François Hollande est parti au bout du monde. Il va passer une semaine  en Australie et en Nouvelle-Calédonie, pour le G20 à Brisbane (et il en profitera pour faire la première visite d’Etat d’un président français à Canberra) et pour voir un peu ce qui se passe à Nouméa. Jamais, il ne s’était absenté aussi longtemps de l’Elysée depuis son élection. Et tout le monde se demande déjà si Manuel Valls ne va pas en profiter pour faire des siennes.

Quand le chat n’est pas là les souris dansent. Mais, d’abord, le gros matou en question n’a jamais osé s’attaquer à la moindre souris et, ensuite, la souris en question est un énorme rat qui n’a jamais hésité à dévorer tout et n’importe quoi quand cela lui semblait bon.

En une semaine, par les temps qui courent, il peut se passer beaucoup de choses. Dans ce régime des couacs, un ministre peut lâcher une bourde, annoncer une augmentation d’impôt, reconnaitre d’un mot que Jean-Pierre Jouyet n’a plus sa place à l’Elysée ou avouer que le pays va droit dans le mur. Dans cette ambiance explosive, une manifestation de jeunes, d’agriculteurs, de chômeurs peut dégénérer. Dans cette situation internationale, les Russes peuvent lancer un missile en Ukraine, les Israéliens peuvent tuer quelques Palestiniens, les Islamistes peuvent attaquer nos soldats au Mali ou ailleurs. Hollande publiera un communiqué des antipodes, mais ce sera, évidemment, Valls qui sera aux commandes et seul sur le devant de la scène.

Cela dit, à la réflexion, cet éloignement temporaire du président ne change strictement rien. Cela fait des semaines pour ne pas dire des mois que François Hollande… n’existe plus. Même présent dans son bureau élyséen, il est absent, oublié de tous. A gauche, on ne regarde plus que Valls et son ombre Macron, en se demandant jusqu’où ils vont oser aller et comment ils vont rouler dans la farine les amis de Martine Aubry, de Mélenchon, de Cécile Duflot et les syndicats ou ce qu’il en reste. A droite, quand on évoque le chef de l’Etat, c’est pour savoir s’il a retrouvé la starlette de son cœur.

Et quand on parle de la prochaine élection présidentielle c’est pour se demander si Marine Le Pen aura, au second tour, à affronter Valls, Sarkozy ou Juppé. Autant dire que Hollande –à 12% d’opinions favorables dans les sondages- a totalement disparu des écrans. Le président est aux abonnés absents.

Cette situation est inédite dans l’histoire de la Vème République. Même en période de cohabitation, Mitterrand et Chirac existaient davantage que Hollande aujourd’hui dans sa curieuse cohabitation  avec Valls.

C’est évidemment catastrophique. D’abord, parce que Valls n’a pas vraiment les mains libres puisque les institutions ne font de lui qu’un « collaborateur » nommé par Hollande, même si l’article 20 de la Constitution affirme que « Le gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation » et que l’article 21 ajoute « Le Premier ministre dirige l’action du gouvernement ». Ensuite, parce que le Premier ministre a besoin  d’une majorité et que le peu qui reste de la majorité présidentielle semble être toujours plus hollandaise que vallsienne. Enfin, parce qu’à l’étranger, c’est toujours le chef de l’Etat qui incarne la France alors pourtant qu’aujourd’hui, de Poutine à Obama, ils savent tous que le malheureux Hollande ne compte plus que « pour beurre » dans son propre pays.

On attend d’ailleurs avec impatience de voir comment va se dérouler à Brisbane le face-à-face Hollande-Poutine et comment le Français saura se dépêtrer, en face d’un tsar intraitable et dans son bon droit, de l’affaire des Mistrals. Hollande est habitué à avaler des couleuvres. Mais il va lui falloir avaler un porte-hélicoptères. Ce qui est parfaitement indigeste.