Manuel Valls demande aux électeurs de gauche (du Nord, du Sud et de l’Est) de voter pour le candidat de la droite dite « classique », dimanche prochain lors du second tour de ces régionales, afin de… faire barrage au Front National qui pourrait, en effet, s’emparer de ces trois régions Nord-Pas de Calais-Picardie, Provence-Alpes Côte d’Azur, Alsace-Lorraine-Champagne Ardennes. Pour un vieux militant du PS, c’est choisir la peste pour éviter le choléra, ou l’inverse. C’est surtout vraiment n’importe quoi.

D’abord, parce que, depuis trois ans et demi, le même Valls, aussi bien comme ministre de l’Intérieur que comme Premier ministre, n’a cessé de répéter que la droite de Nicolas Sarkozy avait repris à son compte tous les thèmes de la famille Le Pen. Ce qui est d’ailleurs en partie vrai. Ensuite, parce que c’est évidemment donner raison à Marine Le Pen qui dénonce depuis très longtemps, et bien souvent à juste titre, l’UMPS. Enfin, parce que si le FN fait aujourd’hui de tels scores c’est tout simplement parce qu’un (bon) tiers des électeurs rejette d’un même geste (de dégoût) et la droite classique et la gauche au pouvoir.

Il est vraisemblable que les électeurs de gauche qui considèrent déjà Valls et son ami Macron comme d’abominables traitres, ralliés à la droite, vont hésiter à suivre ces consignes et refuser de voter pour Xavier Bertrand ou Christian Estrosi. Certains naïfs se demandent donc pourquoi Valls-le-malin a décidé d’adopter cette attitude.

La réponse est toute simple. Valls, le seul Espagnol qui rêve de devenir président de la République française, prépare non pas l’avenir du pays mais son avenir personnel. Il a compris que le socialisme, le parti socialiste et les socialistes en général étaient en voie d’extinction, n’avaient plus leur place au XXIème siècle et allaient donc rejoindre le parti communiste d’antan dans la tombe pour ne pas dire dans les poubelles de l’Histoire.

Il est convaincu qu’avant longtemps il ne restera plus, dans le paysage politique français, voire européen, que, d’un côté, des extrêmes-droites nationalistes, anti-européennes, anti-immigrationnistes et prônant un retour à l’Etat providence et, de l’autre côté, de pseudo socio-démocrates à la sauce centro-libérale, partisans d’une Europe fédérale ouverte à tous les vents venus du sud comme de l’Orient. Cette hypothèse n’est d’ailleurs pas totalement absurde.

Il sait que Hollande sera battu en 2017 et que si c’est Sarkozy qui est élu, ce qui semble, à l’heure actuelle le plus vraisemblable, il aura, lui, toutes ses chances pour 2022. Il se présente donc déjà en farouche adversaire de Marine Le Pen qui sera son adversaire la plus redoutable en 2022 et tend discrètement la main à des Juppé ou Bayrou (qui ne seront plus dans la course en 2022), voire à une Nathalie Kosciusko-Morizet qui pourrait lui faire une très bonne « première ministre ».

Sarkozy, lui, joue le court terme. Même pas 2017, mais 2016. Car, avant la bataille de l’Elysée, il y aura la guerre autrement plus sanglante de la primaire de la droite et du centre. Or, il sait de moins en moins sur quel pied danser.

A priori, il pensait jouer à fond la droitisation, sachant que la France se droitisait et que Juppé était beaucoup mieux placé que lui pour jouer le centre. Les résultats de ce premier tour des régionales prouvent d’ailleurs que c’est la droitisation qui paie.

Non seulement le FN bat tous ses propres records mais le succès d’un Wauquiez en Auvergne-Rhône Alpes prouve que c’est en tapant fort qu’on s’en sort le mieux. Seulement voilà…

La place est maintenant solidement prise à la droite de la droite de la droite. Pendant des années, la droite « classique » savait qu’elle avait toutes les chances de récupérer, au second tour, les voix qui s’étaient égarées vers le FN au premier tour. Mais maintenant que le parti de Marine Le Pen n’est plus éliminé au premier tour et, pire encore, qu’il risque d’être en tête pour la finale, tout change. Jean-Marie Le Pen répétait souvent que les Français préféreraient toujours l’original à la copie. Ce n’était pas vrai. Maintenant c’est évident.

Sarkozy est presque ridicule en réclamant davantage de sécurité, moins d’immigrés, davantage d’Etat, moins d’Europe. Certes, c’est peut-être la meilleure posture devant les militants de l’ex RPR, ex UMP et aujourd’hui Républicains et donc pour la primaire pour peu que celle-là se limite aux militants les plus engagés. Mais au cas où cette épreuve de sélection serait ouverte, notamment aux centristes, la droitisation serait suicidaire et elle le serait plus encore pour la grande finale.

Alors ? Alors Valls attend son heure et Sarkozy voit les heures passer pendant que Marine Le Pen, elle, est tout sourire et se lèche les babines. Car, même si le FN ne remportait aucune région dimanche prochain, elle sait qu’elle est devenue, incontestablement, « la patronne du premier parti de France » ce qui, pour la présidentielle de 2017, son seul objectif, représente un certain avantage…