On a beaucoup reproché à François Hollande d’avoir passé les premiers mois de son mandat à défaire systématiquement tout ce qu’avait fait Nicolas Sarkozy. Il est vrai que sa campagne avait été basée sur l’anti-sarkozisme le plus primaire et que cela lui avait réussi puisqu’il a été élu uniquement parce que les Français rejetaient Sarkozy qu’ils ne supportaient plus.

Or, cette semaine, de meeting en meeting, Sarkozy a déjà annoncé qu’il abrogerait la loi Taubira, qu’il abrogerait la loi sur les rythmes scolaires et qu’il abrogerait la nouvelle carte des régions que vient d’adopter l’Assemblée nationale.

Autant dire que Sarkozy qui est en campagne pour la présidence de l’UMP mais aussi pour la primaire de la droite et donc pour la présidentielle de 2017 entend faire exactement la même chose que François Hollande, c’est-à-dire détruire systématiquement le peu qu’avait fait son prédécesseur. Hollande avait joué (et gagné) en jouant à fond l’anti-sarkozisme, Sarkozy espère gagner en jouant à fond l’anti-hollandisme.

Certaines trouveront, sans doute, normal que l’alternance conduise à ce petit jeu, que la gauche efface rageusement tout ce qu’a pu faire la droite et que la droite, revenant au pouvoir grâce à la règle désormais instaurée de la bascule, en fasse autant à son tour.

Pendant longtemps, la France avançait tant bien que mal en faisant un pas à droite puis un pas à gauche. Maintenant, elle fait du surplace avec un pas en avant puis un pas en arrière.

Ce système, particulièrement absurde, a évidemment un avantage considérable pour tous les protagonistes. Il leur permet de ne plus avoir à faire le moindre effort d’imagination puisqu’il leur suffit désormais de tirer à vue sur l’autre sans avoir quoi que ce soit à proposer.

Sarkozy qu’on avait connu plus inventif ne propose pour l’instant rien de nouveau. Il abroge, il abroge.

On aurait aimé qu’il nous présente un vrai programme avec notamment des précisions sur le statut qu’il compte accorder aux couples homosexuels, sur sa réforme du calendrier scolaire, sur son découpage de nos régions. Mais non, rien. Il abroge.

Très curieusement d’ailleurs, pour l’instant, il se contente d’abroger des textes qui, s’ils ont effectivement créé la polémique et divisé les Français, ne sont tout de même pas au cœur des vrais problèmes du pays. Ce ne sont ni le sort réservé aux homosexuels, ni le temps perdu par nos enfants, ni la réduction du nombre de nos régions qui règleront le drame du chômage, redonneront un minimum de compétitivité à nos entreprises et sortiront les Français de la précarité.

On aurait préféré, par exemple, qu’il nous annonce l’abrogation des 35 heures (comme il nous l’a promis depuis des années), celle de la retraite à 60 ans (qui survit malgré toutes les promesses), celle d’une bonne moitié du Code du Travail (qui fait crever notre économie) et celle de toutes les lois liberticides, à commencer par la loi Gayssot.

Mais il y a sûrement des abrogations plus difficiles que d’autres et même pour abroger il faut parfois avoir du courage…