Fallait-il décréter trois jours de deuil pour le malheureux Hervé Gourdel assassiné dans des conditions épouvantables par les hommes de la filiale algérienne de l’Etat Islamique ? Sûrement pas.

D’abord, pendant combien de jours mettrons-nous nos drapeaux en berne quand dix, quinze ou vingt soldats français seront tués au Mali, en Irak ou ailleurs ? Ensuite et surtout, en rendant cet hommage appuyé au malheureux (et bien imprudent) alpiniste français, nous avons transformé cet acte de barbarie en une véritable victoire pour ses assassins qui ont donc appris qu’en décapitant cet innocent ils avaient bouleversé la France toute entière. Voilà qui ne peut qu’encourager d’autres adeptes du « calife » Baghdadi à massacrer d’autres touristes français égarés pour remporter sur nous une victoire facile.

Les terroristes du monde entier qui savaient déjà que la France payait toujours la rançon qu’ils exigeaient pour récupérer ses otages savent maintenant qu’il suffit d’en décapiter un pour que la France s’arrête quelques instants. Nous voulions condamner l’horreur, nous lui avons fait la plus maladroite des publicités.

Notre faune politique et nos médias se sont réjouis de voir qu’un certain nombre de musulmans avaient tenu à manifester publiquement leur condamnation de ce crime. Et ils en ont conclu que « nos » musulmans, refusant l’amalgame, n’avaient « rien à voir » avec ces extrémistes qui, au nom d’Allah, avaient déclaré la guerre à l’Occident.

Il est évident que nos 6 à 7 millions de musulmans français ou résidant en France n’ont pas tous l’intention de nous décapiter, la nuit, aux coins des rues. Mais c’est le « rien à voir » qui pose question. Même les imams de service qui affirment devant les caméras de télévision que ces égorgeurs de l’Etat islamique ne sont pas de « vrais musulmans » et qu’ils trahissent le Prophète et le Coran savent parfaitement qu’Al Qaïda, qu’Al Qaïda au Maghreb Islamique, que l’Etat Islamique et ses filiales sont de vrais (et bons) musulmans et qu’ils se sont lancés dans la conquête du monde avec le rêve fou d’imposer la loi du Prophète à la planète toute entière.

Si « nos » musulmans qui vivent dans nos sociétés et profitent de tous les avantages de notre civilisation ne peuvent que condamner certaines méthodes des « fous d’Allah », aucun d’entre eux ne peut les « excommunier » et les renier. Eux aussi rêvent au triomphe de l’Islam, qu’ils soient ou non intégrés puisqu’avec eux on ne peut pas parler d’assimilation, ce qui est d’ailleurs interdit par la dictature de notre pensée unique.

Il y a bien longtemps que les Chrétiens ont renoncé à faire du prosélytisme, n’envoient plus de missionnaires convertir les terres lointaines et ne se lancent plus dans des croisades. Mais il faut bien comprendre que l’Islam renaissant, lui, n’a pas renoncé à la conquête, au prosélytisme et à l’espoir de dominer un jour la planète. Et tant que notre seule arme sera de brandir le drapeau de la laïcité (un mot intraduisible dans la langue du Prophète) nous n’arrêterons pas la marche triomphante de l’Islam. Pas plus d’ailleurs qu’en mettant nos drapeaux en berne et en nous indignant.