On sait que François Hollande, en bon  socialiste qu’il est, a souvent quelques années, voire quelques décennies de retard. Ce soir, il va inaugurer un musée ouvert au public depuis… 2007, le Musée de l’Histoire de l’Immigration. On sait aussi qu’il a l’habitude de parler pour ne rien dire. L’Elysée nous a déjà prévenus qu’il allait prononcer « un grand discours » mais qu’il ne ferait… aucune annonce nouvelle. Mieux encore, le service de presse de la Présidence a précisé que le chef de l’Etat réfléchissait à ce discours… depuis 2012. On attend donc avec curiosité si ce n’est impatience la parole présidentielle.

Il est vraisemblable que nous aurons droit aux rengaines habituelles sur le thème rabâché de « l’immigration, cette chance pour la France », de « l’immigration sans laquelle la France éternelle ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui », de « La France multicolore, multiethnique, multiculturelle », etc. On peut parier (une grosse somme) que Hollande ne dira pas un mot de cette émigration vers la France qui fut –et est encore- pour ces millions de gens « une chance, un espoir et un rêve »…

Hollande évitera évidemment d’évoquer tous les échecs de notre politique migratoire depuis le jour où nos gourous intellectuels nous ont fait abandonner l’« assimilation » qui avait si bien fonctionné pendant tant d’années au profit d’une « intégration » qui, au nom du respect des différences, nous a conduits à laisser se développer « la peste noire du communautarisme » avec ses ghettos annonciateurs de tous les affrontements.

Hollande éludera aussi, sans aucun doute, la question pourtant essentielle de l’Islam, à moins qu’il n’ait le culot de nous affirmer qu’il y a désormais un « Islam à la française », parfaitement compatible avec notre laïcité, notre démocratie et toutes nos traditions républicaines.

En fait, le vrai débat pourrait et devrait se faire autour du slogan (très astucieux) que le musée vient de trouver : « Nos ancêtres n’étaient pas tous des Gaulois ». On connait la fameuse phrase que nos instituteurs de la IIIème République faisaient seriner à tous les petits noirs de l’Empire « Nos ancêtres les Gaulois »

Or, cette phrase était infiniment moins ridicule que nos anticolonialistes de service ont bien voulu l’affirmer. Il ne s’agissait évidemment pas de faire croire à tous ces gentils petits « négrillons » qu’ils descendaient en ligne droite des grands blonds moustachus compagnons de Vercingétorix. C’était, au contraire, infiniment généreux et cela signifiait que, sous le drapeau français, tous les enfants étaient, au-delà de la couleur de leur peau, des latitudes, des cultures, d’une seule et même famille, descendant moins des Gaulois que du Siècle des Lumières, de Voltaire, de la Révolution, de Victor Hugo et de « Toutes les gloires de la France ».

Il faut dire qu’à l’époque nous étions fiers de notre passé, de notre Histoire (du moins de ses pages les plus glorieuses) et de notre civilisation et que nous ne nous complaisions pas encore à nous vautrer dans la repentance en nous accusant à plaisir de tous les maux de l’esclavagisme, du colonialisme, de la répression et de la torture.

A l’époque, nous étions sûrs de nous au point d’offrir à des peuples qui quittaient à peine l’âge de pierre un passé, une histoire, une culture qui leur faisaient faire un bond en avant de quelques siècles. C’était d’ailleurs ce que des hommes « de gauche », comme Jules Ferry ou Léon Blum, avaient souhaité.

Tout s’est, bien sûr, mal terminé. Plus d’ailleurs par notre faute que par la volonté de ces peuples dits « colonisés ». L’anticolonialisme était plus vigoureux à Paris qu’à Dakar ou à Brazzaville et il va sans dire qu’aujourd’hui celui qui oserait laisser entendre que le colonialisme avec ses missionnaires, ses docteurs de brousse, ses bâtisseurs de routes ne fut pas qu’un « crime contre l’humanité » serait immédiatement cloué au pilori de la pensée unique et du politiquement correct.

Rares, ce soir, dans l’entourage de François Hollande, seront ceux qui auront l’audace de faire remarquer incidemment que si, un demi-siècle après l’indépendance de toutes nos colonies, on doit inaugurer un Musée de l’Immigration c’est, peut-être, parce que nos anciens « colonisés » ont éprouvé le besoin de venir se réfugier chez leurs anciens « maitres » pour y trouver un peu de liberté, de travail et de bien-être que nous n’avons d’ailleurs, hélas, plus les moyens de leur offrir.

La pseudo « émancipation » de nos anciennes colonies s’est, en fait, soldée par une émigration massive des anciens colonisés vers leur « mère patrie » de jadis. Mais il est formellement interdit de le dire…