Le budget a toujours été l’épreuve de vérité qui permet de juger une équipe au pouvoir. Celui de 2015 dont l’Assemblée Nationale commence aujourd’hui à débattre est particulièrement révélateur du « hollandisme » dans toute sa splendeur. Il est à la fois « bidon » et incohérent.

« Bidon », parce qu’il est basé sur une croissance à 1% alors que tout le monde, à commencer par Hollande et Valls eux-mêmes, sait que la croissance ne dépassera pas les 0,2/0,3% l’année prochaine. Incohérent, parce qu’il prétend être marqué à la fois par une baisse des impôts pour les Français, des économies massives réalisées par le gouvernement et une réduction du déficit pour plaire à Bruxelles et aux créanciers de la République. C’est le beurre, l’argent du beurre et la crémière !

Pourquoi mentir ainsi sur la croissance ? Mais surtout pourquoi prendre les Français, la Commission européenne et le monde de la finance internationale pour des imbéciles qui pourraient gober de telles balivernes.

Certes, on peut toujours rêver d’une soudaine reprise de l’économie mondiale dont la France, à quatre pattes, récolterait quelques miettes sur le tapis. Mais les rêveurs n’ont pas leur place à la tête d’un pays.

D’autre part, quand on baisse les impôts, c’est-à-dire les recettes, on ne peut pas réduire les déficits, même si on tente de faire des économies.

Hollande et Valls suppriment la première tranche de l’impôt sur le revenu. C’est très gentil pour les 6 millions de contribuables qui en bénéficieront. Mais cela va tout de même coûter 3,2 milliards. Et cette perte ne sera compensée ni par l’augmentation du diesel de 2 centimes par litre ni par l’augmentation de la redevance audiovisuelle, car il y a tout de même des augmentations.

Valls promet 21 milliards d’économies. Où va-t-il les faire ? La rapporteuse ( ?) générale du budget, la socialiste Valérie Rabault (un nom qui ne s’invente pas quand il s’agit de raboter un budget) annonce des coupes de 3,7 milliards dans les aides aux collectivités locales. Cela sera parfaitement intolérable pour les collectivités en question qui ont vu leurs compétences et donc leurs dépenses augmenter considérablement ces derniers temps et qui sont en première ligne dans la lutte contre la pauvreté et le chômage. Elles vont donc… augmenter les impôts locaux ce qui rendra la baisse d’impôt dont se vante le gouvernement purement symbolique. Moins d’impôts « nationaux », davantage d’impôts locaux. Les Français et notamment les classes moyennes qui seront, une fois encore, les premières à trinquer, commencent à en avoir l’habitude.

Hollande et Valls font, comme toujours, du funambulisme en tentant de garder l’équilibre entre leur gauche (les frondeurs, les écolos, le front de gauche, la gauche du PS et même les radicaux) qui s’indigne de cette politique d’austérité qui tue les espoirs de croissance et Bruxelles qui commence à en avoir assez de cette France qui ne tient aucun de ses engagements et refuse de faire les moindres réformes de structures.

Hollande et Valls sont convaincus que les frondeurs et tous leurs petits copains finiront pas voter ce budget comme un seul homme non pas parce que Valls brandira le 49,3 mais parce qu’il lui suffira d’évoquer d’un mot la menace d’une dissolution. Et ils sont tout aussi persuadés que la Commission européenne n’osera jamais retoquer ce budget et condamner la France, même si notre déficit sera sans doute en 2015 encore supérieur au 4,3% du PIB qu’annonce, avec optimisme, ce budget.

Ils ont sans doute raison. Les godillots marchent toujours au pas quand ils commencent à entendre les balles siffler à leurs oreilles et on peut penser qu’à Bruxelles Moscovici saura faire comprendre à ses pairs que ce n’est vraiment pas le moment d’aviver les sentiments anti-européens ambiants, sauf à vouloir à tout prix apporter de l’eau au moulin de Marine Le Pen.

Bref, en menaçant l’Assemblée d’une dissolution et Bruxelles d’un nouveau succès de l’extrême droite, Hollande et Valls peuvent continuer à avancer sur leur fil de funambule… sans se rendre compte que ce fil a cassé depuis longtemps.

Car tout est là. Le pouvoir est désormais en apesanteur, hors-sol, n’ayant plus les pieds sur terre ni prise sur rien. Pendant deux mois, nos parlementaires vont, dans les nuages, débattre d’un budget construit sur du sable et qui, de toute évidence, ne sera absolument pas respecté. Mais cela leur fera passer le temps.

Comme Hollande qui, aujourd’hui, est allé à Clichy pour se dégourdir les jambes et… « étudier le problème de la pauvreté ». Mais de qui se moque-t-il ? La précarité, la pauvreté et parfois la misère font aujourd’hui des ravages en France et le président de la République éprouve le besoin d’aller voir de ses yeux… les pauvres. A croire que personne dans son entourage ne lui a jamais dit que maintenant 8,2 millions de Français tentaient de survivre sous le seuil de pauvreté (954 €/mois pour une personne seule). On se demande ce qu’il va bien pouvoir leur dire.

Tout cela est surréaliste et, bien sûr, dramatique. Même ceux qui ont voté pour lui ne méritaient pas cela…