Dans une véritable démocratie, chacun devrait avoir le droit de dire n’importe quoi et même les pires monstruosités. Comme, par exemple, que Marine Le Pen ressemble à s’y méprendre au mollah al Bagdadi, le patron de Daesh, et que les militants (et les électeurs) du Front National ressemblent, eux, comme deux gouttes d’eau aux fous de l’Etat Islamique qui martyrisent depuis des mois la moitié de l’Irak et les deux tiers de la Syrie.

C’est pratiquement ce qu’a fait, hier matin, Jean-Jacques Bourdin en recevant le spécialiste de l’Islam Gilles Kepel sur BFM, en jouant, il est vrai, un peu sur les mots mais en affirmant catégoriquement que les uns et les autres prônaient « le repli identitaire ».

Associer, comparer le FN et Daesh n’est, évidemment, pas totalement innocent, même si on noie le tout dans le verbiage confus des sociologues en peau de lapin de notre petit monde germanopratin.

Marine Le Pen n’a, bien sûr, pas apprécié. Pour montrer à quel point la comparaison de MM. Bourdin et Kepel était ridicule, grotesque, excessive et totalement inadmissible, au lieu de les trainer en justice (ce qu’elle aurait parfaitement pu faire) elle a publié sur son site internet des images (insoutenables) diffusées par la propagande de Daesh elle-même et montrant une décapitation, des corps calcinés et homme écrasé par un char. Personne ne pouvant jusqu’à présent accuser le Front National de pareilles atrocités.

Dans une véritable démocratie, on ne voit vraiment pas ce qu’on aurait pu reprocher à la patronne du FN qui, pour se défendre, rappelait ainsi ce qu’était le Front Islamique avec lequel Bourdin et Kepel l’avaient plus ou moins et plutôt plus que moins comparée.

Or, ce qui est incroyable dans cette (petite) histoire qui a animé toute la journée d’hier tout notre petit microcosme politico-médiatique c’est que personne n’a trouvé que Bourdin et Kepel étaient tombés sur la tête en se mettant ainsi à la disposition de la propagande gouvernementale et en en rajoutant au-delà du supportable, mais que tout le monde est tombé à bras raccourcis sur Marine Le Pen sous prétexte qu’elle avait diffusé des images insoutenables.

On a même vu, à l’Assemblée Nationale, le ministre de l’Intérieur en personne, Bernard Cazeneuve annoncer qu’il avait transmis l’affaire à la justice en se servant d’un nouveau texte qui interdit… de faire sur le net de la publicité pour Daesh.

Comment ces gens n’ont-ils toujours pas compris que c’est à force de comparer Marine Le Pen à Hitler, à Mussolini et parfois même à Staline qu’ils en ont faite l’idole de 6.800.000 électeurs qui –contrairement à ce qu’ils disent aussi- ne sont pas tous des fascistes, antisémites, xénophobes et racistes, nostalgiques des camps de concentration.

Pire encore, en mettant dans le même sac Marine Le Pen et le mollah al Bagdadi, nos intellectuels de service laissent inconsciemment comprendre aux Français « de base », « d’en bas » comme disait Raffarin, « les sans-dents » pour reprendre la délicate expression de François Hollande que le Front National est le meilleur, voire le seul rempart possible contre l’islamisme radical. Il est vrai d’ailleurs que Jean-Marie Le Pen a été, et de très loin, le premier à dénoncer les dangers de l’immigration et plus encore de l’Islam.

Tant que notre vieux personnel politique préférera reprocher à Marine Le Pen de mettre en danger la démocratie et la République plutôt que de l’attaquer sur son point le plus faible, son programme économique, elle progressera et dans les sondages et dans les scrutins (le prochain étant la présidentielle de 2017).

Il faudrait, par la même occasion, que nos commentateurs patentés arrêtent de nous répéter (pour se rassurer eux-mêmes) que « les Français ne veulent pas que Marine Le Pen franchisse le toit de verre des 50% ». Les Français ne votent pas comme un seul homme, en se concertant les uns les autres pour que leurs votes aient telle ou telle signification bien précise. Chaque Français vote individuellement, dans son isoloir, sans connaitre le bulletin que des dizaines de millions d’autres électeurs mettent dans l’urne. Ceux qui votent Marine Le Pen n’ont qu’un rêve : être assez nombreux pour que Marine Le Pen franchisse enfin ce « toit de verre » qui n’a strictement aucune signification