Nous sommes tous pour la laïcité, c’est-à-dire pour reconnaitre à chacun le droit de pratiquer la croyance de son choix, tout en refusant que la religion empiète sur le domaine public. En clair, nous ne voulons pas (ou plus) « bouffer du curé », du rabbin ou de l’iman mais nous souhaitons qu’ils restent dans leurs églises, leurs synagogues, leurs mosquées, sans trop en sortir.

Cela étant dit, les choses sont plus compliquées qu’il n’y parait. D’abord, parce que, si la France n’est plus « la fille ainée de l’Eglise », elle n’en demeure pas moins profondément marquée par « ses racines chrétiennes », même si elle fait mine de les récuser. La morale de la République est, sans doute gréco-romaine, mais aussi, et surtout, judéo-chrétienne. Notre vie quotidienne et nos institutions sont beaucoup imprégnées par la Bible, le Nouveau Testament et les Evangiles que –pour l’instant du moins- par le Coran, la Charia ou les textes sacrés de l’hindouisme ou du bouddhisme. On peut le regretter, on ne peut pas le nier.

Ensuite, parce qu’après avoir longtemps cru que les guerres de religion étaient, depuis « le petit père » Combes, à jamais terminées chez nous, nous nous apercevons qu’elles pourraient bien rejaillir. Nos séminaires et nos églises sont désertés mais les minarets des mosquées commencent à fleurir un peu partout. Nos dernières religieuses n’osent plus porter la cornette, mais, dans certains de nos quartiers, on voit de plus en plus de femmes dissimulées sous leurs voiles noires.

Dire que l’Islam est un danger pour la République est interdit par la loi et nos démocrates patentés ont lancé une redoutable fatwa contre tous ceux qui auraient l’audace de laisser entendre que nos musulmans ne seraient pas tous des laïcs convaincus et qu’ils auraient l’intention de détruire, de l’intérieur, notre civilisation.

Les choses étant souvent curieuses dans notre pays, les plus grands défenseurs de la laïcité, ceux qui la brandissent à tout bout de champ comme un étendard, sont ceux qui, au nom de cette même laïcité, sont les partisans les plus acharnés de l’autorisation du voile intégral, de la construction de nouvelles mosquées et de la reconnaissance, voire de la promotion de l’Islam comme deuxième religion du pays.

Par moments, nous avons l’impression que l’Islam a déjà triomphé et que les Chrétiens doivent descendre du trottoir pour laisser passer les musulmans. Les lois du Prophète l’emportent déjà dans nos piscines, dans nos cantines scolaires et dans un bon nombre de nos banlieues sans que les « laïcards », charmés par le chant du muezzin,  n’y voient rien à redire. Et nos pandores, souvent si pointilleux, n’ont jamais, jusqu’à présent, eu le courage de verbaliser la moindre femme voilée.

Or, voici qu’à l’approche de Noël, quelques élus de la République ont eu l’idée d’installer, non pas des tapis de prière dans les rues comme ailleurs, mais des crèches dans des édifices publics, comme cela s’était toujours fait.

Naturellement, mettre le petit Jésus, la Vierge, Saint Joseph, le bœuf et l’âne et les Rois Mages dans le hall d’une mairie ou d’un Conseil général est contraire à la loi de 1905. Mais fallait-il vraiment que la Justice de la République qui ferme si souvent les yeux sur des délits autrement plus graves, intervienne et exige la destruction de ces crèches ?

Un de ces élus a sans doute trouvé le mot juste : « Contrairement à la laïcité, la connerie n’a pas de limites ».

Si on laisse les femmes voilées circuler dans nos rues, qu’on laisse les crèches là où des élus ont l’habitude de les installer. Ou alors qu’on interdise tous les arbres de Noël sur nos places, toutes les illuminations dans nos avenues, toutes les guirlandes dans nos magasins, qu’on fasse fermer immédiatement tous les restaurants qui osent proposer des menus de Réveillon, qu’on arrête tous les parents qui offrent des cadeaux à leurs enfants, le 25 décembre au matin, en abusant de leur confiance jusqu’à leur faire croire que c’est le Père Noël qui est passé par là. Car tout cela, ces fêtes, ces réjouissances, ces ripailles n’ont d’autre raison d’être, même si certains l’ont oublié, que de célébrer « la venue du Fils de Dieu sur la terre ».

Et alors, bien sûr, il faudra condamner à la lapidation sur la place publique de tous les musulmans qui égorgent des moutons dans les cours des immeubles.

Cette histoire (invraisemblable) rappelle les jours sombres de la Révolution. Les sans culottes, laïcs avant l’heure, avaient voulu supprimer tous les noms de saints ou à consonance religieuse dans les lieux publics. Du coup, la « rue du Cardinal Le Moine » était devenue… la « rue du Le ». Oui, la connerie n’a pas de limites et est éternelle.