On savait que Ségolène Royal avait tous les culots et n’hésitait jamais à dire n’importe quoi pour essayer de se faire mousser. Mais elle s’est surpassée ce matin. Elle a, en effet, froidement déclaré sur I-Télé : « Le barrage de Sivens a été une erreur d’appréciation qui ne serait plus possible aujourd’hui ».

Autant dire qu’après avoir donné raison aux Bonnets rouges qui cassaient les portiques de l’Ecotaxe, la ministre de l’Environnement donne raison aux manifestants écolos et gauchistes qui se sont installés sur le site de Sivens puis ont répondu à coups de cocktails Molotov aux gendarmes qui voulaient les déloger pour que les travaux puissent se poursuivre. On attend avec impatience que cette hurluberlue, pasionaria de toutes les mauvaises causes à la mode dans les beaux quartiers, prenne la défense des adversaires de l’aéroport de Notre-Dame des Landes, puis celle des ennemis du nucléaire, puis celle des adversaires du gaz de schiste. Rétrospectivement, on a des frissons dans le dos en pensant qu’elle aurait (presque) pu être élue à la tête de l’Etat en 2007…

L’héroïne de la « bravitude » est donc résolument du côté des casseurs et il est évident que, si elle n’était pas la mère des quatre enfants du président de la République, elle aurait été virée du gouvernement depuis longtemps. Mais on sait que, dans toutes les républiques bananières, les épouses, concubines, maitresses ou simples « poules » des chefs d’Etat ont toujours eu une position privilégiée. La petite Batho aurait évidemment dû coucher avec François Hollande et lui donner un enfant ou deux pour garder jadis ce même ministère de l’Environnement.

Cela dit, soyons sérieux. Personne ne sait vraiment si ce fameux barrage de Sivens (qui, au fil des jours, s’est transformé, dans la presse complaisante, en simple « retenue d’eau ») est indispensable pour les agriculteurs du coin, totalement surdimensionné, catastrophique pour tout l’écosystème ou trois fois trop cher pour l’intérêt qu’il peut éventuellement avoir. S’agit-il de la lubie de deux ou trois ingénieurs des eaux et forêts ou de la démagogie électoraliste de trois ou quatre conseillers généraux ? On ne le saura jamais.

Ce qui est sûr c’est que ce barrage de Sivens dont personne n’avait jamais entendu parler au-delà des limites du Tarn est devenu une affaire d’Etat parce qu’il y a eu mort d’homme, en l’occurrence mort d’un jeune de 21 ans, Rémi Fraisse.

Du coup, sous l’émotion, chacun s’est mis à dire, en effet, n’importe quoi. Le régime serait devenu une dictature policière, Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur, serait devenu un assassin qui devrait démissionner immédiatement, les gendarmes seraient devenus des criminels assoiffés de sang, les conseillers généraux du Tarn qui ont voté en faveur de ce barrage seraient devenus des margoulins ayant, sans doute, touché des dessous de table, etc. Et par la même occasion les manifestants, mi loubards mi vandales, qui balançaient des cocktails Molotov sur les forces de l’ordre se sont transformés en charmants jeunes gens amoureux de la nature et défenseurs des coquelicots.

Certes, la mort d’un homme est toujours dramatique mais un tel drame n’autorise personne à dire n’importe quoi. Rémi Fraisse a été tué par une grenade offensive lancée par un gendarme. Cela ne fait pas de Hollande, Valls et Cazeneuve des assassins ; cela soulève simplement le problème des moyens que l’on donne aux forces de l’ordre pour répliquer aux manifestants les plus violents. Cazeneuve a d’ailleurs déjà donné ordre à ses troupes de ne plus utiliser de grenades offensives.

Rémi Fraisse n’était pas non plus le gentil pacifiste amoureux de la nature que l’on nous présente aujourd’hui. Quand on harcèle les forces de l’ordre à une heure du matin et après des heures de « combat », on n’est pas un pacifiste, ennemi de toutes violences et amoureux des petites fleurs mais un anarchiste qui veut « foutre en l’air » toutes les institutions de la République. Cela ne mérite évidemment pas la mort mais ceux qui jettent des cocktails Molotov contre les policiers, les gendarmes ou les CRS devraient savoir qu’ils prennent des risques et notamment celui de recevoir des grenades pas toujours lacrymogènes.

Tout le monde regrette la mort de Rémi Fraisse, bien sûr. Mais ce n’est pas cette mort, aussi dramatique soit-elle, qui permet de remettre en cause le barrage. Une « bavure » -car c’est bien de cela dont il s’agit- ne peut en aucune façon faire céder un pouvoir digne de ce nom.

Ségolène Royal aurait pu, il y a quelques mois, quand, après le départ de Valérie Trierweiler (car tout vient de là) on lui a donné ce ministère de l’Environnement, récuser ce barrage, déclarer qu’il s’agissait d’« une erreur d’appréciation » et contraindre le Conseil général du Tarn à faire arrêter les travaux. Mais ne le faire qu’après la mort de ce jeune homme est à la fois indécent et totalement irresponsable.

On va finir par croire que dans la république de François Hollande il suffit d’avoir un mort pour faire changer de politique…