On a tort de dire et de répéter que les élections ne servent à rien. Certes, ni Xavier Bertrand, ni Christian Estrosi ni même Valérie Pécresse ne vont inverser la courbe du chômage, dans le Nord, dans le Midi ou en Ile-de-France. Ils ne vont même pas pouvoir, contrairement à tous leurs engagements, baisser les impôts locaux de leurs régions perspectives et il y a de fortes chances pour qu’ils n’aient pas les moyens d’offrir à leurs populations de nouvelles routes (avec ronds-points en enfilade) et à leurs jeunes lycéens des classes d’éveil avec projecteurs de trois D. Mais ces dernières régionales auront tout de même servi à quelque chose.

Manuel Valls vient de déclarer qu’il avait « entendu le message des Français » et qu’il allait donc annoncer très prochainement… « des mesures d’urgence pour lutter contre ce fléau qu’est le chômage de masse ». De son côté, Nicolas Sarkozy qui a, lui aussi, « entendu le message des Français » a annoncé qu’il allait, avant longtemps, réunir son parti « pour définir la ligne qu’il allait adopter ».

Qu’on ne nous dise donc plus que les élections ne servent à rien. Mais qu’on ne nous empêche pas d’éclater de rire.

Il a donc fallu qu’avec ces élections régionales le Premier ministre reçoive une gigantesque paire de gifles et que le président du premier parti d’opposition reçoive une énorme claque pour que le premier s’aperçoive que le chômage ne fait qu’augmenter au rythme effrayant de 1.000 nouveaux chômeurs de plus par jour ouvrable depuis l’élection de Hollande et pour que le second réalise que, depuis qu’il est redescendu dans l’arène (contrairement à toutes ses promesses du soir de la défaite) il ne fait que naviguer à vue, à la godille, à contre-courant, dans le brouillard ou en zigzag.

En clair, si le Front National n’avait pas réussi, au premier tour, à terrifier la planète entière et à faire trembler jusqu’au plus profond de leurs petites culottes les vauriens de notre microcosme politicard, Valls aurait continué à nous chantonner que tout allait très bien madame la marquise et à nous jurer ses grands dieux que l’horizon commençait à s’éclaircir, qu’on était sur la bonne voie, que les signaux passaient au vert et qu’on était sur le point de sortir du tunnel alors que Sarkozy aurait continué à aller voir des match de football tout en observant ses vieux alligators s’entredéchirer dans le marigot républicain.

Marine Le Pen a perdu mais il faut lui rendre hommage : elle a tiré au canon et ses boulets ont sifflé aux oreilles de tout ce petit monde.

Cela dit, personne, bien sûr, n’est dupe. Depuis presque un demi-siècle, depuis Chaban en 1970, chaque fois qu’un Premier ministre nous a raconté qu’il allait prendre des « mesures d’urgence » contre le chômage il s’est contenté, en fait et à tous les coups, de bricoler une nouvelle machine à gaz qui a coûté des milliards et permis d’embaucher quelques milliers de jean-foutres supplémentaires dans la fonction publique. Et rien d’autre.

On sait que la fameuse « formation » que Valls veut relancer est l’un des grands scandales de la Vème République, qu’elle n’a jamais servi à rien et qu’on y a englouti en pure perte des sommes colossales (qui n’ont sûrement pas été perdues pour tout le monde d’ailleurs).

On sait aussi que chaque fois qu’un « dirigeant » de droite ou de gauche a annoncé qu’il allait réunir tout le monde, écouter chacun, consulter les uns et les autres, laisser parler la foule, etc., etc. pour savoir avec précision ce que voulait le brave peuple et définir avec lui « la ligne » du mouvement, ce n’était, bien évidemment, que de l’esbroufe, du cinéma série B, de la poudre aux yeux et surtout, bien souvent, un moyen habile pour régler quelques comptes personnels avec d’éventuels concurrents qui commençaient à patauger trop bruyamment dans la bouillasse du parti (NKM vient d’en faire l’expérience, c’est-à-dire les frais).

Sarkozy sait parfaitement ce qu’il veut et quelle sera la ligne du parti. Il veut sa revanche, revenir à l’Elysée et est convaincu plus que jamais que, pour gagner, il faut jouer « à droite toute ». A ses yeux, le succès du FN, le triomphe de Wauquiez et les contreperformances des listes menées par l’UDI en ont été une nouvelle démonstration. S’il a oublié les réactions à son célèbre discours de Grenoble et les raisons de sa défaite de 2012, il se souvient de ses malheurs quand, au début de son mandat, il avait voulu « ouvrir » vers la gauche avec des personnages comme Kouchner ou Rama Yade. Il laisse donc au « vieux » Juppé tous les plaisirs des flirts avec le centre et continue à mépriser souverainement tous les sondages.

Celui du jour, de la Sofres pour Le Figaro, confirme pourtant toutes les évidences. A premier tour, on aurait au choix : Marine Le Pen : 27,5%, Sarkozy : 26%, Hollande : 22% ou Juppé : 31%, Marine Le Pen : 28%, Hollande : 20%. Au second tour, au choix : Sarkozy : 64%, Marine Le Pen : 36% ou Juppé : 70%, Marine Le Pen : 30%. Juppé est donc meilleur candidat que Sarkozy.

Sarkozy n’arrive toujours pas comprendre que les Français qui veulent la ligne dure ont déjà ce qu’il leur faut, en mieux, avec Marine Le Pen.

Tout va, bien sûr, se jouer lors de la primaire de la droite et du centre. Si ce sont ceux qui voteront en 2017 pour Marine qui se déplacent pour cette primaire, Sarkozy l’emportera. Si ce sont ceux qui regrettent que Bayrou ait déclaré forfait ce sera Juppé qui l’emportera.

On a aussi appris ce matin que, l’année dernière, la fonction publique avait embauché 40.000 nouveaux salariés alors que, pendant le même temps, on avait supprimé 63.000 emplois marchands. C’est ce qui s’appelle « le mal français ». Mais personne n’en parle…