Manuel Valls a été parfait, hier soir, sur France 2, dans son rôle de Premier ministre socialiste : il nous a menti effrontément, il nous a annoncé quelques reculades et il a tenté de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Le tout, bien sûr, sur l’air bien connu du « Dormez, braves gens, nous nous occupons de tout ».

Il nous a menti comme un arracheur de dents en nous affirmant qu’il formait « un tandem avec le président de la République ». Or, il ne forme pas « un tandem » avec François Hollande et pas même un couple. Les deux hommes se détestent et se sont toujours opposés, et ce bien avant la primaire de la gauche où on les a vus s’affronter ouvertement.

Hollande est un socialiste sectaire, tendance SFIO à la Guy Mollet, moitié idéologue moitié démagogue, qui, tout en zigzagant, essaie de se dépoussiérer en jouant à la social-démocratie. Valls est d’une tout autre génération. Pour lui, le socialisme n’est qu’un tremplin pour assouvir ses ambitions, un Cheval de Troie pour lui permettre d’entrer dans la cour des grands et y imposer une politique à laquelle il croit sincèrement et qui consiste à faire table rase du « système français » aussi bien sur le plan économique que sur le plan social.

Valls est une sorte de centriste réformiste à la Servan-Schreiber, qui, après avoir été ridiculisé par les électeurs socialistes de la primaire, a réussi à devenir, grâce aux électeurs de droite, l’homme le plus populaire de France en étant à la fois le ministre de l’Intérieur et le premier véritable opposant à Hollande, ce qui a obligé ce dernier, acculé par ses échecs et les sondages, à le nommer à Matignon pour le faire taire et calmer l’opinion.

Si « tandem » il y a, les deux cyclistes sont dos-à-dos, pédalent en sens contraire, Hollande en roue libre et Valls en danseuse.

Quand Valls nous dit qu’il est « à Matignon jusqu’à la fin du quinquennat », il nous raconte encore des blagues. D’abord, parce qu’il ne sait pas si Hollande ne sera pas, un jour, sous la pression de son aile gauche, obligé de changer de Premier ministre. Ensuite, parce que lui-même, Valls, aura, selon toute vraisemblance, envie, en 2016, de quitter la galère dans laquelle il se trouve, pour ne pas sombrer corps et biens avec le capitaine de pédalo, et pouvoir se présenter, en personne et en homme recours de la gauche, à la présidentielle de 2017.

D’ailleurs, Valls a précisé, hier, qu’il resterait à Matignon tant qu’il aura « 1) La confiance du président, 2) Le soutien de la majorité et 3) La capacité de changer le pays ». Un triple mensonge car : 1) Hollande ne lui fait –à juste titre- aucune confiance, 2) La majorité n’existe plus depuis la désertion de l’extrême gauche, le départ des écologistes et l’insurrection des « frondeurs » et 3) Il est, par là-même, dans la totale incapacité à changer quoi que ce soit dans le pays.

Au passage, Valls nous a alors annoncé une petite reculade de plus : il n’est plus question d’instaurer la proportionnelle, pourtant solennellement promise par Hollande pendant sa campagne. Et l’explication de cet abandon est stupéfiante. Le Premier ministre ne se contente pas d’affirmer qu’avec une proportionnelle intégrale « le pays serait ingouvernable » (ce qui est vrai), il précise que… « cela ferait entrer à l’Assemblée Nationale 150 à 180 députés du Front National » (sic !). Non seulement il reconnait l’importance du FN aujourd’hui dans le pays mais –et c’est une grande première dans l’histoire de nos institutions- il a l’impudeur d’avouer que le pouvoir refuse une modification du système électorale de peur de voir triompher des adversaires. Jusqu’à présent, aucun de ceux qui bricolaient le système électoral n’avouait ses arrière-pensées.

Mais le plat de résistance d’hier soir était, bien sûr, la future loi Macron qui, selon Valls «  vise à donner de l’énergie à notre société » et qui, avec le Pacte de responsabilité, doit sortir le pays du marasme, créer des emplois, relancer la croissance. C’était le passage « vessies pour des lanternes ».

D’abord, parce que si le Pacte « offre » 40 milliards aux entreprises (sur trois ans), tout le monde a bien compris maintenant que ce n’était pas parce qu’on allait, enfin et peut-être, alléger leurs charges que les entreprises pourraient aussitôt embaucher.

Ensuite, parce que ce fameux Plan Macron n’est qu’une triste plaisanterie pur ne pas dire fumisterie. Ce n’est pas en faisant passer le nombre des dimanches travaillés de 5 à 12 par an, ni en s’en prenant aux professions règlementées qu’on va « donner de l’énergie à notre société ». La montagne Macron a accouché d’une souris dérisoire.

Valls « fêtait » hier ses 250 jours à Matignon. Nombreux étaient ceux qui avaient mis beaucoup d’espoir en lui lors de sa nomination. Le moins qu’on puisse dire est qu’ils sont déçus. Si Valls a réussi à rendre hystérique un bon nombre de socialistes, pour le reste, il s’est contenté de pérorer en tapant sur la table, en promettant tout et n’importe quoi, en étant aussi inefficace qu’un Ayrault, qu’un Bérégovoy ou qu’une Cresson

Hier, ce n’était plus l’homme recours qui allait sauver la gauche en séduisant les patrons, c’était une caricature de Premier ministre socialiste.