A-t-on encore le droit de souhaiter un joyeux Noël à ses amis ? Rien n’est moins sûr car, qu’on le veuille ou non, Noël ce n’est pas seulement cette fête laïque qui permet à tous de se goinfrer en famille en oubliant tous les malheurs du monde et tous les malheureux du coin de la rue. Noël, c’est aussi et surtout le souvenir de la naissance, il y a deux millénaires, dans une crèche perdue au fin fond de Proche-Orient, d’un « fils de Dieu » qui apporta au monde le plus étonnant des messages : « Aimez-vous les uns les autres ».

Et pendant plus de vingt siècles, au milieu des tueries les plus effroyables, des carnages épouvantables, des famines, des épidémies, de tous les égoïsmes, de toutes les dictatures, dans un océan de misère et des flots de sang, des millions et des millions de braves gens eurent « la naïveté » de croire en ces paroles dont ils firent leur espoir. Autant dire qu’à part le sapin, le foi gras, les truffes, le champagne et les cadeaux, Noël n’a rien de très… laïc.

Mais dans un pays socialiste comme le notre, il faut croire au Père Noël, c’est-à-dire aux promesses électorales des camarades du Parti, et il est formellement interdit de croire en Dieu, de s’imaginer qu’un petit enfant, né dans la paille, il y a très longtemps, a transmis aux hommes un message d’amour qui a tout de même changé la face du monde et qu’on pourrait d’ailleurs curieusement résumer par ces mots hélas galvaudés : liberté, égalité, fraternité.

D’après les statistiques, plus personne, à part quelques rombières et une poignée de puceaux boutonneux, ne croirait en Dieu. Et d’après nos dirigeants (de gauche comme de droite) la France, jadis « fille ainée de l’Eglise », n’aurait, pas plus que notre vieille civilisation occidentale, jamais rien retenu du message du nouveau-né de Bethléem. Peut-être…

Toujours est-il que, même si l’on ne croit plus en Dieu et si « l’infâme » a été écrasé comme le souhaitaient Voltaire et ses copains francs-maçons des Lumières, nous avons tous besoin, au moins une fois par an, de croire que le monde pourrait devenir meilleur, même avant un au-delà bien incertain.

Et nous avons aussi besoin de souhaiter un joyeux Noël fraternel et complice à nos amis, notamment à ceux de ce modeste blog qui, au fil des années, ressemble de plus en plus à une sorte de… secte un brin iconoclaste.