Qu’aurait-on entendu si cela avait été la droite ? La publication dans le Journal Officiel, ce matin, à l’heure du laitier, de la réforme du collège a quelque chose d’un coup de force qui n’est pas à l’honneur d’un gouvernement qui prétend pratiquer la concertation. Toute cette affaire est d’ailleurs invraisemblable.

La ministre de l’Education Nationale présente une réforme du collège et annonce une réforme des programmes qui, sous des aspects relativement anodins, ne sont rien d’autre que l’abandon de tous les grands principes qui ont toujours régi notre système éducatif : l’apprentissage des « humanités » pour permettre aux jeunes, à tous les jeunes, de comprendre notre civilisation et d’avoir un minimum de « culture » et l’apprentissage de l’effort et de la compétition pour les préparer aux difficultés de l’existence.

Ces deux réformes soulèvent des tollés de protestations aussi bien chez les enseignants (pourtant peu suspects d’être systématiquement hostiles à la gauche) que chez les intellectuels (qui ont généralement, eux aussi, voté Hollande en 2012) et, bien sûr, qu’à droite.

Najat Vallaud-Belkacem se dit alors prête à discuter de ces projets avec les contestataires. Mais elle ferme aussitôt sa porte et ses amis, à commencer par le Premier ministre et le premier secrétaire du PS, lancent une stupéfiante opération de contre-attaque en répétant, sur tous les tons et toutes les ondes, que tous ceux qui osent critiquer ces projets ne sont que des racistes et des xénophobes qui veulent s’en prendre, non pas à ces réformes mais à « l’arabe de service » qui les présente. Les mêmes avaient déjà utilisé ce même « argument » contre les adversaires du mariage des homosexuels qu’ils avaient accusés d’être des nostalgiques de l’esclavage sous prétexte que la porteuse de ce mariage contre-nature était « de couleur ».

Et alors qu’au lendemain d’une grève et d’une manifestation des enseignants on pouvait s’attendre à l’ouverture de discussions rue de Grenelle entre la ministre et les syndicats d’enseignants, c’est le coup de force : la réforme est publiée ce matin dans le Journal Officiel.

Circulez, il n’y a plus rien à voir ! En Corée du nord, on exécute au canon anti-aérien un ministre qui s’est assoupi pendant une cérémonie officielle. En France, on ne fait pas (encore ?) tirer au canon contre les profs qui manifestent dans la rue mais on les matraque d’un coup de J.O. pour leur prouver à quel point le régime les méprise. En France, sous le règne de François Hollande, on ne discute pas, on ne négocie pas, les syndicats n’ont pas leur mot à dire.

On pensait que Manuel Valls était un malin qui se préparait pour l’Elysée en ayant remis dans sa poche (revolver) son idéologie d’antan et en s’attaquant à toutes les vieilleries de notre système vermoulu. Avec des allures qui pouvaient étrangement rappeler un certain Nicolas Sarkozy, il fonçait tête baissée, n’écoutait personne, méprisait tout le monde, tapait du poing sur la table tout en tapant des pieds et voulait museler toute opposition à coup de 49.3 en karcherisant toutes les racailles, des dealers des quartiers de non-droit aux mauvais patrons aux bonus excessifs, en passant par les frondeurs en déshérence.

Au début, cela a plutôt plu. Mais, comme pour « l’autre », cela a fini par déplaire. L’homme courageux qui savait faire preuve de volonté en face de toutes les adversités s’est pris les pieds dans le tapis et, à force de jouer les matador-matamore, a pris le ton et la gestuelle d’un petit tyranneau. Il y a quelque chose d’un… caudillo chez ce petit Catalan.

On peut naturellement se demander pourquoi le Premier ministre a voulu révéler sa nature profonde (qu’il avait déjà laissé deviner avec le 49.3 pour la loi Macron) à propos d’une réforme du collège et d’un projet de réforme des programmes. La réponse est évidente.

Supprimer le grec, le latin, l’allemand et transformer l’enseignement de l’histoire de France en séances d’endoctrinement gauchiste préférant s’appesantir sur le colonialisme et l’esclavagisme plutôt que sur les Lumières, ce n’est pas promouvoir l’égalité des chances entre tous les enfants quelle que soit leur origine sociale. C’est, évidemment, persécuter les « sales bourgeois » dont la plus grande richesse était, précisément, cette culture qui faisait d’eux une élite du pays.

Valls l’a avoué. Cette réforme anodine est « une révolution ». Elle va permettre de décapiter l’aristocratie du pays, c’est-à-dire ceux qui connaissent Homère, Cicéron, Goethe et qui avaient l’impudeur de considérer que si la France avait sans doute commis quelques erreurs au cours de ces vingt derniers siècles –notamment en « apportant la civilisation aux sauvages » comme le souhaitaient Jules ferry, Léon Blum et toute la gauche de la IIIème République- elle avait aussi su écrire quelques pages glorieuses qui avaient illuminé la planète.

En fait, en bon caudillo qu’il est, le petit Catalan veut imposer sa révolution… culturelle. Comme Mao, il veut casser les mandarins et tous ceux qui savent lire et portent des lunettes.

Il ne nous reste plus qu’à attendre la chute de cette « bande des quatre », Hollande, Valls, Taubira et Najat Vallaud-Belkacem. Ma  is qui sera notre Deng Xiaoping ?