Par moments, on est bien obligé de se demander si, par hasard, Marine Le Pen n’aurait pas un peu raison quand elle parle de l’UMPS. Hier, Nicolas Sarkozy, président de l’UMP, et Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS, ont tenu à peu près le même langage, au chiffre près.

L’un et l’autre ont annoncé à leurs « cadres » respectifs qu’ils allaient lancer une grande campagne de recrutement et qu’ils voulaient avoir, chacun dans leur formation, 500.000 adhérents avant la présidentielle de 2017. Actuellement, l’UMP en revendique 200.000 et le PS 80.000, chiffres qui paraissent d’ailleurs un tantinet gonflés, aussi bien à droite qu’à gauche.

Il est normal que des chefs de parti aient de grandes ambitions pour leurs mouvements. Mais on voit mal, en cette période où l’opinion publique semble éprouver un véritable dégoût pour la classe politique en général, comment, en deux ans, Sarkozy pourrait recruter 300.000 nouveaux militants et Cambadélis 420.000.

Le plus drôle est que l’un et l’autre emploient sensiblement le même langage. Ils veulent lever « une armée de militants » et transformer leur vieille baraque en parti le plus moderne de France.

Plus drôle encore, les deux hommes évoquent la nécessité du « rassemblement », tout en affirmant que « chacun a sa liberté de parole mais j’exigerai que les responsables soient loyaux, solidaires et qu’ils privilégient le collectif ». La phrase est de Sarkozy qui a ajouté « Il n’y a pas de délit d’opinion à l’UMP » mais Cambadélis aurait pu la prononcer.

Or, l’UMP et le PS offrent la même image de désolation. A droite comme à gauche, c’est un champ de ruines.

A l’UMP, non seulement les plaies provoquées par l’affrontement Copé-Fillon ne se sont pas cicatrisées mais elles se sont aggravées avec le temps. Et le retour « providentiel » de Nicolas Sarkozy n’a fait que les approfondir davantage encore. Les anciens « copéistes », voulant, derrière Wauquiez, que Sarko redevienne celui qu’il a été pendant la campagne (perdue) de 2012, alors que les anciens « fillonistes », derrière Nathalie Kosciusko-Morizet, veulent au contraire qu’il tire les leçons de cet échec et qu’il ne tente plus de  courir  derrière les électeurs du Front National et se rapproche des centristes.

Cette fracture entre les dirigeants de l’UMP dépasse de beaucoup les simples querelles d’égos. La phrase venimeuse de NKM déclarant que « Wauquiez c’est le… buisson qui cache la forêt » prouve bien que l’UMP « modérée » ne veut plus des relents « maurassiens » (selon le mot de NKM) que l’âme damnée de Sarkozy, Buisson, avait imposés à leur mouvement pendant le quinquennat de Sarkozy.

En décidant du nouvel organigramme de l’UMP, Sarkozy a tenté de maintenir l’équivoque. NKM est vice-présidente, Wauquiez est secrétaire général. Mais il est évident que, si chacun de deux garde sa « liberté de parole », il sera difficile au président d’obtenir de ses deux « bras droits » qu’ils soient « solidaires » et qu’« ils privilégient le collectif ».

Au PS, c’est la même chose. En pire. Puisqu’il y a, d’un côté, un président de la République, élu « par défaut », grâce au « forfait » de DSK, qui bat tous les records d’impopularité et qui multiplie les échecs dans tous les domaines en zigzaguant entre le socialisme et le libéralisme et, de l’autre côté, de plus en plus d’élus (sans parler des militants) qui sont convaincus que ce président les conduit droit dans le mur et le pays avec en trahissant le socialisme, ses promesses et ses électeurs.

La fronde avait commencé avec la nomination de Valls à Matignon, elle s’est généralisée avec celle de Macron à Bercy et Martine Aubry en a maintenant résolument pris la tête en déclarant que cette loi Macron, pourtant bien anodine, était « une régression » mot que les socialistes réservaient jusqu’à présent à la politique de la droite.

Cambadélis, lui-même hostile à la loi Macron, doit donc avant le Congrès du PS de juin prochain qui aura lieu au lendemain d’une nouvelle défaite du PS qu’on annonce déjà cuisante aux cantonales de mars, tenter de « recoller les morceaux ».

Or la haine entre « aubrystes » et « vallsistes » au PS semble aussi irrémédiable que celle qui oppose à l’UMP les amis de NKM et ceux de Wauquiez. Au PS comme à l’UMP, on a maintenant une droite et une gauche. Autant dire que ni l’UMP ni le PS ne savent plus où ils en sont, ce qu’ils sont, qu’ils ont perdu le nord et leur raison d’être. Et qu’ils ont donc bien peu de chance de retrouver des militants.

Comme disait Jacques Duclos « C’est bonnet blanc, blanc bonnet ». mais maintenant c’est Marine Le Pen qui peut le dire.