On nous accordera que nous n’avons, ici, jamais fait preuve d’une enthousiasme débordant pour Benoit Hamon, cet hurluberlu gauchiste et analphabète que François Hollande avait nommé ministre de l’Education Nationale dans un moment d’inconscience totale.

Cela dit, un minimum d’honnêteté nous oblige à dire aujourd’hui que, depuis qu’il s’est fait virer comme un mal propre du gouvernement, Benoit Hamon fait preuve d’une évidente lucidité.

Ce matin, sur RFI, Hamon a froidement déclaré que la politique actuelle de l’exécutif était « une menace pour la République » et qu’elle menait « vers un immense désastre démocratique en 2017 ». Jamais ni Sarkozy, ni Fillon ni aucun autre responsable de l’opposition n’avaient osé dire que François Hollande « menaçait la République » et « conduisait à un immense désastre démocratique ».

Il va sans dire que Benoit Hamon n’est pas plus aujourd’hui qu’hier un génie de la politique et que ce qu’il dit désormais par rancœur en crachant dans la soupe dont il se gobergeait hier n’a guère d’importance. Mais il est tout de même intéressant de voir à quel point les rats quittent le navire en perdition.

39 députés socialistes (dont trois anciens ministres, Filippetti, Hamon et Batho) et 16 députés écologistes se sont abstenus au lors du vote de la première partie du budget, les recettes. Les « frondeurs » font donc des petits et la majorité se rétrécie d’autant. Cette première partie du budget n’a été approuvée que par 266 voix « pour » et 245 « contre ».

Il est évident que le retour sur le devant de la scène de Martine Aubry qui, elle aussi, exige un changement radical de cap économique, est un apport de poids pour la fronde. L’opposition « interne » commence à se mettre en rangs derrière « la madone des 35 heures », Hamon, Duflot, Montebourg et sa nouvelle compagne Filippetti.

Ils peuvent devenir relativement redoutables pour Hollande et plus encore pour le couple Valls-Macron. En revendiquant haut et fort leur socialisme pur et dur, ils peuvent fustiger à plaisir ce pouvoir qui, après s’être dit « social-démocrate », s’est présenté, avec l’arrivée de Valls à Matignon, comme « social-libéral », puis, avec celle de Macron à Bercy, est devenu carrément « libéral ». Il leur suffira de ressortir le discours-fondateur du Bourget pour accuser Hollande et les siens de « haute trahison ».

Mais que « pèsent » réellement les troupes de Martine Aubry ? Un sondage BVA pour 20 Minutes affirme aujourd’hui que 47% seulement des Français estiment que Martine Aubry « ferait mieux que François Hollande » et 59% des Français ont « une mauvaise opinion » d’elle. Elle a donc raison quand elle prétend ne pas vouloir être « un recours ».

En fait, mis à part le microcosme politico-médiatique qui se lèche déjà les babines en imaginant les coups de poignard, de revolver, de bazooka et de canon lourd que Martine Aubry va tirer contre Hollande, Valls et les autres, plus personne ne veut entendre parler de « la dame des 35 heures ». C’est une revenante d’un autre siècle.

Du haut de son beffroi lillois, Martine Aubry n’a pas compris qu’après deux ans et demi de « hollandisme », les Français ne voulaient plus de socialisme, à n’importe quelle sauce, hollandaise ou autre. Or, elle revient avec ses gros sabots et elle leur propose, comme seule solution, davantage de socialisme, un retour à l’époque de Jospin en 1997, ou mieux encore à celle de Mitterrand en 1981. Comme les émigrés de Coblence, elle n’a rien oublié, rien appris, rien compris.

Il faut d’ailleurs noter que, curieusement, notre tréteau politique ressemble aujourd’hui au Musée Grévin avec ses personnages de cire poussiéreux : un Sarkozy de 2007, un Juppé de 1995, une Martine Aubry de 1997. Seuls, Valls et Macron ont l’air d’être de notre siècle. C’est un petit avantage. Même si, en effet, « ils menacent la République » et « conduisent le pays vers un immense désastre démocratique »…