On nous avait raconté que les terroristes djihadistes de l’Etat Islamique d’Irak et du Levant (qu’on appelle maintenant « Daech ») n’étaient qu’une horde de sauvages terrifiant et massacrant les populations et qu’ils allaient être écrabouillés, vite fait bien fait, par les chasseurs-bombardiers américains et, accessoirement, nos Rafales avant d’être exterminés jusqu’au dernier par l’armée irakienne que la coalition allait réarmer et les peshmergas kurdes, guerriers invincibles dans leurs montagnes.

Les jours ont passé, les terroristes ont pris l’habitude de décapiter un de leurs otages chaque semaine et on apprend que, malgré l’indignation internationale, la mobilisation de nos états-majors, les raids de nuit et désormais aussi de jour de l’US Air Force et de nos quelques Rafales, ces djihadistes avancent inexorablement, gagnent partout du terrain, s’approchant, au sud, de Bagdad et contrôlant, au nord, une grande partie de la frontière entre la Syrie et la Turquie.

Il serait peut-être temps d’ouvrir les yeux et que nos dirigeants arrêtent de nous mentir sans vergogne.

La « horde de sauvages » est, en fait, une armée parfaitement organisée, entrainée et armée. C’est tout simplement l’ancienne armée de Saddam Hussein reconstituée, des hommes que les Américains ont renvoyés dans leurs foyers et que le gouvernement fantoche de Bagdad (composé uniquement de Chiites) a persécutés car, bien sûr, les soldats de Saddam Hussein étaient des Sunnites, comme lui.

Ces « demi-soldes » pratiquent, au nom d’Allah, la terreur et la politique de la terre brûlée comme ils pratiquaient autrefois, au nom de la laïcité prônée par le baassisme de Saddam Hussein, la terreur et la politique de la terre brûlée. C’était déjà contre les Kurdes (et les Chiites) que ces hommes utilisaient les gaz et le napalm.

Il n’y a rien de très nouveau dans l’horreur et il est évident que les Américains ont fait une erreur stupéfiante en laissant dans la nature les troupes de choc de Saddam Hussein (qui sont parties avec leur arsenal) et en installant à Bagdad un régime chiite qui ne pouvait que provoquer une guerre de religion. Précisons d’ailleurs que ces « sauvages » avaient été entrainés et armés par les Américains à l’époque où Saddam Hussein faisait la guerre à l’Iran de l’ayatollah.

On nous dit aussi que ces hordes massacrent les populations et il est vrai que ceux qui ont pu fuir font des récits épouvantables. Mais il faut remarquer que ces survivants qui se sont réfugiés en Turquie sont tous des Kurdes ou des membres des minorités religieuses de la région. Les troupes de l’Etat Islamique sont, évidemment, bien accueillies par les Sunnites de tout le nord de l’Irak ainsi d’ailleurs que par les Sunnites de l’est de la Syrie, les uns ne supportant pas le régime chiite de Bagdad, les autres détestant le régime allaouite de Damas.

On nous raconte aussi que l’ensemble du monde arabe et la Turquie ont rejoint la coalition. Or, à part Damas, les grandes capitales du monde arabe du Proche-Orient sont sunnites, en conflit permanent contre l’Iran chiite et soutiennent évidemment l’Etat Islamique qui se bat contre le pouvoir chiite de Bagdad et alaouite de Damas. Quant à la Turquie, membre de l’OTAN et fidèle allié des Etats-Unis, si elle ne pouvait pas ne pas faire un geste, le régime islamique d’Erdogan préfère évidemment ces terroristes islamistes aux Kurdes qui depuis des décennies sont l’ennemi de l’intérieur le plus redoutable des Turcs. Il serait absurde d’attendre une aide sérieuse des Turcs contre l’Etat Islamiste et en faveur des Kurdes.

Enfin et c’est bien sûr l’essentiel, si jamais cette coalition hétéroclite veut réellement venir à bout de cet Etat Islamique, elle va devoir envoyer des troupes au sol. Tous les militaires le savent et toutes les expériences passées l’ont démontré, l’aviation, les raids en piqué, les tapis de bombes n’ont jamais permis de gagner une guerre. Il faut toujours envoyer l’infanterie.

Actuellement, Obama et Hollande nous racontent que ce sont l’armée irakienne et les peshmergas kurdes qui vont faire le travail au sol. Or, l’armée irakienne n’existe pas puisque c’est elle qui constitue l’essentiel des troupes de l’Etat Islamique. Quant aux peshmergas, s’ils sont effectivement de redoutables guerriers pour défendre leurs villages perdus dans leurs montagnes, ils n’ont jamais pu former une armée classique capable de repousser un ennemi dans le désert.

En clair, la guerre que cette coalition a déclarée à Daech repose sur cinq mensonges et veut ignorer quelques réalités : 1) Les « sauvages » sont, en réalité, l’une des meilleures armées du Proche-Orient, 2) Ces djihadistes sont « comme des poissons dans l’eau » au milieu de la population sunnite des territoires dont ils s’emparent, 3) La coalition est totalement incohérente puisqu’on trouve en son sein tous les états sunnites qui soutiennent l’Etat Islamique (Arabie saoudite, Qatar, Koweit, etc .), 4) Jamais la Turquie ne participera vraiment à cette coalition car le régime islamique d’Ankara préfère évidemment l’Etat Islamique aux Kurdes auxquels il a toujours fait la guerre, 5) Il faudra évidemment envoyer des troupes au sol, l’armée de Bagdad étant totalement inexistante.

Il est bien dommage que Ségolène Royal ne soit pas ministre de la Défense. Elle aurait sûrement eu la sagesse de jeter l’éponge…