François Hollande a-t-il eu raison d’aller voir Vladimir Poutine ? Même certains membres de l’opposition, comme François Fillon ou Xavier Bertrand, l’applaudissent. Pour eux, la France, encore grande puissance et toujours membre permanent du Conseil de Sécurité, se doit de jouer un rôle de premier plan dans le concert des Nations et il est bien que le président français prenne des initiatives diplomatiques.

L’annexion pure et simple de la Crimée par Moscou et la guerre civile que les Russes entretiennent dans l’est de l’Ukraine en soutenant à bout de bras des milices séparatistes ont mis Poutine au ban de la communauté internationale. Pour protester contre cette volonté du nouveau tsar de reconstituer, par la force et le fait accompli, l’ancien empire de Staline, l’Occident a décrété un certain nombre de sanctions contre la Russie et on en est revenu pratiquement à l’époque de la guerre froide.

Ce n’est évidemment bon pour personne. Il faut tenter de faire revenir Poutine à de meilleures intentions et lui faire abandonner sa politique expansionniste.

L’ennui c’est que personne ne peut imaginer une seule seconde que Poutine puisse capituler devant ce pauvre Hollande et que tout le monde a, bien sûr, compris que cette escale faussement improvisée du Français à Moscou n’avait qu’un seul objectif : tenter de désamorcer la crise des Mistral, même si les deux hommes ont juré leurs grands dieux qu’il n’avait pas été question de ce dossier au cours de leur entretien d’une heure et demie. Ce qui, bien sûr, n’est pas plausible.

Avec ces deux navires, Paris est dans une position intenable. Les Russes les ont commandés et payés, ils sont pratiquement terminés, Paris devrait donc les livrer mais, comme Hollande a rejoint Obama en s’engageant à sanctionner, lui aussi, Poutine, il lui est pour le moins délicat de lui livrer des bateaux de guerre.

Si Hollande ne livre pas ces deux navires, la France perdra toute crédibilité en tant que fournisseur de matériel militaire et quelques milliards qu’il faudra rembourser auxquels s’ajouteront des pénalités. S’il livre les deux navires, la France se désolidarisera de ses alliés et aura l’air de préférer vendre sa « camelote » plutôt que de défendre les grands principes.

On peut donc imaginer qu’au cours de ce fameux entretien, Hollande a supplié Poutine de faire un geste en Ukraine, aussi modeste soit-il, pour permettre à Paris de livrer les deux bateaux en affirmant à ses alliés que la pression a été suffisante pour faire reculer Poutine et qu’on pouvait désormais reprendre avec Moscou des relations quasi normales.

On va voir dans les jours prochains si le tsar veut bien faire ce petit cadeau à Hollande pour que le Français puisse sauver la face en honorant ses contrats et en trahissant ses alliés. Rien n’est moins sûr.

Ce qui est sûr, ce matin, c’est que Poutine peut se réjouir d’avoir mis un coin dans l’alliance occidentale et qu’à Washington, Londres ou Berlin, Hollande apparait, une fois de plus, comme un allié peu fiable et à l’inconscience particulièrement dangereuse.

De Gaulle pouvait se permettre de faire cavalier seul. Hollande, lui, est tombé de son cheval depuis si longtemps qu’il ne peut que courir derrière sa monture ce qui est toujours ridicule.