à ce premier tour était relativement prévue et en tous les cas totalement prévisible ainsi d’ailleurs que la déroute des socialistes, la « nouvelle du jour » vient tout de même de la semi-défaite de la droite classique.

En principe, les Républicains et les centristes qui incarnent aujourd’hui encore l’opposition officielle au régime actuel aurait dû bénéficier d’une vague bleue pour ne pas dire d’un tsunami, comme en avaient bénéficié, la dernière fois, les socialistes qui étaient alors l’opposition officielle à Sarkozy et qui avaient raflé toutes les régions à l’exception de l’Alsace.

Or, les résultats de cette droite classique sont très médiocres. Le FN lui a indiscutablement volé la vedette. La faute à qui ? Evidemment, au patron des Républicains, à celui qui a voulu prendre la présidence de l’UMP, changer son nom, ses cadres, sa stratégie et qui, depuis, zigzague en ne sachant plus s’il veut faire de la surenchère avec le FN, comme jadis, ou tenter de séduire les centristes en prévision de la primaire.

Les résultats d’hier sont très mauvais pour Sarkozy, même s’il peut se consoler avec le bon score de Valérie Pécresse en Ile-de-France et espérer faire mieux dimanche prochain.

Mais Alain Juppé aurait tort de se réjouir. Défenseur de la ligne modérée et donc d’une alliance avec les centristes, le maire de Bordeaux, adversaire déclaré de Sarkozy à la primaire, est obligé de constater que l’électorat s’est considérablement « droitisé » et que ce ne sont pas les accords avec l’UDI ou le MoDem qui ont limité la casse.

On se demande ce que Manuel Valls va bien pouvoir trouver à nous raconter ce soir. Mais on attend aussi avec curiosité si ce n’est impatience les réactions de tous les autres qui, ce matin encore, paraissaient tétanisés. Comme si vraiment ils ne s’attendaient pas à recevoir cette claque, pourtant largement méritée