Ce matin, tous les commentateurs ou presque sont d’accord pour nous présenter les 500.000 (ou, selon la police, les 70.000) marcheurs de « la manif pour tous » d’hier comme de vieux croutons réactionnaires, des catho traditionnalistes, voire des fascistes honteux qui se battraient contre le mariage pour tous, la gestation pour autrui et la procréation médicalement assistée alors pourtant que la loi Taubira a été adoptée par le Parlement et que le gouvernement a très clairement affirmé et réaffirmé que la GPA et la PMA pour les couples de femmes demeureraient interdites en France.

En clair, ces manifestants n’auraient rien compris et ne sauraient plus quoi inventer pour tenter d’exister et faire parler d’eux. Libération affirme que ces défenseurs de la famille sont des « chasseurs de dahu » qui partent à la recherche d’un animal qui n’existe pas.

Or les « dahus » en question existent parfaitement. D’abord, à propos du mariage des homosexuels, parce que toute loi adoptée par le Parlement peut parfaitement être abrogée par toute nouvelle majorité. Certes, l’opposition actuelle bafouille sur ce sujet, comme sur tant d’autres, et rares sont ceux qui osent parler d’une abrogation. Mais rien n’interdira à la future majorité de droite d’amender cette loi Taubira et d’instaurer, à la place de ce mariage pour tous, une « union civile » qui donnera aux homosexuels les mêmes droits qu’aux autres sans violer pour autant la langue française (pour laquelle un mariage est l’union de deux différences) ni « cliver » notre société qui n’en a vraiment pas besoin. Le débat n’est donc pas clos.

Quant aux engagements de Manuel Valls sur la GPA et à la PMA pour les couples de femmes, tout Français est parfaitement en droit de mettre en doute la parole du Premier ministre. Ce ne serait pas la première fois qu’un chef du gouvernement nous raconterait des balivernes pour tenter d’apaiser la colère du peuple.

Cela dit, et c’est en cela que la manif pour tous est importante –et redoutable pour François Hollande- ces centaines de milliers de marcheurs ne protestent pas seulement contre le mariage des homosexuels, la GPA ou la PMA. Ils s’indignent aussi de toutes les remises en cause de la politique de la famille que le gouvernement vient de faire passer discrètement dans le cadre de ses mesures d’économie. Ces « réactionnaires » se battent pour la sauvegarde de ce qu’il faut bien appeler des « acquis sociaux » essentiels du « système français ». On peut donc difficilement les qualifier de « réactionnaires » sauf à traiter de « réactionnaires » tous ceux qui se battent pour les 35 heures ou la retraite à 60 ans.

Mais en fait, ces foules dans lesquelles on voyait des jeunes et des moins jeunes, des riches et des pauvres, des bourgeois et des « gens du peuple », étaient surtout descendues dans la rue pour exprimer le gigantesque ras-le-bol qu’elles ressentent à l’égard du président de la République et de ce gouvernement qui ne savent qu’augmenter les impôts et les charges tout en étant totalement incapables de s’attaquer au chômage, aux déficits, à la déliquescence de l’Etat et à la dégringolade de la France qui sombre dans toutes les crises.

Pire encore, en manifestant ainsi, ce qui n’était pourtant pas dans leurs habitudes, ces Français disaient aussi leur mécontentement à ceux qui nous servent d’opposition et qui en sont encore à s’entredéchirer pour savoir lequel d’entre eux pourra s’asseoir dans le trône déjà vacant.

N’ayant plus d’espoir dans une alternative crédible ni même de porte-paroles pour clamer leur indignation, les Français en sont arrivés à devoir descendre dans la rue. L’avertissement valait donc aussi bien pour ce pseudo gouvernement que pour cette pseudo opposition.

Il faut toujours se méfier d’un peuple qui se réveille, même lentement…