Le Canard enchainé qui a ses sources à Bercy révèle, cette semaine, que 60 parlementaires ont actuellement des « problèmes » avec l’administration fiscale. En clair, ces élus du peuple qui font nos lois ont triché sur leurs différentes déclarations pour essayer de voler (c’est le mot) l’Etat et se sont fait pincer comme de vulgaires Cahuzac ou de pauvres Thévenoud.

On dira que 60 voleurs sur 577 députés et 348 sénateurs, c’est-à-dire sur 925 parlementaires, ce n’est pas beaucoup. Cela ne fait jamais que 6,5%. Si, hypothèse d’école, on se sert de ce même pourcentage pour l’ensemble des 37 millions de foyers fiscaux cela ne ferait que… 2,4 millions voleurs. Il est vrai qu’il n’y a que 19 millions de contribuables qui paient l’impôt. Si on se limite à eux, avec toujours ces 6,5%, cela ne fait plus que que… 1.235.000 voleurs. Pas de quoi fouetter un chat…

Mais on peut aussi, naturellement, se demander si cette soixantaine de parlementaires repérés ne sont pas « les maladroits de la bande » car rien ne dit que les 865 autres parlementaires aient vraiment, tous, tout déclaré au fisc et soient parfaitement blanc-bleu.

La liste complète des 60 voleurs-fraudeurs n’a pas encore été révélée mais on a déjà quelques noms et il y en a un qui retient tout particulièrement l’attention. Celui de Philippe Marini.

Marini est sénateur de l’Oise, maire de Compiègne et dignitaire franc-maçon. En principe, il ne devrait pas avoir, comme Thévenoud, d’« allergie administrative » et il devrait même savoir compter puisqu’il a fait l’ENA et surtout qu’au Sénat il a été successivement rapporteur général du Budget, puis président de la Commission des Finances, postes particulièrement importants et qui l’ont, évidemment, mis quotidiennement en contact avec le ministère des Finances et l’administration fiscale.

Or, le dit-Marini a « oublié » de déclarer un bien immobilier « de valeur ». Pour sa défense, l’ancien président de la Commission des Finances qui voulait devenir président du Sénat (il a obtenu dans la primaire UMP… 7 voix, contre Larcher 80 et Raffarin 56) déclare : « Il s’agit d’un bien qui est dans ma famille depuis 1930 et auquel je n’avais pas prêté attention » (sic).

Il est évidemment agréable d’hériter de quelques immeubles anciens bien placés mais n’est-ce pas faire preuve d’une ingratitude coupable à l’égard de ses ancêtres que de ne plus… « y prêter attention ». De qui ce petit bonhomme se moque-t-il ?

Le problème n’est pas de savoir si Marini est gâteux ou amnésique ou les deux à la fois. Il est de savoir de quelle sanction il va maintenant « hériter ».

L’association « Les Contribuables associés » que préside Benoite Taffin et qui se bat, à juste titre, contre « l’oppression fiscale » lance une pétition exigeant l’inéligibilité « à vie » pour tous les élus condamnés. Elle a parfaitement raison. Mis à part l’aspect moral de cette pétition, cela permettrait sûrement de réduire considérablement le nombre de nos parlementaires ce que tout le monde (sauf les parlementaires) réclame. Mais, bien sûr, il faudrait alors que la justice se montre intraitable avec nos élus. Ce qui serait aussi une grande nouveauté. On peut toujours rêver…