Comme prévu, Nicolas Sarkozy a été élu président de l’UMP. Mais ce qui n’était pas prévu et en tous les cas ce qu’il n’avait pas prévu lui-même c’est son score. 64,5%. Pour un ancien président de la République qui ne revenait dans l’arène politique que « par devoir » et qui entendait jouer l’homme providentiel qui se sacrifiait pour la patrie, c’est un peu faiblard.

Tous les spécialistes avaient mis la barre à 70%. Plus, c’était le triomphe attendu du sauveur, moins c’était le retour laborieux d’une star un peu usée. 64,5% c’est nettement moins.

On dira que Bruno Le Maire a fait une campagne particulièrement efficace sur le thème du « renouveau » et que les militants UMP ont découvert en cet ancien ministre de l’Agriculture, normalien et énarque, un quadra de grande qualité, à l’avenir évident.

Il n’empêche que 35,5% des votants ont fait savoir, en votant Le Maire ou Mariton, qu’ils ne voulaient plus de Sarkozy. Sans parler de ceux qui n’ont même pas pris part au vote. Sur les 268.000 adhérents de l’UMP, 155.801 se sont abstenus, ce qui est beaucoup pour des militants qui paient leur cotisation et qui, en principe, devraient vouloir participer à la renaissance de leur parti. En clair, la majorité des adhérents de l’UMP ne veut pas ou plus de l’ancien président de la République.

C’est évidemment inquiétant pour Sarkozy qui n’a voulu cette présidence du parti que pour pouvoir l’emporter haut-la-main lors de la primaire de la droite en 2016, avec la conviction qu’il se retrouverait alors face à Marine Le Pen au second tour de la présidentielle ce qui ne pouvait que lui assurer un retour triomphal à l’Elysée.

Mais si la majorité de l’UMP le récuse, plus rien n’est joué d’avance pour la primaire de la droite pour peu qu’elle soit vraiment « ouverte », avec un Alain Juppé en embuscade qui caracole en tête de tous les sondages et qui pourrait bien avoir, le jour venu, le soutien des centristes qui préféreront évidemment le maire de Bordeaux au président de l’UMP, même nouvelle formule.

On peut cependant faire confiance à Sarkozy pour se démener comme un beau diable pendant ces deux années qui viennent. Mal élu, il devient tout de même l’incontestable chef de l’opposition et il est certain qu’après avoir réformé l’UMP à sa guise, il sera en première ligne sur le devant de la scène pour harceler en permanence François Hollande et le gouvernement et qu’il pourra se targuer d’avoir remporté toutes les élections intermédiaires à venir, départementales et régionales, même s’il est vraisemblable que le Front National y fera de beaux scores.

Juppé et les autres seront alors inévitablement marginalisés et il leur sera difficile d’exister en étant « en réserve » de la primaire. Tout comme il leur sera, bien sûr, impossible de se présenter à la présidentielle s’ils étaient devancés lors de la primaire.

Ce qui est intéressant aujourd’hui c’est d’essayer de comprendre pourquoi Sarkozy a raté son retour et les 70% annoncés.

Tant qu’il se contentait d’accompagner sa femme de concert en concert et devant le panier de crabes qu’était devenue l’UMP avec ses combats de coqs et de chiffonniers, ses guerres d’égos et ses scandales plus ou moins crapuleux en cascade, Sarkozy avait pu acquérir le statut d’homme recours. Il aurait évidemment dû rester silencieux jusqu’à la primaire, voire jusqu’à la veille de la présidentielle.

Mais dès qu’il a ouvert la bouche, tout s’est fissuré. Les Français, à commencer par ceux de droite, se sont aperçus qu’il n’avait pas changé d’un pouce. Ni dans la forme ni sur le fond. Ils ont revu les mêmes tics insupportables, la même gestuelle souvent ridicule, le même ton péremptoire, cassant, parfois odieux. Ils ont entendu les mêmes zigzags idéologiques, les mêmes contradictions politiques, la même démagogie inspirée par les sondages du jour ou les mouvements de la foule.

Sarkozy est comme les émigrés de retour de Coblence. Il n’a rien appris, rien oublié pendant son « exil » et sa (brève) traversée du désert. Il n’est plus « un recours » mais « un revenant » qui n’avait pas laissé de bons souvenirs.

Il a sans doute pensé que les militants de l’UMP souhaitaient voir un revenant. Il faudrait qu’il comprenne que les Français veulent découvrir un homme nouveau. Sarkozy est, sans conteste, l’homme politique qui nous a, le plus souvent et sur tous les tons, annoncé qu’il avait… « changé ». Cela n’avait jamais été vrai. Il nous dit aujourd’hui qu’il veut changer l’UMP. Mais c’est lui qu’il devrait changer. Ce sera sûrement beaucoup plus difficile.