Tous les commentateurs sont, pour une fois, pratiquement d’accord. Hollande a été nul, jeudi soir, tout au long de sa « grande » émission de mi-mandat. Il n’a pas su « briser l’armure », contrairement à ce que ses amis nous avaient annoncé à grands renforts de fausses confidences, il a été incapable d’effacer les effets dévastateurs du livre de son ancienne compagne, Valérie Trierweiler, qui nous avait appris à quel point il méprisait souverainement les petites gens et les pauvres qu’il appelait même « les sans dents », il n’a pas pu nous expliquer tous les échecs de ses deux premières années et demie de « pouvoir » (les guillemets s’imposent d’eux-mêmes) et, pire encore, il n’a strictement rien annoncé de nouveau pour les deux années et demie qui lui restent, en principe, à faire.

Entre 8 et 10 millions de téléspectateurs l’ont regardé, ce qui prouve que les Français attendaient tout de même quelque chose, même si nombreux étaient, sans doute, ceux qui, avec une sorte de sadisme, voulaient voir comment il continuerait à s’enfoncer. Mais 78% de ceux qui l’ont vu et entendu n’ont pas été convaincus par sa prestation. On les comprend. Et on aimerait demander aux 22% restants ce qu’ils ont bien pu retenir de ces deux heures d’horloge qui furent, en plus, souverainement ennuyeuses.

De tous les commentaires l’un des plus intéressants fut, sans doute, celui de Jérôme Jaffray lors de l’émission « Politiquement show » sur BFM. Après avoir essayé (sans grande conviction) de défendre Hollande, ce brillant politologue (de gauche), sans doute à bout d’arguments, s’est écrié comme pour clouer le bec de tous les autres : « Ce qu’il faut bien admettre c’est que, même s’il arrive demain à zéro opinion favorable dans tous les sondages, François Hollande est et restera président de la République jusqu’en 2017 ».

Toute la question est là, en effet.

Certes, la Constitution (faite par et pour de Gaulle et considérablement amendée, dans le mauvais sens, depuis) protège le chef de l’Etat pendant toute la durée de son mandat. Mais nous sommes, aujourd’hui, dans une situation qu’aucun des constitutionnalistes de 1958 qui, autour de Michel Debré, écrivirent de texte ne pouvait imaginer.

Un président à 12% d’opinions favorables dans les sondages, qui a perdu les alliés de sa majorité présidentielle (les écologistes et l’extrême gauche), qui perd la majorité dans son propre parti (avec les « frondeurs », les amis de Martine Aubry, ceux de Arnaud Montebourg, Hamon et Filippetti), dont le parti va perdre la majorité parlementaire (avec l’élection partielle pour remplacer Moscovici), dont le Premier ministre et le ministre de l’Economie mènent, en francs-tireurs, une politique radicalement opposée à tout ce qu’il avait lui-même promis pour se faire élire, peut-il encore rester au pouvoir ?

La Constitution prévoyait deux échappatoires pour un président dans une situation de blocage : le référendum ou la dissolution. Hollande ne veut ni de l’un ni de l’autre, sachant très bien qu’il serait balayé dans le premier cas et contraint à une cohabitation dure dans le second.

Il a d’ailleurs tort. L’histoire prouve que la cohabitation a permis aux deux présidents qui ont eu à la subir –Mitterrand de 1986 à 1988 (sans parler de celle de 1993 à 1995) et Chirac –de 1997 à 2002- d’être réélus, tout simplement parce que les deux Premiers ministres qu’ils ont eu, l’un et l’autre, à affronter, Chirac pour Mitterrand de 1986 à 1988, et Jospin pour Chirac de 1997 à 2002, ont eu à se coltiner avec toutes les difficultés du pouvoir alors que les deux présidents pouvaient « se la couler douce » pendant ce temps-là à l’Elysée et, après avoir été désavoués cruellement lors des législatives de 1986 ou de 1993, apparaitre soudain comme rassurants, « pères de la nation », « providentiels ».

Il est très vraisemblable que si Hollande décrétait aujourd’hui une dissolution et qu’après le succès de la droite il nommait Sarkozy (ou un autre) à Matignon, il retrouverait toutes ses chances pour être réélu en 2017.

Mais Hollande ne veut pas entendre parler d’une dissolution. Il pense donc qu’il pourra rester dans son bunker élyséen pendant encore deux ans et demi, sans pouvoir faire quoi que ce soit et en regardant par le trou de la serrure Valls se lancer dans une politique résolument « réactionnaire » après avoir plus ou moins constitué une nouvelle majorité avec les centristes de Bayrou et les orphelins de Borloo.

Or, Valls est loin d’avoir formé cette nouvelle majorité de gauche-centre-gauche, voir centre-droit. Et il est évident que s’il continue sur le chemin qu’il a emprunté, la « vraie » gauche derrière Martine Aubry constituera contre lui la pire des oppositions.

Mais la vraie question est ailleurs que dans ces petits jeux de politique politicienne. La vraie question est de savoir si les Français supporteront encore pendant trente longs mois d’avoir un chef d’Etat totalement tétanisé par son impopularité, par l’éclatement de sa majorité, par la dissidence de son Premier ministre et par sa propre médiocrité alors que leur vie quotidienne continue à s’aggraver, avec un chômage de plus en plus catastrophique et des prélèvements de plus en plus insupportables.

Les Bonnets rouges, les Pigeons, les Tondus, les manifestations parfois violentes de salariés jetés à la rue ont prouvé, ces derniers mois, qu’il y avait une atmosphère pré-insurrectionnelle dans le pays. François Hollande qui a regrossi se met à ressembler de plus en plus à Louis XVI et cette bonhomie de bedonnant qui ne comprend rien, ne voit rien, ne fait rien devient intolérable. Les « sans dents » pourraient, un jour prochain, devenir des sans culottes.

Comme Louis XVI, il n’entend pas les grondements du pays. Il est vrai qu’il a sans doute mieux à faire puisque VSD vient de nous apprendre, à la « une » et photos à l’appui, qu’« Avec Julie Gayet c’est reparti » et que maintenant « ça » se passe à l’Elysée même et, en week-end, à la Lanterne…