Depuis l’annonce des résultats de ces élections régionales, tous les commentateurs nous ont tout dit –et le contraire- sur le triomphe (inutile) du Front National, sur la claque qu’a reçue Nicolas Sarkozy et sur la paire de gifles infligée aux socialistes. Mais personne n’a porté la moindre attention à la… 13ème région, la Corse. Or, de toute évidence, c’est pour la Corse que ces régionales auront le plus d’importance.

La droite ne fera pas grand-chose dans les sept régions qu’elle détient désormais et la gauche en fera encore moins dans les cinq régions qu’elle a plus ou moins sauvegardées. Où tout va, changer c’est évidemment en Corse et pour la bonne et simple raison que –même si personne ne semble s’en être aperçu- ce sont les « nationalistes » et/ou les « indépendantistes » qui ont été élus triomphalement.

La liste menée par Gilles Siméoni, déjà maire de Bastia et fils du célèbre Edmond Siméoni, héros des « régionalistes » d’antan, a obtenu 52.800 voix, loin devant celle de Paul Giacobbi, le député rad.-soc. héritier de la dynastie des Giacobbi (42.600 voix) et celle de José Rossi, Républicain, qui s’était pourtant allié avec Camille de Rocca-Serra, héritier de la dynastie des Rocca-Serra (40.400 voix). Ce scrutin régional marque, sans doute, la fin des fameux « clans » corses, d’autant plus qu’en s’emparant de la mairie de Bastia, le fils d’Edmond Siméoni avait déjà mis un terme au règne des Zuccarelli, le troisième grand clan de l’île.

Gilles Siméoni, l’ancien avocat d’Yves Colonna, l’assassin du préfet Erignac, devient président du Conseil exécutif de l’île et Jean-Guy Talamoni, le chef de file des plus radicaux, est élu président de l’Assemblée de Corse. En clair, l’île de Beauté est désormais dirigée par des hommes qui ont toujours réclamé officiellement l’indépendance de la Corse, Siméoni avec insistance, Talamoni (que Chevènement comparait à Ben Laden) avec frénésie.

Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur avait déclaré : « Je veux dire à Monsieur Talamoni que la Corse c’est la France et qu’elle sera toujours la France », reprenant ainsi, très maladroitement et au mot près, ce qu’un de ses prédécesseurs lointains place Beauvau, un certain François Mitterrand, avait déclaré à propos de l’Algérie. Il est vrai que Nicolas Sarkozy n’a pas été plus brillant. Tenant l’autre semaine, pendant l’entre-deux tours, un meeting en Corse, il s’est écrié : « Monsieur Talamoni ne veut pas de la République française. Eh bien la République française ne veut pas de Monsieur Talamoni », ce à quoi Talamoni avait répondu par un tweet : « Il parait que j’ai été mis en cause pas un comique troupier de passage ». La République ne veut peut-être pas de Talamoni mais les Corses l’ont élu.

La Corse est donc à la dérive. Ce n’est pas nouveau. Cela fait des décennies que Paris, droite ou gauche confondues, accumule les maladresses. Tantôt en refusant de reconnaitre qu’une ile a forcément ses spécificités, tantôt en acceptant de reconnaitre que les Corses forment « un peuple » à part. Et toujours en s’imaginant qu’on règlera « le problème corse » à coup de nouvelles subventions.

Pendant ce temps-là, les « régionalistes » se sont transformés en « autonomistes », lesquels sont devenus des « nationalistes », avant de se déclarer ouvertement « indépendantistes » et… de l’emporter dans les urnes.

Aujourd’hui, les indépendantistes ont mis leurs kalachnikovs au râtelier et ont pris le pouvoir. En 1977, l’hôte de ces lieux publiait un petit livre qui s’intitulait déjà « La Corse à la dérive ». C’était il y a 38 ans…