L’Assemblée Nationale discute aujourd’hui d’une résolution socialiste « invitant le gouvernement à reconnaitre l’Etat palestinien en vue d’obtenir un règlement définitif du conflit »

Cela part, évidemment, d’un bon sentiment. Cela fait plus de soixante ans (depuis la création d’Israël) que ce conflit israélo-palestinien pourrit le Proche-Orient, angoisse les Israéliens, réduit les Palestiniens à une vie misérable et a des répercussions considérables au-delà même de la région puisqu’il est évident que « le drame palestinien » a servi d’alibi et parfois de détonateur à la radicalisation de l’Islam et à l’émergence d’un certain nombre de groupes terroristes qui sévissent de l’Indonésie à la Mauritanie en passant par le Nigéria, le Yémen et le Pakistan.

Cela dit, s’imaginer une seule seconde qu’une reconnaissance par la France de l’Etat palestinien pourrait avoir la moindre influence en faveur d’un règlement de ce conflit est évidemment totalement ridicule. 135 pays sur les 193 que compte l’ONU ont déjà reconnu l’Etat palestinien y compris, en Europe, la Grande-Bretagne, l’Espagne, l’Irlande et la Suède sans que cela ait eu la moindre importance et ait contraint les protagonistes israéliens et palestiniens à se rassoir autour d’une table de négociations.

Il faut être lucide. Tout a commencé par une erreur, celle de Théodore Herzl et des pères du sionisme qui voulaient « donner une terre sans peuple à un peuple sans terre » et qui ignoraient ou voulaient ignorer que cette terre, sainte pour les uns et promise pour les autres, était déjà peuplée… par les Palestiniens.

Voulant obtenir les bonnes grâces de la communauté juive européenne, les alliés de la guerre de 14 accordèrent la Palestine, alors sous domination de l’ennemi ottoman, à un « foyer » juif. Ce fut la fameuse Déclaration Balfour qui n’aurait jamais eu de suite sans le drame de la Shoah. L’Occident tenta de se faire pardonner sa responsabilité dans l’extermination des juifs par Hitler en offrant aux survivants la création de l’Etat d’Israël.

Depuis, qu’on le veuille ou non, il y a « un peuple de trop » sur ce « lopin de terre » car on oublie souvent qu’Israël et les territoires palestiniens sont à peine plus grands que le département des Landes.

Mais toutes les guerres, même celles de cent ans, finissent toujours par se terminer et chacun sait qu’ « un jour » il y aura un Etat d’Israël et un Etat palestinien qui, côte à côte, cohabiteront, coopéreront, fraterniseront. Quand ? Quand ces sémites, fils d’Abraham, auront renoncé à la peur et à la haine.

Aujourd’hui, les Israéliens ont toujours peur des Palestiniens, des Arabes, des terroristes qui, pensent-ils, veulent encore les jeter à la mer et les Palestiniens haïssent toujours les Israéliens qui continuent à leur voler leurs terres en édifiant des nouvelles colonies.

Les Israéliens font capoter toutes les tentatives de discussions car ils savent que les Palestiniens mettent un certain nombre de préalables inacceptables pour eux, que ce soit le statut de Jérusalem ou le retour de tous les réfugiés.

Mais les uns et les autres savent aussi que cette situation ne pourra pas durer éternellement. Les Israéliens qui ne sont plus des survivants de la Shoah, immigrés des ghettos européens, mais des « natifs » de cette terre voudraient vivre en paix avec leurs voisins et sont de plus en plus nombreux à être prêts à échanger « des terre contre la paix ». Les Palestiniens qui en sont à la troisième génération de réfugiés voudraient sortir de leurs camps et reconnaissent l’existence d’Israël qu’ils n’appellent plus « la colonie sioniste de Palestine ».

Aujourd’hui, ce sont les extrémistes qui sont au pouvoir des deux côtés, Benjamin Netanyahu en Israël, le Hamas à Gaza. On est loin de Yasser Arafat, Shimon Pérès et Yitzhak Rabin qui reçurent ensemble le Prix Nobel de la Paix en 1994. Mais ce sont parfois les extrémistes qui peuvent faire avancer la paix sans risquer d’être accusés de trahir les leurs. Anouar Sadate et Menahem Begin étaient des « durs » et ils réconcilièrent l’Egypte et Israël avant de recevoir, eux aussi, le Nobel de la Paix, en 1978. Il est vrai que tous ces Nobel avaient autrement plus d’envergure que Netanyahu et les dirigeants du Hamas.

Bref, nos députés vont jouer à la mouche du coche et leur vote qui n’aura rien de « contraignant » sera sans la moindre importance même si Laurent Fabius, ami pourtant inconditionnel d’Israël, semble l’avoir déjà approuvé.

C’est désolant mais il faut bien constater que la voix de la France (de François Hollande) n’a pas le moindre écho. Elle n’aura pas plus d’effet que celle des 135 autres pays qui ont déjà reconnu l’Etat palestinien.

Aujourd’hui, il n’y a plus que les Etats-Unis qui peuvent imposer leur volonté. Or, Obama est aphone. Ce n’est pas en cette fin de second mandat un peu pitoyable qu’il va oser contrarier l’électorat juif américain qu’on appelle « la 51ème étoile du drapeau américain ».

Cela dit, il est évident qu’il faut reconnaitre l’Etat palestinien pour la simple et bonne raison qu’il ne s’agit que de reconnaitre une réalité…