On l’avait trouvé indécent et même irresponsable. Mais, finalement, il a eu raison. En déclarant publiquement, à longueur de journée et sur toutes les longueurs d’ondes, que si jamais, lors de ces élections régionales, le Front National emportait une ou deux régions ce serait « la guerre civile », Manuel Valls a réussi à rameuter un bon nombre d’abstentionnistes qui ont voté pour les candidats de gauche et il a même pu inciter des électeurs de gauche du Nord-Pas de Calais-Picardie, de Provence Alpes Côte d’Azur et d’Alsace-Lorraine-Champagne Ardennes à voter pour la droite.

Du coup, sur treize régions, la droite en obtient sept, la gauche cinq et on oublie (à tort) la Corse où ce sont les régionalistes-indépendantistes du fils Siméoni qui ont gagné.

Le Front National qui était arrivé en tête au premier tour avec 28,42% des voix (contre 27,08 % à la droite classique, 23,48 % au PS, 6,81 % aux Ecolos et 4,15 % au Front de gauche), en tête dans six régions et avec plus de 40% dans le Nord-Pas de Calais-Picardie et en Provence Alpes Côte d’Azur n’obtient pas une seule région. Marine Le Pen n’a que ses yeux pour pleurer, larmes auxquelles il faut toutefois ajouter un bon nombre de conseillers régionaux qui pourront animer une vigoureuse opposition dans la plupart des conseils régionaux.

On comprend la déception de Marine Le Pen qui aurait sûrement aimé diriger une région pour mieux se préparer à la présidentielle de 2017.

On comprend aussi l’énorme satisfaction en forme de gigantesque soulagement de la gauche. Certes, elle a perdu trois régions « phares » : le Nord-Pas de Calais-Picardie, Paca et, pire encore, l’Ile-de-France. Mais, d’une part, le parti au pouvoir perd toujours les élections intermédiaires (la droite avait, la dernière fois, tout perdu, sauf l’Alsace) et, d’autre part, vu les résultats épouvantables de la politique menée par cette gauche depuis trois ans et demi, personne n’aurait pu imaginer une seule seconde qu’elle réussisse à « sauver autant de meubles ». Le score final du PS est totalement inespéré, inimaginable et pour le moins injustifié.

Valls peut donc se vanter d’avoir eu raison en limitant toute la campagne du PS à un seul slogan, une seule obsession, un seul « programme » : Faire barrage au Front National.

Depuis trois mois, le Premier ministre ne parlait plus du chômage (qui a continué à augmenter), plus des impôts (qui ont continué à augmenter), plus de la dette ou des déficits (qui ont continué à augmenter), plus de l’immigration, de l’Islam, des migrants. N’ayant, sans doute, rien à nous dire sur tous ces sujets, il avait, après avoir prudemment décrété l’état d’urgence, trouvé cette échappatoire avec un seul mot d’ordre : Halte au fascisme, (en espagnol, No passaran) pour éviter une « guerre civile » qui se serait donc ajoutée à la guerre que nous menons contre l’Etat Islamique en Irak, en Syrie et au Mali et à la guerre, déjà un peu « civile », que nous avons à mener contre les terroristes islamistes de nos banlieues. Les socialistes adorent faire la guerre. Souvenons-nous de Guy Mollet.

Hollande peut remercier Valls pour cette trouvaille-escroquerie. Il peut d’ailleurs aussi se remettre à rêver d’une réélection en 2017 grâce à ce même slogan pour unique programme : « Non au FN », en nous précisant alors qu’il est, bien évidemment, le seul rempart possible contre le danger fasciste et cette menace de guerre civile qui va désormais avec.

Pour Nicolas Sarkozy, la journée a été, évidemment, beaucoup moins bonne. En vertu de la tradition des élections intérimaires, il pouvait croire, attendre, espérer une vague bleu. Sept régions sur treize c’est ce qu’on appelle « un bide », malgré les beaux lots de consolation décrochés par Valérie Pécresse, Xavier Bertrand et Christian Estrosi.

Sarkozy a perdu la main, les Républicains ne font rêver personne. La machine n’a pas redémarré comme si les rouages étaient coincés. On pensait qu’ils auraient si ce n’est un boulevard du moins un tapis rouge devant eux, ils se sont égarés dans un cul de sac et se sont pris les pieds dans le tapis. Plus personne ne pense que l’ancien président sera élu triomphalement en 2017 ni même lors de la primaire de la droite et du centre l’année prochaine.

La droite va donc devoir, dès ce lundi matin, « tirer la leçon » de ces résultats. « Tirer la leçon » a d’ailleurs été le refrain que nous ont ânonné, tout au cours de la soirée, tous les ténors, tous les barytons et toutes les sopranos de la droite comme de la gauche qui se sont succédé sur tous les plateaux de télévision. Jusqu’à présent, ils nous disaient, les soirs d’élections, qu’ils avaient « entendu les Français ». Cette fois, ils vont plus loin, ils nous disent qu’ils vont « tirer la leçon ».

Elle est facile à tirer. L’UMPS a, une nouvelle fois (qui pourrait bien être la dernière), sauvé son mobilier et ses fromages en jouant en chœur le grand air de « la peur du grand méchant loup ». Mais le grand méchant loup fait de moins en moins peur et surtout les Français ne supportent plus (du tout) les petits cochons vieillissants et grassouillets qu’ils engraissent depuis des décennies.

Il va donc falloir que les petits cochons en question se réveillent, abandonnent leur sectarisme, leurs dogmes, ce qu’ils ont appris ou à l’ENA ou dans leur loge, regardent en face la situation du pays, comprennent enfin qu’il est scandaleux qu’un pays comme la France ait 5,5 millions de chômeurs, 8 millions de mal-logés, 10 millions de pauvres, tout en ayant à la fois un assistanat généralisé qui dépasse l’entendement et le record mondial des prélèvements obligatoires, une industrie en capilotade, une agriculture en jachère et une jeunesse désespérée.

Il faudra qu’ils se résignent à faire table rase de bien des choses comme, au hasard et en vrac, notre code des Impôts, notre code du TravaiI, le statut des fonctionnaires, le droit du sol, les 35 heures, le regroupement familial, etc.. Il faudra aussi qu’ils écoutent plus attentivement les Français qui osent parfois fredonner La Marseillaise.

Alors, mais alors seulement, ils pourront –peut-être- faire barrage à la victoire programmée du Front National.

Hélas, on les connait. Ils vont s’installer confortablement dans leurs fauteuils capitonnés, se partager les sinécures, se passer « la salade et la rhubarbe » (selon la belle expression de Sarkozy !) et recommencer à se goberger aux frais de cette République qu’ils prétendent défendre tout en se goinfrant, convaincus que le peuple leur a donné raison car ils ont déjà oublié le seul scrutin qui vaille, celui du premier tour. Et, comme ils n’auront pas voulu « tirer la leçon » de ce qui ressemble bien à un dernier avertissement, tout sera comme avant, jusqu’en 2017 où tout pourrait alors, peut-être, changer un peu brutalement…