Nous sommes, sans doute, un certain nombre de contribuables dans ce pays à avoir, parfois, ce qu’on nomme pudiquement des « problèmes de trésorerie ». Jusqu’à présent la meilleure (et seule) solution pour se débarrasser de ces désagréments était de braquer une banque. Depuis hier, grâce à François Hollande, Manuel Valls et très accessoirement Le Foll, on sait qu’il y a mieux encore. Il suffit désormais de réunir quelques copains et, avec nos tracteurs, ou, à défaut, nos voitures, voire nos trottinettes, d’aller bloquer quelques autoroutes ou même le périphérique.

Soyons sérieux. Personne ne reprochera au gouvernement de courir au secours des agriculteurs qui sont en train de crever sur pied et qui appellent au secours depuis des mois. Mais, une fois de plus, ce gouvernement a fait la preuve de son incompétence.

D’abord, pour tenter de calmer ces paysans désespérés, Valls s’imagine qu’il suffit de leur déclarer son « amour » et de leur jeter quelques os à ronger. Or, ce n’est ni de « l’amour » du Premier ministre (grotesque) ni de ces quelques rustines dérisoires dont nos agriculteurs ont besoin pour sortir du gouffre dans lequel ils ont sombré.

Ils ont été très clairs dans leurs appels au secours. Ils sont en train de mourir parce qu’ils ne peuvent plus vendre leurs productions en face de la concurrence européenne à cause 1) des charges qui les écrasent, 2) des normes qui les étranglent et 3) de la grande distribution qui les exploitent au-delà du tolérable. Tout cela les empêchant de faire les efforts de modernisation indispensables pour résister aux Allemands, aux Espagnols et au monde entier.

Ce que veulent les paysans en colère (et ce qu’exige la situation) c’est donc une réforme totale, une vraie révolution de l’agriculture française, c’est-à-dire, en fait, une véritable « libération » de ce monde rural qui étouffe depuis des décennies sous la tyrannie d’un Etat qui l’oppresse financièrement et le paralyse avec une règlementation délirante tout en se donnant bonne conscience en le maintenant artificiellement en vie à coup d’aides et de subventions.

Or, que leur offre Manuel Valls à part son « amour » ? Comme d’habitude, quelques piécettes en guise d’aumônes, une « année blanche » (ce qui veut dire que l’année prochaine sera encore plus noire), des délais et des sursis pour retarder le saut dans l’abîme. « Encore un instant, Monsieur le bourreau ! ». Mais pas la moindre vraie décision sur les charges, sur les normes, sur la grande distribution, sur la concurrence, européenne, sur la modernisation.

C’est toujours pareil avec eux. Pour sauver notre économie et sortir de la croissance zéro, on va pouvoir… travailler le dimanche et voyager en autocar ! Dérisoire et grotesque ! Pour sauver notre agriculture, nos paysans vous pouvoir bénéficier… d’un moratoire sur leurs emprunts ! Dérisoire et grotesque ! Ce ne sont même plus des rustines. A croire qu’Hollande, sur son pédalo, et ses complices, sur leur radeau à la dérive, n’ont toujours pas compris que tout le pays sombrait corps et biens.

L’autre reproche qu’on peut faire à ces incompétents c’est, bien sûr, d’avoir attendu que les tracteurs envahissent Paris pour entrouvrir le dossier. Ce gouvernement n’a pas de politique. Il se contente de réagir, dans l’affolement, aux événements. Il ne gère pas le pays, il tente de gérer la rue.

Ce n’est pas nouveau et c’est, d’ailleurs, semble-t-il, à la mode un peu partout et dans tous les domaines.

Cela fait des mois qu’on apprend, tous les jours, que des milliers de « migrants » tentent de traverser la Méditerranée ou d’entrer en Grèce et que des dizaines d’entre eux périssent dans les flots. Et depuis des mois, toutes les capitales européennes se renvoient la balle, hésitent, tergiversent, balancent entre un humanisme de bon aloi qui voudrait qu’on accueille fraternellement tous ces malheureux, « toute la misère du monde », et un réalisme qui impose de reconnaitre que nous n’avons ni les moyens ni l’envie d’ouvrir toutes grandes nos portes à ces étrangers d’un autre monde et dont tout nous sépare.

Or, il a suffi de la photo, il est vrai atroce, du cadavre d’un enfant de trois ans échoué sur une plage pour que, soudain, toutes les capitales –ou presque- se découvrent un cœur, une morale, une (bonne) conscience. « Le choc de la photo » ! On connait le slogan publicitaire de Match. Mais on peut parier que « les mots » qu’ils sont, tous, en train de proclamer dans une bien pitoyable surenchère n’auront aucun « poids » et seront oubliés dès que le cliché du pauvre gosse syrien aura été classé dans les archives des malheurs de notre siècle.

Nos politicards racontent n’importe quoi à nos agriculteurs parce qu’ils ont eu (un peu) peur devant les tracteurs venus des campagnes. Nos politicards jurent n’importe quoi à la cantonade parce qu’ils ont eu (un peu) honte en voyant l’image d’un enfant mort sur une plage.

Mais nos agriculteurs vont continuer à crever dans leurs fermes et les cadavres des gosses vont continuer à s’échouer sur les plages.