L’entre-deux-tours de toutes les élections provoque toujours des incidents et des dérapages. Les candidats sont épuisés par des semaines de campagne, ont tellement rabâché leur baratin qu’ils ne savent plus quoi dire d’un peu nouveau et s’imaginent généralement qu’un ultime coup de rein pourrait leur donner la victoire. Mais ces incidents et ces dérapages sont souvent diablement révélateurs. Claude Bartolone vient de s’illustrer dans ce genre de dérapage révélateur.

Appelé à la rescousse par ses amis socialistes qui avaient compris qu’ils allaient perdre cette région Ile-de-France, symbolique et si précieuse à tous les sens du terme, le président de l’Assemblée Nationale était sans grande illusion. Il savait parfaitement que la candidate des Républicains, Valérie Pécresse, avait travaillé la région depuis des mois, que le bilan de Jean-Paul Huchon était désastreux et qu’il n’avait pas lui-même, en tant qu’ancien patron de la Seine Saint Denis qu’il avait mise en faillite, une excellente réputation dans la région.

Il savait aussi qu’on lui reprochait d’avoir embauché sa femme dans son cabinet à l’Hôtel de Lassay (ce qu’il démentait en prétendant qu’il avait, en fait, épousé sa collaboratrice, nuance !) et qu’on l’accusait de trainer derrière lui un bon nombre de casseroles plus tintinnabulantes les unes que les autres. Au point d’ailleurs que, même dans son département du 9.3, les militants du PS surnommaient affectueusement ce descendant d’immigrés italiens… « Don Bartolone », en prenant l’accent des mafieux siciliens.

Prudent, en acceptant de prendre la tête de la liste PS d’Ile-de-France, Bartolone avait bien précisé qu’il ne démissionnerait de la présidence de l’Assemblée nationale qu’en cas de victoire. La région, c’est pour six ans, le perchoir ce n’est plus que pour un an et demi…

Or, à la surprise générale y compris à la sienne, dimanche dernier, son score du premier tour était nettement moins mauvais que prévu puisqu’il obtenait 25,19% des voix, derrière Valérie Pécresse, 30,51%, et devant Wallerand de Saint Just (FN) 18%. Mieux encore, en additionnant toutes les voix « de gauche », celles de l’écologiste Emmanuelle Cosse, 8,03%, du communiste Pierre Laurent, 6,63%, de la représentante de la Ligue Ouvrière, Nathalie Arthaud, 1,40%, et d’un divers gauche, Sylvain de Smet, 0,23%, Bartolone arrivait à un total « de gauche » de 41,48%. Or, Valérie Pécresse ne pouvait, elle, vraiment compter que sur les voix s’étant portées sur la liste menée par Nicolas Dupont-Aignan, 6,57%. Le total des voix « de droite » plafonnait à 37,08%. Tout devenait donc possible pour Bartolone.

Il a alors dérapé hier et à deux reprises, coup sur coup. D’abord, dans une interview à l’Obs en déclarant que Valérie Pécresse était « la candidate qui défend en creux Versailles, Neuilly et la race blanche » (sic !) ; puis, au cours d’un meeting à Créteil, en affirmant : « Valérie Pécresse veut mettre un serre-tête sur les cheveux de notre région ».

Tout le monde sait que Valérie Pécresse est ce qu’on appelle parfois « une bourge », qu’elle est née à Neuilly, qu’elle a fait sa scolarité à Sainte Marie (à Neuilly) et à « Ginette » (à Versailles) avant d’intégrer HEC puis l’ENA. On peut même imaginer, sans grand risque de se tromper, qu’il lui est arrivé, enfant, de porter un serre-tête.

Né à Tunis dans une famille de très modestes ouvriers agricoles, avec un père sicilien et une mère maltaise, Bartolone n’a en poche qu’une modeste licence de mathématiques ce qui est tout à son honneur et plus encore à celui du système français qui pratiquait alors encore la méritocratie. En fait, son CV n’a qu’une seule originalité (toute relative, il est vrai parmi ses amis). Il était fabiusien en 2005, lors du référendum européen, « royaliste » en 2007 lors de la présidentielle, aubryste lors du congrès de Reims, et hollandiste en 2012 lors de la dernière présidentielle. Jun vrai… caméléoné.

Que ce « petit chose » qui n’était pas « grand-chose » et qui est devenu le 3ème personnage de l’Etat en soit encore à la lutte des classes et à fustiger les bourgeois du NAP (Neuilly-Auteuil-Passy) prouve qu’il a, comme nombre de ses camarades de parti, un bon siècle de retard et, accessoirement, qu’il ignore totalement dans quels arrondissements de Paris vivent les ministres, les sous-ministres et les gourous de la gauche d’aujourd’hui.

Où son dérapage devient intolérable c’est, bien sûr, quand il accuse son adversaire de « défendre la race blanche ». D’abord, parce que si Valérie Pécresse défend (mollement d’ailleurs) la civilisation, voire la culture occidentales, et parfois les origines chrétiennes de la France, elle n’a jamais, au grand jamais évoqué « la race blanche ». Pas folle, la guêpe !

Ensuite, parce qu’on ne voit pas en quoi « défendre la race blanche » serait un crime alors que les associations qui revendiquent officiellement de « défendre la race noire » sont subventionnées à outrance par tous les pouvoirs publics.

Révélateur, en effet, ce dérapage du président de l’Assemblée Nationale qui, par pure idéologie malsaine, après mis au ban de la société française la bourgeoisie, devient raciste au point de s’en prendre à « la race blanche ». Elu d’un département où les blancs sont chaque jour de plus en plus minoritaires, il s’imagine qu’il en va déjà de même pour toute la région Ile-de-France.

On veut espérer (sans trop y croire) que les franciliens « de couleur blanche » lui feront payer chèrement ces propos qui, en principe devraient le conduire devant les tribunaux puisque le racisme est désormais puni par la loi.

On peut penser aussi que quelques électeurs de race noire de la région désapprouveront, par leur vote, le racisme de cet immigré dans un pays où, il faut le rappeler, les Blancs ont accepté sans broncher un Premier ministre, un président de l’Assemblée Nationale, une ministre de l’Education et une maire de la capitale… venus tous d’ailleurs. Ce qui fait tout de même beaucoup et devrait nous épargner les accusations de racisme ou de xénophobie.