La dernière idée d’Emmanuel Macron –payer les fonctionnaires « au mérite »- aurait évidemment emballé Alphonse Allais, Jules Renard et Alfred Jarry. Elle est du même tonneau que « construire les villes à la campagne pour que l’air y soit plus pur » ou « prolonger le boulevard Saint Michel jusqu’à la mer pour permettre aux étudiants de se baigner plus souvent ».

On ne le savait pas car il cache bien son jeu mais notre ministre de l’Economie est ce qu’il est convenu d’appeler « un rigolo » doublé d’ailleurs d’un aigrefin. On se souvient qu’une bande d’escrocs avait autrefois berné Giscard en lui vendant l’invraisemblable histoire des « avions-renifleurs » censés sentir, en les survolant à basse altitude, les réserves de pétrole cachées dans les sols les plus profonds. Macron, lui, avec sa belle gueule, est encore plus fort puisqu’il a réussi à vendre à Hollande et à Valls l’idée qu’il pourrait sauver l’économie française et donc résoudre le problème du chômage en faisant ouvrir quelques magasins le dimanche et en multipliant les lignes d’autocars.

Est-ce sur ordre de ses supérieurs ou est-ce de sa propre initiative mais jusqu’à présent notre ministre de l’Economie semble limiter son action à faire de la provocation en rendant hystérique toute la gauche du PS et, du coup, en ridiculisant ce président de la République qui s’était fait élire en déclarant que son seul ennemi était la finance. Comme si la banque Rothschild voulait faire payer à Hollande et au prix fort ses propos incendiaires et malencontreux.

Cela ne se voit pas à l’oeil, mais Macron est aussi un peu chinois. Tortionnaire de ceux qui l’ont nommé à Bercy, il leur impose des supplices de plus en plus insupportables. Il a commencé par s’attaquer au dimanche, plus sacré pour les syndicats que pour l’Eglise elle-même, puis, serrant le garrot d’un cran supplémentaire, il s’est mis à contester les 35 heures de Martine Aubry (en fait de Strauss-Kahn), et maintenant il s’en prend au sacro-saint statut des fonctionnaires écrit, au lendemain de la Libération, par Maurice Thorez et ses amis du Parti communiste. On attend avec impatience la prochaine sortie du jeune homme. Peut-être le travail des enfants…

Naturellement, jamais ni Hollande ni Valls n’oseront toucher ni aux 35 heures ni au statut des fonctionnaires à moins qu’ils ne veuillent vraiment perdre le peu qu’il leur reste de leur électorat traditionnel. Mais en jouant ainsi la mouche d’un coche totalement immobilisé depuis des mois dans les pires bourbiers, Macron s’amuse et amuse la galerie en coupant l’herbe sous le pied de Manuel Valls qui, lui aussi, faisant de la provocation, en pensant si ce n’est à 2017 du moins, évidemment, à 2025. Les deux hommes les plus brillants de ce gouvernement ayant, l’un et l’autre, compris que l’avenir de la gauche était… à droite.

A un an et demi de l’élection présidentielle, on a bien l’impression que la gauche a désormais compris, admis, assimilé sa défaite et que, convaincue que la droite ferait un quinquennat 2017-2022 tout aussi désastreux, elle se prépare déjà pour le coup suivant. Les « jeunes pousses » de la droite pouvant d’ailleurs, eux, se préparer pour 2027. Ce n’est sans doute pas comme cela qu’on sauvera la France… mais cela n’est plus leur préoccupation depuis belle lurette.