La boxe a un avantage considérable sur la politique. Le manager du boxeur qui n’en peut plus au 6ème round peut jeter l’éponge. Le boxeur lui-même peut d’ailleurs, s’il en a vraiment assez, s’allonger par terre et attendre tranquillement que l’arbitre ait égrené les dix secondes fatidiques Alors que, quand on est président de la République, il faut, en principe, aller jusqu’au-bout de son mandat, continuer à recevoir des gnons, des coups droits, des uppercuts, des crochets du droit et surtout du gauche, même quand on a le visage tuméfié, qu’on est groggy et titubant au milieu du ring et que les spectateurs sans pitié réclament la mise à mort. Pour peu que le pseudo-champion soit un gros mauvais, un quinquennat peut très vite ressembler à un interminable calvaire, aussi bien pour le chef d’Etat-toquard que pour les citoyens qu’ils soient ou non coupables de l’avoir élu.

François Hollande va célébrer –on ne peut pas dire fêter- son mi-mandat cette semaine. C’est épouvantable. Jamais un anniversaire n’a été aussi lugubre. Hollande en a évidemment conscience et il est sûrement d’accord avec les 97% de Français qui, selon un sondage Odoxa pour RTL, estiment qu’il a tout raté en matière de chômage. Il est sûrement d’accord aussi avec les 88% de Français qui, selon ce même sondage, estiment qu’il a tout raté en matière de fiscalité. Mais est-il seulement d’accord avec les 13% de Français qui, selon un sondage TNS-Sofres, lui font encore confiance ? Ce n’est même pas sûr.

Quand on se souvient des promesses de « Moi, président », c’est abominable. Il devait inverser la courbe du chômage, il y a 500.000 chômeurs de plus. Il devait apaiser la France, elle est au bord de l’explosion et n’a jamais été aussi divisée. Il devait relancer la croissance, elle est nulle. Il devait revenir aux 3% de déficit exigés par Bruxelles, le déficit est de 4,4%. Il devait avoir un comportement exemplaire, il fait désormais, avec ses frasques, la « une » de la presse people, etc.

Il faut pourtant lui accorder que, pendant cet interminable hallali, François Hollande a tout essayé. Il avait nommé à Matignon une pâle copie de Guy Mollet et le voilà avec, comme Premier ministre, un sosie de Nicolas Sarkozy. Il était monté sur le ring en déclarant la guerre à la finance et aux patrons qui touchaient plus d’un million par an et le voilà avec un ancien banquier de chez Rothschild à Bercy. Son homme de confiance, son plus proche collaborateur, le secrétaire général de l’Elysée, est d’ailleurs aujourd’hui un ancien secrétaire d’Etat (aux affaires européennes) du même Sarkozy, Jean-Pierre Jouyet. Autant dire qu’en sautillant au milieu du ring le malheureux a vraiment tout essayé. Les coups droits et les coups gauches.

On en vient, alors, à se demander si ce petit gros gonflé aux amphétamines est vraiment fait pour ce sport et s’il avait la moindre chance de pouvoir, avec ses petits poings, terrasser des adversaires aussi redoutables que le chômage, les déficits, l’immigration ou la décomposition de l’Etat.

Il parait que jeudi il va tenter de reconquérir son titre en remontant sur le ring pendant une heure à TF1. Une fois de plus et pour la énième fois, la presse nous annonce un combat « de la dernière chance ». Ce type aura passé sa carrière à tenter des combats « de la dernière chance » qu’il a tous perdus.

Les gens bien informés nous racontent qu’il va essayer de démontrer qu’il a fait plein de choses pendant cette première moitié du quinquennat puis qu’il va nous annoncer plein de choses pour la seconde moitié.

Or, tout le monde sait que pendant ces deux premières années et demie, mis à part le mariage des homosexuels qui a divisé inutilement les Français, il n’a rien fait d’autre que d’augmenter les impôts tout en creusant davantage encore les déficits, en embauchant de nouveaux fonctionnaires et en faisant basculer les classes moyennes dans la précarité. Et personne ne peut croire qu’il pourra faire quoi que ce soit pendant la seconde moitié de son quinquennat puisque, de reculade en volte-face, tous ses projets se perdent toujours dans les sables mouvants des contradictions de sa majorité qui n’en est plus une. On le voit déjà avec, par exemple, sa réforme territoriale.

Aujourd’hui, les moins pessimistes portent tous leurs espoirs sur Manuel Valls et Emmanuel Macron. Le Premier ministre et son acolyte tentent de prendre le pouvoir en méprisant ostensiblement Hollande et en ignorant superbement le groupe socialiste de l’Assemblée. C’est la première fois qu’on assiste, sous le Vème République, à un tel coup d’Etat qui bafoue totalement les institutions. Mais ces « putschistes » ne pourront pas aller très loin.

On devine maintenant « le plan de carrière » du matador catalan : se faire virer au cours de l’année 2015, être remplacé par Bartolone ou Le Foll et devenir le recours d’une gauche centriste en 2017 face à Sarkozy ou à Juppé.

Ce qui est évident c’est que François Hollande n’existe plus. Tout le monde le dit ou le murmure, de Mélenchon à Martine Aubry en passant par Cécile Duflot. Le président de la République ne peut donc que poursuivre son chemin de croix et jeudi soir sa plaidoirie à TF1 ne sera qu’une station de plus, sans intérêt. Il ressemblera au condamné qui demande grâce devant le peloton d’exécution…