A part s’accrocher au pouvoir, François Hollande ne sait évidemment pas ce qu’il veut. Après avoir effectué un premier virage sur l’aile (droite) en janvier dernier, il a, dans l’affolement, nommé à Matignon Manuel Valls, l’homme qui s’était toujours opposé à lui, qui le méprisait ostensiblement depuis des années et qui allait incarner une violente accélération dans la ligne droite après le virage. Cette autoflagellation publique du chef de l’Etat qui se déjugeait ainsi en trahissant tous ses engagements, n’ayant servi strictement à rien, tous les chiffres continuant à être de plus en plus catastrophiques, que ce soit sa côte de popularité, le taux de chômage ou les déficits publics, François Hollande a accéléré encore davantage dans la ligne droite en nommant à Bercy un ancien de la banque Rothschild, Emmanuel Macron.

On se retrouvait donc avec, à l’Elysée, un ancien apparatchik de la rue Solferino plus ou moins reconverti dans la social-démocratie, à Matignon, un adepte du social-libéralisme pour ne pas dire du libéralisme honteux, à l’Economie, un banquier pur et dur, à l’Assemblée, une majorité éclatée entre des socialistes version SFIO, des socialistes version mai 68 et des amoureux de Martine Aubry, tous ne pensant qu’à 2017 (moins à la présidentielle qu’à leur éventuelle réélection aux législatives) et tous détestant Valls et haïssant Macron mais se demandant, tout de même, si ces deux socio-traitres ne leur apporteraient pas un salut inespéré.

Jamais dans toute l’histoire de la Vème République pourtant peu avare en incohérences, une majorité présidentielle n’avait été aussi hétéroclite, aussi divisée, aussi contradictoire. Sans même parler des Ecologistes, du Parti de gauche et maintenant des radicaux. Il est vrai que jamais non plus aucun président de la République n’avait été aussi incertain, cafouilleux, débordé aussi bien par les événements que par ses propres troupes.

Devant la situation actuelle du pays, certains rêvent d’un gouvernement d’union nationale. Eh bien Hollande, roi des pires compromis, des magouilles en tous genres et des acrobaties les plus audacieuses, nous en offre un ersatz. Mais c’est, bien sûr, du très grand n’importe quoi.

La salle du Conseil des ministres est devenue une auberge espagnole qui sert forcément la pire des ragougnasses, avec une Taubira, l’indigène de service, qui veut faire la révolution et met du pili-pili dans tous les plats, Sapin, Le Drian et Le Foll, sur la défensive, qui déversent des flots de sauce hollandaise un peu partout en répétant que le chef mériterait trois étoiles, Ségolène Royal qui, toute sourire, parsème tout de petites herbes, en attendant, une fois de plus, son heure, Fabius, élégant, qui ne veut toucher à rien et a le haut-le-cœur en voyant ces gens, et, en bout de table, Macron et Valls qui réclament un peu de tenue et deux tournedos Rossini.

On attend évidemment avec impatience que la vaisselle se mette à voler et les convives à s’étriper.

Ce matin, dans le Journal du Dimanche, Emmanuel Macron a ouvert les hostilités en déclarant qu’il ne fallait « ni tabou ni posture à propos de l’indemnisation du chômage » et que « l’assurance chômage ayant un déficit de 4 milliards, aucun responsable politique ne pouvait s’en accommoder ».

On aurait pu croire qu’en faisant une telle « déclaration de guerre » au président de la République, à la plupart de ses collègues ministres, à la majorité des députés et au PS dans sa totalité, le « petit jeune » faisait de la provocation et qu’après avoir déjà traité les chômeuses bretonnes d’« illettrées », il signait ainsi son arrêt de mort.

Mais, en fait, le ministre de l’Economie ne faisait là que reprendre pratiquement à la lettre, non pas le programme de Nicolas Sarkozy mais les propos qu’avait tenus Manuel Valls à Londres et même à l’Assemblée quand le Premier ministre avait affirmé « La question du montant et de la durée de l’indemnité chômage doit être posée ».

Frappé ainsi à la pointe du menton, Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS, vacillait un peu ce matin sur le ring et ne sachant pas quoi répliquer marmonnait, en entrant au Conseil national du PS : « Quand le président de la République s’exprime, les ministres appliquent ». Phrase qui évoquait, bien sûr, le fameux « Je décide, il exécute » de Chirac à propos de Sarkozy mais qui était d’autant plus ridicule que personne n’était capable de savoir ce que le président de la République en question (qui avait lui-même nommé Valls et Macron) avait bien pu « exprimer » ces derniers temps à propos de l’assurance chômage.

Bref, tout est trouble, confus, vaseux. Une ambiance délétère de fin de règne. Une seule chose semble claire et elle est d’importance : Hollande visite maintenant des centres hospitaliers alors que Valls se prépare à affronter Sarkozy (ou éventuellement un autre) en 2017 et que le « petit Macron » va, avec la bénédiction de Valls, imposer ce qu’on appelle déjà, dans les couloirs de Bercy, la « macron-économie », c’est-à-dire une politique de droite comme jamais la droite n’a osé en mener, avec pour objectif non seulement de redresser un peu le pays mais surtout de couper l’herbe sous le pied de Sarkozy (et des autres) et peut-être de permettre à Valls de l’emporter dans deux ans et demi. Le tout sous les regards étonnés, stupéfaits, hagards, haineux de toute la nomenklatura socialo-marxisto-gauchiso de l’Elysée, de l’Assemblée et du Parti.

Bref, c’est la guerre dans les allées du pouvoir et il va y avoir du sang sur les murs.