Tout le monde sait depuis des mois que la Grèce ne peut qu’être « virée » de la zone euro et de l’Europe. Tout simplement parce qu’elle est totalement incapable d’assumer les conditions élémentaires exigées pour faire partie du « club ».

L’Europe qui se penche depuis des mois au chevet des Grecs ressemble à ces médecins sadiques qui prescrivent à leurs malades agonisants des traitements de choc qui ne peuvent qu’entrainer leur mort. Si elle obéissait aux injonctions de Bruxelles (et de ses créanciers), la Grèce serait peut-être guérie un jour mais elle serait évidemment morte avant.

L’erreur remonte au jour où, sous prétexte que nous avions (plus ou moins) étudié Platon et Sophocle et que nous aimions passer des vacances ensoleillées dans les iles grecques, nous avons fait mine de croire que la Grèce pourrait devenir un pays développé, industrialisé, compétitif, un pays « comme les autres » (c’est-à-dire, en fait, comme l’Europe des 6 ou éventuellement des 12) pour peu que nous lui donnions un petit coup de pouce.

Nous n’avons pas voulu voir que la Grèce avait non seulement tous les charmes mais aussi tous les défauts des pays à la fois des Balkans et du Proche-Orient et qu’aussi sympathiques que soient les danseurs de sirtakis ils étaient des Levantins, accrochés à leurs traditions religieuses, matriarcales et claniques.

Il y a quelque chose de cruel et de dérisoire à laisser ainsi les Grecs trainer dans ce couloir de la mort, en allant de Bruxelles à Strasbourg, d’une énième « réunion de la dernière chance » à un dernier « ultimatum ».

Avec son sourire un brin provocateur, Alexis Tsipras devient presque attendrissant. La corde au cou et nu pied, il tente de plaider une cause qu’il sait perdue d’avance et dont, d’ailleurs, il ne veut pas. Il a été élu et il a remporté triomphalement son référendum pour dire « merde » à ceux devant lesquels il comparait aujourd’hui. Il peut difficilement leur demander grâce.

Et c’est à qui mentira le plus dans cette tragédie grecque. Tsipras ment en répétant que la Grèce veut rester dans l’Europe et qu’elle est prête à faire de nouveaux sacrifices. Il sait parfaitement que ses électeurs sont au bout du rouleau et qu’après s’être dit pendant des années qu’ils allaient pouvoir se goberger aux frais de l’Europe, ils ont maintenant compris que la fête était terminée et qu’il allait falloir payer l’addition alors qu’ils n’ont plus le premier sou. Comme les mauvais joueurs de poker qui ont tout perdu, ils préfèrent quitter la table sur un coup d’éclat.

Presque tous les chefs d’Etat qui sont au garde-à-vous derrière Angela Merkel mentent, eux aussi, en rabâchant (sans conviction) qu’ils souhaitent que la Grèce reste au sein de l’Europe. S’il leur arrive parfois d’évoquer Platon et les risques géostratégiques qu’entrainerait une sortie de la Grèce de l’Europe, notamment avec le problème de l’immigration, tous sont formels : plus un euro pour cette république bananière.

Aucun d’entre eux n’ose le dire mais il est aussi évident que pas un seul d’entre eux n’a la moindre envie de tendre la main à ce Tsipras qui se noie. Pour eux tous, ce type n’est qu’un dangereux gauchiste illuminé qui a déclaré la guerre à la technocratie bruxelloise, à tous les créanciers, à toutes les banques et à l’Europe elle-même. Ils vont donc avec un plaisir évident, laisser couler ce populiste révolutionnaire à la sauce marxisante.

Seul au milieu de tout cela, il y a… le « gentil » François Hollande, le gentil de la crèche, celui qui après nous avoir juré (il y a trois ans) qu’il allait mâter le monde de la finance et faire plier Merkel-la-prussienne, nous affirme, depuis des semaines, que, l’Europe étant « solidaire », un accord est en vue et qu’il va d’ailleurs l’obtenir lui-même avec ses talents de négociateur, adepte de tous les compromis.

Il est évident qu’en se faisant l’avocat de Tsipras, Hollande, grand spécialiste de toutes les causes perdues, espère plaire à sa gauche, à Mélenchon, aux écologistes, aux frondeurs, et faire un peu oublier à son électorat, avant les prochaines échéances électorales, qu’il a choisi Manuel Valls et Emmanuel Macron.

Aux yeux de toutes les capitales européennes et notamment chez les « payeurs », le président français en voulant jouer ainsi les bons samaritains est ridicule. Il est vraisemblable que ce converti récent au social-libéralisme a mauvaise conscience en face du Grec gauchiste pur et dur. Mais cette solidarité vient sans doute surtout d’ailleurs. C’est la solidarité des cancres.

Pour Angela Merkel et les 14 autres chefs d’Etat de l’Euro-groupe qui ne veulent plus entendre parler de la Grèce, la France de Hollande n’est plus l’alter égo de l’Allemagne depuis longtemps. Avec son chômage, sa dette, ses déficits, sa balance commerciale et surtout son refus de toutes réformes structurelles, la France a, elle aussi, comme la Grèce, un bonnet d’âne, au dernier rang de la classe européenne.

Et comme tous les cancres, Hollande, dans son coin, face au mur et les mains dans le dos, fait le malin en tirant la langue à la maitresse d’école et en faisant des sourires complices à l’autre cancre encore plus cancre que lui….