La mort d’un jeune homme de 21 ans, Rémi Fraisse, tué par « une explosion » au cours d’une manifestation contre la construction d’un barrage à Sivens, dans le Tarn, a provoqué de nouvelles manifestations, parfois violentes, un peu partout en France et une polémique qui prend de l’ampleur à Paris.

L’enquête n’a pas encore démontré formellement si la grenade, sans doute à l’origine de l’explosion mortelle, avait été lancée par un gendarme (ce qui semble le plus vraisemblable) ou par un manifestant, mais les écologistes accusent déjà les forces de l’ordre d’avoir utilisé des moyens « disproportionnés » pour faire face aux « débordements » provoqués par les adversaires du barrage contesté alors que Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, qui n’aurait évidemment pas dû prendre la parole avant les résultats de l’enquête menée par le procureur d’Albi, rappelle bien maladroitement que les gendarmes et les CRS sont actuellement victimes de violences inacceptables, comme s’il voulait déjà excuser ses hommes pour cette « bavure ». Et, naturellement, tout notre petit personnel politique se croit obligé de commenter ce fait divers tragique, les uns accusant les écologistes d’irresponsabilité, les autres accusant le régime d’être responsable de toutes ces violences.

Il est évident que depuis des années –en fait depuis l’affaire du Larzac- les écologistes « purs et durs » constituent l’essentiel des « troupes » qui manifestent violement et s’en prennent aux forces de l’ordre. Ils ont remplacé les communistes, les trotskistes et les militants des groupuscules d’extrême-droite qui autrefois aimaient « casser du flic ». Il est évident aussi que, comme ceux-là jadis, ils attirent les voyous en tous genres toujours prêts à en découdre et ravis de pouvoir, en toute impunité, détruire des abribus, incendier des voitures et piller des magasins.

Les pouvoirs politiques, de droite comme de gauche, n’ont toujours pas compris à qui ils avaient affaire. Il est vrai que les militants écologistes sont inclassables. Ils se disent, bien sûr, de gauche, voire d’extrême gauche mais défendent pourtant, sans doute sans même le savoir, les thèses lancées jadis par… Pétain lui-même qui souhaitait un retour à « la terre qui, elle, ne ment pas ».

Se prétendant progressistes, ils sont résolument réactionnaires au sens le plus exact du terme et adversaires de tout progrès qui, selon eux, met en péril la planète. Ils jouent sur toutes les peurs –peur de l’atome, de la pollution, de la fonte des pôles, de la disparition de la couche d’ozone, etc.- et prônent -sans se rendre compte de leur ridicule- le retour à la lampe à huile et à la marine à voile, souhaitant même la « décroissance », alors que la moitié de l’humanité crève encore de faim.

Personne ne conteste que le XXème siècle, dans sa soif de croissance, de productivité, ait poussé les hommes à jouer aux apprentis sorciers et que nous ayons fait avancer le désert dans le Sahel, reculer la forêt en Amazonie et pourri l’atmosphère dans nos grandes villes. Mais récuser l’atome en évoquant Hiroshima ou Fukushima ou refuser l’expérimentation du gaz de schiste sous prétexte « qu’on ne sait pas » est évidemment absurde.

Certes, les écologistes savent se mobiliser sur des thèmes « porteurs ». L’aéroport de Notre-Dame des Landes n’est qu’une lubie de Jean-Marc Ayrault qui ne s’appuie sur aucune étude économique sérieuse, la centrale de Fessenheim commence à être très fatiguée et donc, peut-être, dangereuse, la ferme des 1.000 vaches semble totalement délirante et tout le monde dit que ce barrage de Sivens, dans le Tarn, est absurde.

Mais il suffit d’écouter et d’observer d’un peu près ces « gauchistes réactionnaires », intégristes de l’écologie, qui mélangent Pétain et mai 68 pour s’apercevoir qu’en réalité ils contestent moins les aéroports, les barrages, les centrales nucléaires que notre société elle-même qui les a exclus.

Et c’est en cela que le phénomène actuel est à la fois révélateur et terriblement inquiétant. Ces jeunes qui s’insurgent contre un barrage peut-être inutile s’insurgent, en réalité, contre un système qui les a jetés, dès leur sortie de l’école où ils n’avaient rien pu apprendre, dans le chômage à vie, leur interdisant tout autre espoir que d’être des marginaux à tout jamais plus ou moins assistés. Ils ne peuvent plus croire ni en la politique, ni en l’action syndicale, ni en la méritocratie, ni, bien sûr en la famille ou en l’église et, à leurs yeux, le progrès dont se targuent nos classes dirigeantes (elles-mêmes en décomposition) ne fait que creuser davantage encore les inégalités dont ils sont les premières victimes.

Or ces jeunes sans espoir sont des plus en plus nombreux et ces « jacqueries » vont, de toute évidence, se multiplier en prenant les prétextes les plus divers.

La mort du jeune Rémi Fraisse, et quelles qu’aient été les circonstances exactes de ce drame, restera sans doute comme une étape de plus dans la cassure de notre société.