Le pouvoir (ou ce qui en tient lieu) s’étonne que les agriculteurs continuent à bloquer les ponts de Normandie et le Mont Saint Michel et même que le mouvement s’étende maintenant au Nord, à la région lyonnaise et au Sud-ouest.

Comme si ces paysans de malheur, ces « bouseux », ces « ploucs » n’avaient pas compris que, dans sa grande bonté, le gouvernement venait de leur faire l’aumône de quelque 300 millions et leur avait raconté qu’il demanderait, un jour, à la grande distribution de faire un effort pour partager, un peu, les bénéfices.

Ce matin, sur le perron de la préfecture de Dijon, le chef de l’Etat en personne est même allé jusqu’à leur annoncer solennellement que… les cantines scolaires dépendant de l’Etat seraient, à l’avenir, incitées à consommer français.

C’est à croire l’incroyable : les agriculteurs français ne feraient, peut-être, plus confiance au gouvernement ! Dans ce cas, il faut bien dire qu’ils ne seraient pas les seuls. Après plus de trois ans de promesses non tenues, de trahisons, de mensonges, de volte-face, d’inaction et d’échecs cuisants, cette équipe de bras cassés serait-elle totalement discréditée aux yeux des Français ? On en vient à se poser la question…

Mais il y a, sans doute, pire encore. Les agriculteurs français font aujourd’hui un véritable procès en incompétence du gouvernement. Hollande et Valls (sans même parler de Le Foll) n’ont visiblement rien compris au drame qui frappe aujourd’hui (et depuis des années) tout notre monde rural.

Cela fait des décennies qu’on nous parle de la « désertification » de nos campagnes, de la disparition de nos exploitations, de l’agonie de la plupart de nos filières agricoles, de notre monde rural entièrement dévasté. Ce n’est évidemment pas avec quelques « rustines », quelques subventions supplémentaires, quelques facilités de paiement, quelques répits qu’on sauvera d’une mort désormais programmée l’agriculture française ni face à la concurrence européenne et mondiale ni surtout face à elle-même. Il faut impérativement tout reprendre à zéro.

Depuis la nuit des temps –mais personne n’ose le dire- les gouvernements successifs ont pu gérer les malheurs de nos paysans (et les faire taire) grâce à un système qui s’apparente étonnamment à ce que fut jadis le bolchévisme. Avec un « parti unique », ce syndicat à la botte de tous les pouvoirs qui s’appelle la FNSEA et qui, en tenant les Chambres d’agriculture, le Crédit agricole, les Safers, les coopératives, la protection sociale, est le maitre absolu de toute notre agriculture -de l’achat des terres à la vente de la production en passant par les crédits- quelques « seigneurs » de nos campagnes (que certains écrivent « saigneurs ») font la loi en se gobergeant eux-mêmes sur le dos de leurs mandants.

Dans nos départements ruraux, l’homme fort n’est ni le préfet, ni l’évêque, ni le président du conseil départemental mais bel et bien le président de la FDSEA locale. C’est lui qui réserve à ses petits copains les prêts, les meilleures terres, les meilleures ventes. Ce système féodal est évidemment l’une des premières causes de la catastrophe. Il faudrait donc, d’abord et de toute urgence, abattre cette Bastille syndicale et libérer notre agriculture.

Et puis, bien sûr, il y a tout le reste, c’est-à-dire cette « exception » française qui garrotte, à coup de charges insupportables et de règlementations souvent absurdes, tous ceux qui tentent d’entreprendre quoi que ce soit dans le pays, dans n’importe quel domaine.

Or, tout comme il prétend sauver notre économie à la dérive en libéralisant les transports en autocars et en laissant certains magasins ouvrir certains dimanches, Hollande veut faire croire qu’il va sauver notre agriculture en faisant acheter un peu de viande par les cantines. Toujours des rustines pour ménager la chèvre et le chou, le cochon et le lard et surtout les amis.

Il nous avait promis le changement, alors que c’est d’une révolution de fond en comble dont nous avons besoin. Il continue à naviguer à vue, à la godille et à la petite semaine en faisant des ronds dans l’eau au milieu de la tempête.

Tout cela est dérisoire et relève, en effet, de la pire des incompétences. Il y a le feu dans la maison et Hollande, le pompier-pyromane, se balade au milieu des flammes avec un compte-gouttes