Hier, c’était l’affolement. D’après les sondages, le Front National allait « rafler » quatre régions, le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, la Provence-Alpes-Côte-d’Azur, l’Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes, la Bourgogne-Franche Comté et, d’après tous nos commentateurs, Marine Le Pen, en nouvel Attila, allait dévaster le pays, le ruiner, le précipiter dans le pire des archaïsmes, le mettre au ban de la communauté internationale. Aujourd’hui, tout va mieux aux yeux de ces mêmes commentateurs car, selon ces mêmes sondages, dimanche prochain, le Front National n’emportera aucune région.

Or, rien ne dit que si le FN avait remporté une, voire deux régions, la face du monde aurait été changée et la France déshonorée à tout jamais. On peut même se demander si un tel résultat n’aurait pas –enfin- incité tous nos professionnels de la politique politicarde à ouvrir les yeux, à se regarder dans une glace tout en regardant dans quel état ils avaient mis le pays.

On peut aussi se demander jusqu’à quel point les Français qui ont permis au FN de devenir le premier parti de France vont apprécier d’être, une fois de plus, mis hors-jeu par le système.

Certains, on le sait, souhaitent que le Front National soit interdit sous prétexte qu’il ne serait pas républicain. Mais, devant ce spectacle où l’on voit une gauche se retirer pour faire passer la droite, des listes dans lesquelles on retrouve pêle-mêle des gens qui se détestent et se combattent à longueur d’année, des communistes, des gauchos-écolos et des socio-démocrates, la vraie question qui se pose est de savoir si ces combines totalement contre-nature, sont, elles, vraiment respectueuses des fameuses « valeurs de la République ».

La démocratie c’est permettre aux citoyens d’exprimer clairement leur choix. Ce n’est pas permettre aux appareils de rouler les électeurs dans la farine pour en faire des beignets bons à jeter dans l’huile bouillante. En demandant aux électeurs de gauche de voter pour Xavier Bertrand ou pour Christian Estrosi, Manuel Valls ne trahit-il pas non seulement le PS mais aussi et surtout la démocratie ?

Bref, au lieu d’interdire le FN ne conviendrait-il pas d’interdire toutes ces magouilles des entre deux tours ?

Quels que soient les résultats de dimanche prochain, ces régionales resteront évidemment dans la petite histoire électorale du pays. D’abord, parce que –contrairement à ce qu’on nous raconte à longueur d’émissions- elles n’auront pas instauré un tripartisme en France mais auront bel et bien instauré un nouveau bipartisme. Avec, d’une part, le Front National et, d’autre part, tous les autres qui se sont d’ailleurs alliés entre eux pour combattre leur ennemi commun.

Malraux avait dit, au moment de la création du RPF, qu’il n’y avait « personne entre les communistes et les gaullistes ». Aujourd’hui, on peut dire qu’il n’y a pas grand-chose entre le FN et la gauche molle des Hollande, Valls, et Macron, si ce n’est la dépouille d’une droite dite « classique » en décomposition.

Ensuite, parce que ces régionales auront totalement brouillé les cartes dans le marigot des crocodiles. Qui l’a emporté, Hollande ou Valls, Macron ou les frondeurs, Sarkozy ou Juppé ? Difficile à dire puisqu’ils auront tous reçu leur claque dimanche dernier, avant que leurs magouilles ne puissent faire leurs effets.

Nicolas Sarkozy nous avait promis monts et merveilles en revenant sur son cheval blanc, il y a un peu plus d’un an. Il allait régénérer sa famille politique en capilotade, terrasser le FN et envoyer dans ses cordes Hollande. Les Républicains sont encore plus divisés que ne l’était l’UMP, le Front National caracole en tête du premier tour et Hollande est remonté triomphalement dans les sondages.

Dès lundi matin, Juppé, Fillon, Le Maire et les autres vont vouloir régler leurs (vieux) comptes avec Sarkozy en lui faisant porter toute la responsabilité de l’échec de sa stratégie, que ce soit une semi-victoire ou une semi-défaite.

En fait, ils vont tous lui reprocher de ne pas avoir compris que désormais plus personne ne pouvait récupérer les voix du Front National qui sont maintenant irrémédiablement attachées à Marine Le Pen. Juppé qui n’aura, sans doute, pas été capable de faire gagner sa candidate dans sa région jouera les vieux sages, prônant comme d’habitude une alliance avec les centristes.

Mais Sarkozy pourra alors facilement lui faire remarquer que, dans les trois régions où l’UDI menait la liste de la droite, les résultats ont été pour le moins décevants. En Bourgogne-Franche Comté, François Sauvadet n’a obtenu que 24% des voix, loin derrière la candidate FN, 31,48%, en Centre-Val de Loire, Philippe Vigier n’a recueilli que 26,25% des suffrages derrière le candidat FN, 30,49%, et en Normandie, Hervé Morin lui-même n’a pu que devancer d’un rien le candidat FN avec 27,91% contre 27,71… Alors qu’en Auvergne-Rhône Alpes, le « dur » Laurent Wauquiez a largement devancé le candidat FN par 31,73% contre 25,52%.

Autant dire que Juppé ne peut pas plus triompher que Sarkozy. Or, pour la droite, ces régionales sont le dernier galop d’essai avant la primaire