Comme tous les ans à la même époque, les journaux et les chaines de télévision tentent de récapituler les grands événements de l’année écoulée, d’en faire des bilans et d’en tirer des plans sur la comète.
Il est évident que, pour les Français, 2015 restera l’année des attentats, ceux de janvier (Charlie Hebdo et l’hyper-casher de la porte de Vincennes) et ceux de novembre (le Bataclan et les terrasses de café des environs).
Tout le monde se souvient que, pour ceux de janvier, le gouvernement avait tenté, sans pudeur, de récupérer l’émotion légitime provoquée par la double tuerie, en affirmant que le drame avait brusquement ressoudé « l’Union nationale », voire même « l’Union sacrée » (évidemment derrière François Hollande) et que la grande manifestation du 11 janvier avait symbolisé « l’esprit » retrouvé de cette France fraternelle, multiethnique, multicolore, multiculturelle, etc..
Il n’avait cependant pas fallu bien longtemps pour que l’on découvre l’escroquerie et qu’on s’aperçoive qu’en fait, dans la foule de ces grands défilés organisés un peu partout en France, il n’y avait eu pratiquement que de « petits blancs » voulant crier leur inquiétude devant la menace islamiste. Pas un arabe, pas un noir, pas un immigré, pas un musulman parmi ces centaines de milliers de « marcheurs ». Pire, dans les « zones de non-droit » c’est-à-dire dans les quartiers à forte majorité musulmane, on avait fêté bruyamment l’assassinat des caricaturistes qui avaient blasphémé Allah et son Prophète et celui des juifs qui faisaient leur marché.
On peut se demander combien de ces « marcheurs du 11 janvier » se sont alors décidés à voter… Front National.
Ce n’est qu’après les attentats de novembre (130 morts et des centaines de blessés) que le président de la République et son gouvernement ont –enfin- bien voulu reconnaitre que la France était « en guerre » ou, pour être plus exact, que l’Islam (radical) avait déclaré la guerre à la France (et à tout l’Occident).
Comme pour la plupart des guerres, on débattra longtemps pour savoir qui a vraiment commencé. L’Occident en allant guerroyer en Afghanistan, en Irak, au Mali et ailleurs ? Ou l’Islam en attaquant les grandes tours de New-York ? Une chose est sûre : l’Islam, renaissant depuis la victoire de Khomeiny à Téhéran en 1979, veut prendre sa revanche sur cet Occident moribond qui l’a dominé pendant quelques siècles et en a maintenant les moyens.
Alors qu’en janvier Hollande et les siens nous avaient « tannés » avec la France multi-machin, fustigeant toute « stigmatisation » et tout « amalgame », en novembre, ces mêmes responsables-irresponsables ont préféré proclamer « l’état d’urgence », allant jusqu’à s’en prendre (à juste titre et bien tardivement) à la double-nationalité. Et plus personne, dans les hautes sphères de nos dirigeants, n’évoque « l’Islam à la française parfaitement compatible avec la démocratie et la laïcité » (sic !) ni d’ailleurs « la chance » que représenterait pour nous l’immigration.
Il est vrai qu’entre janvier et novembre, le problème des centaines de milliers de « migrants » quittant la Libye ou débarquant sur les cotes grecques a éclaté au visage de tous les dirigeants européens. L’immigration n’est soudain plus « une chance » mais… une catastrophe.
Il est vrai aussi que l’opinion française s’est brusquement ressaisie, pour ne pas dire radicalisée, et que le Front National est, de scrutin en scrutin, devenu « le premier parti de France ».
On peut d’ailleurs se demander si, dans quelques décennies, les historiens ne se souviendront pas davantage de cette invasion de migrants et de cette droitisation de l’opinion française (et européenne) que des attentats. Ils reprocheront, peut-être, alors à l’Occident lui-même d’avoir, soi-disant au nom de Droits de l’homme aussi incertains que galvaudés, provoqué le chaos en Irak, en Syrie et en Libye ce qui a entrainé l’exode désespéré de ces populations de migrants.
Ils reprocheront sûrement à notre vieille classe de potentats, au pouvoir depuis des décennies, son aveuglement non seulement en face de tous les chamboulements économiques provoqués par le réveil violent des pays dits émergeants mais aussi et surtout en face du réveil encore plus brutal d’un Islam régénéré et ayant déjà installé sa « cinquième colonne » dans toutes les banlieues de toutes les grandes villes de l’Occident. Parmi les grandes découvertes de l’année 2015, on s’est aperçu que les terroristes de l’Etat Islamique opérant en France étaient… des Français, nés en France.
2015 aura d’ailleurs été l’année de l’agonie de toutes les idéologies de gauche. Même au PS, plus personne ne croit à l’internationalisme, à la mort du capitalisme, à la réduction du temps de travail, à la lutte des classes, à la fin des inégalités. Si 2014 avait déjà été « l’année Valls », 2015 a été indiscutablement « l’année Macron ». L’ancien de chez Rothschild est devenu si ce n’est l’idole des militants du PS du moins leur dernier espoir.
Mais à droite aussi on s’est bien souvent droitisé. Oubliant les raisons de son échec de 2012, Sarkozy est reparti dans sa surenchère avec le FN, redonnant ainsi stupidement à François Hollande un espace béant au centre dans lequel, en s’y engouffrant, l’actuel président pourtant rejeté par tous pourrait bien, aussi invraisemblable que cela puisse paraitre, trouver des chances de se faire réélire.
Pour la droite, le seul espoir de l’emporter à la présidentielle de 2017 serait de trouver, en 2016, un candidat capable d’être au moins deuxième au premier tour, c’est-à-dire d’être qualifié pour ce fameux second tour. Tout le monde admettant désormais que Marine Le Pen arrivera en tête au premier tour (et sera battue au second), la compétition gauche-droite se limite bien à remporter cette deuxième place du premier tour.
Or, tous les sondages prouvent qu’aujourd’hui Sarkozy est encore plus rejeté que Hollande. Les électeurs de la primaire de la droite et du centre auront-ils la sagesse de choisir un candidat moins impopulaire que Sarkozy ? Juppé par exemple. Tout est là mais rien n’est moins sûr, la droite française étant toujours, comme elle le prouve encore chaque jour, « la plus bête du monde » et fière de l’être…
Bref, le bilan de cette année qui s’achève est totalement désespérant. Nous sommes en guerre contre l’Islamisme et on ne gagne jamais la guerre contre les terroristes, sauf à s’en prendre à leurs commanditaires, en l’occurrence nos « amis » du Golfe. Nous sommes en guerre contre le chômage et nos dirigeants –de gauche mais aussi de droite- ne veulent prendre aucune des mesures radicales qui s’imposent pour relancer la croissance et la compétitivité, de peur de syndicats qui ne représentent plus personne. La gauche et la droite ayant totalement perdu le nord, la gauche patauge au centre et la droite s’embourbe à l’extrême-droite.
Et les Français ne voient toujours pas poindre à l’horizon la silhouette de l’homme providentiel qu’ils attendent depuis des décennies. Certains d’entre eux ont, du coup, cru apercevoir, debout sur un petit nuage, une femme vêtue de bleu, blanc, rouge et qui leur promettait le bonheur…