Et si l’incroyable se préparait ? Certains font déjà ce cauchemar.

En s’étant emparé de l’UMP, Nicolas Sarkozy va peut-être bien pouvoir éliminer tous ceux qui, à droite, ont des velléités pour la course à l’Elysée.

D’abord, parce que ce sera lui le chef incontesté, si ce n’est incontestable, de l‘opposition et qu’on peut lui faire confiance pour occuper tout le devant de la scène, en permanence, matin et soir, à propos de tout et de n’importe quoi. Or, avec Hollande et son gouvernement, Sarkozy n’aura que l’embarras du choix pour tirer à la grosse artillerie. Il pourra se « régaler » aussi bien à propos de la montée inexorable du chômage qu’à propos des déficits, de l’augmentation de la pression fiscale, du mécontentement des patrons, petits et grands, de la paupérisation des classes moyennes, des errements de la politique étrangère ou des projets « sociétaux » que les socialistes vont, sans doute, sortir de leur chapeau pour distraire l’opinion, comme par exemple, la légalisation de l’euthanasie.

Les vociférations du président du grand parti d’opposition auront évidemment plus d’écho que celles en demi-teinte du maire de Bordeaux ou du député de Paris, sans parler de celles du député de l’Aisne. Juppé, Fillon et Xavier Bertrand, les trois concurrents déclarés pour la primaire de la droite, seront forcément, au fil des mois, plus ou moins marginalisés.

Ensuite, Sarkozy va tout faire pour les étouffer, voire les enterrer vivants. Il a déjà proposé à Juppé et à Fillon de les installer dans un placard pour retraités, un « truc » pour anciens premiers ministres. Ils ont, l’un et l’autre, immédiatement refusé. Mais il va s’acharner sur eux en les piétinant, soulignant à plaisir « le grand âge » de Juppé et rappelant constamment que Fillon ne fut jamais qu’un « collaborateur » docile et soumis.

Les connaissant l’un et l’autre, il est d’ailleurs intimement convaincu que Juppé et Fillon ne tiendront pas la distance et jetteront rapidement l’éponge.

Il surveillera, bien sûr, du coin de l’œil Bruno Le Maire qui se sent pousser des ailes depuis ses presque 30% pour la présidence du parti. Mais l’ancien ministre de l’Agriculteur est encore bien vert pour jouer dans la cour des très grands

Quoi qu’il en soit, Sarkozy est persuadé qu’après avoir chamboulé l’UMP, lui avoir donné un nouveau nom, un nouveau règlement, un nouvel état-major et avoir passé deux ans en héraut pour ne pas dire en héros de l’opposition en occupant tout le terrain, la primaire ne sera pour lui qu’une simple formalité.

D’ailleurs, dès aujourd’hui, Sarkozy ne prépare même pas cette  primaire de la droite mais le second tour de la présidentielle où il se voit déjà face à Marine Le Pen. On peut alors redouter qu’il ne fasse l’erreur qui lui a coûté sa défaite de 2012 et que, pour se préparer à ce duel en face de l’extrême-droite, il ne se « droitise » à l’excès en fustigeant l’Europe et l’euro, en promettant une immigration zéro, l’abrogation du mariage homosexuel, une nouvelle politique sécuritaire, etc.

Cette « orientation » serait évidemment absurde. D’une part, parce que plus personne ne peut plus désormais récupérer les voix de Marine Le Pen, a fortiori si elle est présente au second tour ; d’autre part, parce qu’une telle droitisation serait catastrophique pour le premier tour et redonnerait toutes ses chances au candidat de la gauche.

Les circonstances sont telles aujourd’hui que le second tour de la présidentielle n’a plus aucun intérêt. On sait que Marine Le Pen y sera présente mais on sait aussi que celui qui se retrouvera face à elle l’emportera. Tout se joue donc au premier tour où il faut arriver dans les deux premiers pour gagner l’Elysée. Or, pour être dans les deux premiers, il faut obligatoirement avoir les voix du centre et donc avoir laissé les voix de l’extrême-droite aller tout naturellement vers Maine Le Pen.

Le cauchemar ne s’arrête pas là. Très curieusement, ce retour de Sarkozy redonne des couleurs à ce pauvre François Hollande qu’on avait déjà enterré. Hollande a tout essayé et tout raté depuis le début de son quinquennat. Le socialisme au début, puis la social-démocratie, puis le social-libéralisme avec Valls, puis le libéralisme avec Macron. Tout cela en vain, c’est le moins qu’on puisse dire. Et Hollande à bout d’arguments semblait totalement au bout du rouleau.

Mais face à un Sarkozy remonté sur son cheval, Hollande peut, mieux que Valls et les autres qui se sont compromis avec le centre et le Medef, redevenir l’homme de gauche, le défenseur des droits de l’homme, des libertés, de la démocratie, le rempart contre le fascisme, etc.

Et c’est ici qu’on arrive à l’apogée du cauchemar absolu. Avec, au premier tour, un affrontement entre Sarkozy et Hollande et, pourquoi pas, un second tour opposant Hollande à Marine Le Pen et donc un deuxième quinquennat pour Hollande.

Mais il arrive parfois qu’on se réveille en sursaut des pires cauchemars qui ne sont pas tous prémonitoires. D’ailleurs, le pire n’est pas toujours certain…