Manuel Valls commence à sortir du bois. A dire vrai, il avait déjà, depuis longtemps, montré le bout de son nez. Et on en vient à se demander si ce type ne serait pas beaucoup plus… sarkoziste (ou sarkozien ?) que socialiste. En clair qu’il n’aurait aucune idéologie, qu’il se voudrait simplement pragmatique, qu’il serait prêt à briser tous les tabous, à trahir tous ses amis pour s’emparer du pouvoir, avec la ferme conviction qu’il y ferait des merveilles, sauverait la France et inscrirait son nom en lettres d’or dans l’histoire du pays.

Il est maintenant évident pour tout le monde que « le petit Catalan » a pris tous les pouvoirs et a relégué le malheureux François Hollande dans le rôle de simple potiche, tel un président de la IVème République. Et quand on y regarde d’un peu près, on s’aperçoit que, sans que ses propres ministres, sa propre majorité, son propre parti, ni même l’opinion ne s’en soient vraiment aperçus, il a effectué le plus fabuleux des virages de l’histoire du socialisme depuis sa création.

Non seulement ce Premier ministre, dit « de gauche », aime les patrons, l’entreprise, et « le business », comme il l’a proclamé avec insistance devant le Medef, à Berlin et à la City, mais, mieux ou pire encore, il n’hésite plus à s’attaquer au fonds de commerce de la « boutique » de Jaurès, Blum, Mitterrand et Cie.

Au nom des économies indispensables à faire, Valls remet aujourd’hui discrètement en cause à la fois notre système d’allocations chômage et notre système d’allocations familiales, deux systèmes qui symbolisaient plus que tout « l’exception française » à la sauce socialiste.

Comme l’avait annoncé, avant de faire un peu marche-arrière, le ministre du Travail, François Rebsamen, ce gouvernement socialiste, répétons-le, va se lancer dans la chasse aux faux chômeurs, aux chômeurs paresseux, aux tire-au-flanc de tous poils. Sur le fond, il n’y a rien à dire. Mais, si la droite avait osé formuler une telle idée, elle aurait immédiatement été accusée par la gauche et tous les syndicats de vouloir « stigmatiser » les chômeurs. Il est clair aussi que la réduction des allocations chômage elles-mêmes et leur durée ne sont plus seulement dans les tiroirs, mais maintenant dans les tuyaux.

En même temps, Valls va, de toute évidence, tenter de soumettre les allocations familiales au revenu des bénéficiaires. C’est totalement, contraire à toutes nos traditions qui veulent que les familles françaises soient toutes traitées de la même façon, quel que soit leur revenu, puisqu’il s’agit d’encourager toutes les familles, riches ou pauvres, à avoir des enfants. Là encore, sur le fond, l’idée n’a rien de scandaleux. La gauche s’indignera d’ailleurs sûrement moins d’un tel projet puisqu’en réalité ce seront les familles les plus favorisées qui en seront les premières victimes. Mais il n’en reste pas moins que ce sera mettre à mal un « droit acquis » de longue date et même un principe fondamental.

Si on ajoute que les patrons d’université, généralement de gauche, constatant le taux d’échec de leurs étudiants, se mettent aujourd’hui à évoquer « la sélection » -autre tabou de la gauche- on s’aperçoit que depuis quelques semaines, en fait depuis que Valls est au pouvoir, des pans entiers de la citadelle socialiste s’effondrent, les uns après les autres.

On ne peut, bien sûr, que s’en réjouir. Mais « le petit Catalan » va-t-il pouvoir mener sa trahison jusqu’au bout ? Il n’y a aucun doute que les « frondeurs » vont se réveiller et passer de la prudente abstention à la franche opposition, a fortiori si Montebourg et Hamon les rejoignent et surtout si Martine Aubry prend leur tête comme elle en rêve depuis deux ans du haut de son beffroi lillois.

Mais que vont faire des députés socialistes « de base » ? Ils ont le choix entre la mort ou la trahison. S’ils veulent être fidèles à leurs engagements de 2012, ils torpillent Valls et savent qu’ils vont à l’abattoir. S’ils acceptent de suivre Valls dans cette gigantesque volte-face et trahissent donc leurs électeurs, ils vont aussi à la mort… à moins que –et c’est là tout le calcul audacieux du Premier ministre- les Français aient, eux aussi, compris qu’il fallait désormais aimer les patrons et qu’au milieu de notre champ de ruines l’exception française n’était plus viable.

En tous les cas, le premier tour de la présidentielle de 2017 qui, sauf incident de parcours de l’un ou de l’autre, mettra face-à-face Sarkozy et Valls sera passionnant à suivre. Jamais l’UMP (même si elle aura changé de nom) et le PS (version Valls) ne se seront autant ressemblés. Peut-être une chance pour celle qui a toujours fustigé l’UMPS…