Nous sommes habitués depuis quelques décennies à avoir des responsables politiques (que nous avons élus nous-mêmes) qui marchent sur la tête. La meilleure preuve en est d’ailleurs que chacun reconnait qu’il faudrait aujourd’hui remettre au plus tôt la France « à l’endroit ». Mais François Hollande, lui, a perfectionné le numéro. Non seulement il marche sur la tête tout en faisant de l’équilibrisme sur son fil mais, en plus, il marche… à reculons.

Depuis deux ans et demi, dans tous les domaines, c’est du grand n’importe quoi mais, en plus, c’est toujours un pas en avant deux, voire trois pas en arrière.

C’est particulièrement frappant en politique étrangère alors pourtant que la diplomatie exige, outre un minimum de connaissance des dossiers (qu’il n’a malheureusement pas), une certaine « constance » pour que la planète puisse comprendre quelle est la ligne –droite ou sinueuse- qu’entend suivre la France.

Or, souvenons-nous. L’année dernière, Hollande voulait déclarer la guerre à Assad pour « le punir » parce que le dictateur syrien écrasait ses rebelles sans pitié avec peut-être même des armes interdites. Et Hollande nous affirmait que la France allait aider et armer les malheureux rebelles.

Aujourd’hui, le même Hollande fait la guerre non plus à Assad mais… à ces mêmes rebelles. Il est vrai qu’entre-temps le président français s’est aperçu que ces rebelles n’étaient pas les démocrates qu’il avait imaginés mais de redoutables extrémistes islamistes. Il aurait pu se renseigner plus tôt. Nous l’écrivions ici même tous les jours. Mais du coup, en faisant pilonner par nos Rafales les positions de l’Etat Islamique, même en Irak seulement, Hollande apporte un soutien bien précieux à Assad. Il marche sur la tête et a reculé de quelques pas.

Autre exemple d’ignorance des dossiers, de reculades et même de volte-face. Il y a quelques mois, Hollande voulait imposer des sanctions énergiques à Poutine pour « le punir » (une manie chez le président français qui veut « punir » tout le monde) d’avoir annexé la Crimée et de provoquer des troubles séparatistes dans tout l’est ukrainien.

Or, et quelques soient les démentis pitoyables du pauvre Jean-Yves Le Drian, la France va bel et bien livrer à ce même Poutine un puis deux porte-hélicoptères. Il marche sur la tête et à reculons.

Nous sommes tous d’accord, nous ne pouvons que nous réjouir de ces volte-face car il était tout aussi absurde de vouloir partir en guerre contre la Syrie d’Assad et aider ses rebelles islamistes que de vouloir châtier le tsar de toutes les Russies.

D’abord, parce que le pseudo « droit d’ingérence » inventé de toutes pièces par le lamentable Bernard Kouchner n’est qu’une escroquerie. Aucun pays, pas même la France, n’a le droit de décider qu’une dictature alaouite est moins bonne pour le peuple syrien qu’une théocratie fanatique ou qu’un ancien ténor du KGB est pire pour les Russes qu’une maffia d’oligarques (les deux pouvant d’ailleurs très bien cohabiter).

Ensuite et surtout, bien sûr, parce que la France n’a plus, depuis fort longtemps, les moyens d’envoyer de par le monde des corps expéditionnaires pour protéger les Chrétiens d’Orient ou faire trembler les empereurs ou les tsars exotiques.

De Gaulle pouvait, par son verbe et parce que c’était lui, faire reculer les plus puissants mais la dernière fois que la voix de la France a (un peu)         retenti dans les enceintes internationales ce fut quand Chirac fit annoncer par Villepin que nous refusions de nous lancer, en supplétifs des Américains, dans la folle aventure irakienne. Depuis, aussi bien Sarkozy que Hollande se sont vautrés avec tant de complaisance et de délice aux pieds de Washington que la France est devenue totalement aphone et donc inaudible, voire même ridicule.

Hollande n’a pas pu faire la guerre à Assad parce qu’Obama et le Congrès américain ne l’ont pas voulu. Il fait aujourd’hui la guerre à l’Etat islamique parce que le même Obama en a décidé ainsi…

Avec Poutine c’est, bien sûr, plus difficile. Sur ordre d’Obama, Hollande avait annoncé qu’il n’était pas question que la France livre les deux navires Mistral à la Russie tant que la situation ne serait pas pacifiée en Ukraine, en clair tant que le tsar n’aurait pas renoncé à ses velléités d’annexion de cet ancien satellite de l’URSS.

Poutine est malin. Les « pro-russes » continuent à régner sur l’est de l’Ukraine avec le soutien évident des Russes, les chars Russes sont toujours stationnés de l’autre côté de la frontière, prêts à bondir, mais dans sa grande bonté, le tsar a fait un geste. La Russie vient de signer à Bruxelles un accord avec Kiev permettant la reprise des livraisons de gaz russe à l’Ukraine. Cet accord arrange tout le monde : les Ukrainiens, bien sûr, qui ne crèveront pas de froid cet hiver, les Européens (15% du gaz consommé en Europe transitent par les gazoducs ukrainiens) et GAZPROM, la compagnie gazière russe détenue majoritairement par l’Etat russe qui connait actuellement des difficultés.

Et, du coup, Poutine apparait soudain comme… un ami des Ukrainiens. Hollande va donc pouvoir dire qu’il n’y a plus de problème et que plus rien n’empêche la livraison des Mistral. Il marche sur la tête et à reculons. Mais parfois, à force de reculer, il revient sur le droit chemin.…