Qu’Alain Juppé ait été hué à Bordeaux, c’est-à-dire chez lui, par des militants de l’UMP venus écouter Nicolas Sarkozy en campagne pour la présidence du parti est particulièrement révélateur.

D’abord, cela nous annonce un combat sans merci, dans quelques mois, pour la primaire de la droite. Tous les coups seront permis dans cette nouvelle guerre des chefs, et même les pires. Car on ne fera croire à personne que la bronca anti-Juppé de Bordeaux ait été « spontanée ». Il est évident que les hommes (de main) de Sarkozy avaient amené par autocars entiers leur claque et leurs gros bras pour chahuter, à domicile, le malheureux Juppé qui ne s’y attendait visiblement pas.

Ensuite, cette opération qui rappelle les pires méthodes des Foccart et Pasqua d’antan, prouve aussi, si besoin en était, que Sarkozy compte mener ses campagnes pour la présidence de l’UMP, pour la primaire de la droite et pour la présidentielle « à droite toute », en tirant à boulets rouges contre tous ceux qui –comme Juppé- souhaiteraient une union entre la droite et le centre.

Enfin, cela laisse comprendre qu’en faisant une telle erreur, Sarkozy, s’il persiste dans cette voie, n’a aucune chance de l’emporter en 2017.

Il est évident que Sarkozy sera élu, ce prochain week-end, président de l’UMP par les militants. Mais il sera déjà intéressant de voir le score que fera Bruno Le Maire qui a su se positionner en défenseur raisonnable de l’UMP originelle, c’est-à-dire d’une union entre la droite et le centre.

Si, face à Le Maire (et à Mariton), Sarkozy obtient moins de 75% des voix ce sera pour l’ancien président une défaite qui démontrera que, même à l’UMP, nombreux sont ceux (25% ou plus ) qui ont gardé un mauvais souvenir de son quinquennat, du bling-bling, des volte-face, des échecs, des scandales.

Mais, et ce serait beaucoup plus important encore, cela prouverait aussi qu’un certain nombre d’électeurs de droite, même parmi ceux qui sont « encartés » à l’UMP, ne veulent pas de cette droitisation à outrance que semble, de nouveau, prôner Sarkozy et que ces électeurs de droite savent parfaitement que, pour l’emporter en 2017, il ne faudra pas courir derrière les électeurs du Front National mais qu’il faudra s’allier, si ce n’est s’unir avec les centristes.

Sarkozy ne semble toujours pas avoir compris qu’il ne pouvait plus désormais récupérer les voix de Marine Le Pen ni pour le premier tour ni pour le second. Tout simplement parce que le vote FN n’est plus un vote de rejet mais est devenu un vote d’adhésion et qu’avec nettement plus de 20 % au premier tour la patronne du Front National sera, selon toute probabilité, en tête au premier tour et donc présente au second tour.

Pour qu’il soit face à elle à ce second tour, le candidat de la droite devra avoir battu le candidat de la gauche (Hollande, Valls ou un autre) et donc avoir, dès le premier tour, rassemblé la droite traditionnelle et une bonne partie du centre qui, il ne faut jamais l’oublier, a toujours recueilli entre 10 et 15% des voix.

Si, par sa droitisation, Sarkozy oblige les électeurs centristes à voter pour un Lagarde ou un Morin, voire un Bayrou, il sera pris entre une Marine Le Pen à 22% et un candidat centriste à 12% ce qui pourrait le faire plafonner à 18% et donc risquerait de le faire devancer par le candidat de la gauche.

C’est moins la morale que l’arithmétique qui condamne la droitisation de Sarkozy.

Tout se jouera, bien sûr, lors de la primaire de la droite pour peu qu’elle soit vraiment « ouverte ». Les électeurs du centre choisiront évidemment Juppé. Mais les autres ? Préféreront ils un Sarkozy à la tête d’une nouvelle UMP dont il aura changé le nom et qu’il aura conduite sur les plates-bandes du Front National, en multipliant sans doute les dérapages, à coups de karcher et de « pauv’con », ou un Juppé sachant mélanger ce qui reste du gaullisme à ce qui reste de la démocratie chrétienne et du radicalisme de bon aloi ?

Tout dépendra sans doute des sondages. Si Juppé continue à être en tête, il est vraisemblable que les électeurs de droite préféreront jouer le vainqueur…

Pendant ce temps Marine Le Pen évoque une « grande alliance patriote » avec les électeurs de Dupont-Aignan, de Jean-Pierre Chevènement et de Philippe de Villiers et Hollande continue à dégringoler dans les sondages, à se faite huer par les ouvriers à Florange et à se faire trainer dans la boue par Valérie Trierweiler..