L’Histoire est souvent injuste et c’est parfois dramatique. Depuis deux jours, on célèbre le quarantième anniversaire de la Loi Veil qui légalisa le recours à l’avortement. Nous avons eu droit à tout, à la rediffusion des séances de l’Assemblée, à un « docu-fiction » retraçant la dureté de ce débat, à d’interminables interviews d’anciennes militantes de l’époque. On nous a surtout imposé des commentaires nous affirmant que cette loi « historique » avait « libéré » les femmes et qu’elle n’avait été possible, dans la France de Giscard, que grâce à mai 68 qui avait « libéré » la France et aux votes des députés de gauche.

Or, et Simone Veil l’avait elle-même répété tout au cours des débats, l’avortement, légalisé pou non, est un drame pour toutes les femmes qui doivent y avoir recours. Il est donc difficile de parler de « libération » et de considérer ce texte comme un progrès considérable dans l’histoire de l’humanité.

Le vrai progrès, la vraie révolution qui a vraiment libéré les femmes en brisant le lien entre sexualité et maternité, ce n’est pas cette loi Veil mais la loi Neuwirth qui a autorisé l’utilisation et la promotion de la pilule. Grâce à la contraception, les femmes pouvaient enfin choisir librement, devenir totalement maitresses de leur corps. Si la loi Neuwirth avait été correctement appliquée, la loi Veil n’aurait d’ailleurs plus eu d’utilité. La contraception devrait faire disparaitre le drame de l’avortement.

Pourquoi a-t-on oublié Neuwirth et sa loi ? Sans doute parce que Neuwirth était un gaulliste pur jus, ancien héros de la Résistance et député de la Saint Etienne, sans doute parce que c’était de Gaulle qui l’avait poussé dans ce combat et avait promulgué la loi en décembre 1967 et que, du coup, ce texte capital ne devait rien à mai 68 et démontrait qu’avant que nos petits bourgeois n’élèvent des barricades rue Gay Lussac la France du Général pouvait faire des progrès considérables dans tous les domaines.

Que nos vieux soixante-huitards, aujourd’hui au pouvoir à peu près partout, veuillent nous faire croire qu’avant eux c’était moyen-âge dans notre pays qui était pourtant alors encore dans ce qu’on a appelé « les trente glorieuses », n’a guère d’importance. Nous y sommes habitués. Ce sont eux qui réécrivent, à leur manière, l’histoire depuis longtemps déjà Mais dans ce cas précis la chose est particulièrement grave.

En ne parlant que de la loi Veil et en ayant totalement occulté la loi Neuwirth, ils ont fait la promotion de l’avortement au préjudice de la contraception. Résultat : aujourd’hui encore, il y a, chaque année, des centaines de milliers d’avortements en France et des sondages récents démontrent qu’un pourcentage encore considérable de jeunes, notamment en milieu rural, ignore l’existence même de la pilule.

Très curieusement, aucun gouvernement n’a, jusqu’à présent, eu le courage d’affirmer que la loi de Simone Veil n’était que le pire, le plus dramatique des pis-aller et que c’était la loi Neuwirth qu’il fallait promouvoir en développant l’éducation à la contraception.

A croire qu’on préfère encore faire vivre aux femmes le pire des drames plutôt que de remettre en cause « des acquis de mai 68 »