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La belle vie à la CGT…

Ce matin, tous nos commentateurs patentés se disent stupéfaits de la révélation du Canard Enchainé selon laquelle Thierry Lepaon, le secrétaire général de la CGT, se serait fait payer, par sa confédération, 130.000 € de travaux pour aménager agréablement l’appartement que lui offre cette même confédération en payant (pour lui) un loyer de 2.500 €, ce qui d’ailleurs, vu le marché de l’immobilier, n’est pas très cher puisqu’il s’agit tout de même d’un 130 m2 en bordure du bois de Vincennes.

Le plus étonnant dans cette (petite) affaire est, bien sûr… l’étonnement de nos commentateurs et la naïveté (qu’on veut croire feinte) dont ils font preuve.

S’imaginent-ils vraiment que nos syndicalistes professionnels et nos hommes de gauche en général vivent comme des ascètes, méprisant la bonne chair, les bons vins et tous les plaisirs parfois même un peu honteux que peut offrir le capitalisme quand il est bien compris et dans ce qu’il a de plus égoïste ?

Tout le monde sait parfaitement que si l’on veut avoir une chance d’apercevoir les dirigeants de la CGT, de FO ou du PS, voire du Parti Communiste ou du Parti de gauche, il faut réserver une table chez Laurent, chez Lasserre ou chez L’Ami Louis ce qui permet, à deux et avec les vins, les cigares et l’Armagnac, de se régaler sans pudeur ni scrupule pour le prix d’un SMIC.

Pendant les mois d’été, si l’on veut parler chômage, précarité, exclusion avec de vrais spécialistes, il faut impérativement aller soit dans le Lubéron, soit à l’île de Ré, soit à Hossegor. Très rares, en effet, sont nos syndicalistes ou nos responsables de gauche (comme de droite) qui passent leurs vacances dans les corons du Nord.

Naturellement, il y a longtemps eu deux réactions possibles devant ces petits égarements. Les uns s’écriaient : « Après tout, ils auraient- bien tort de se priver ! » alors que les autres murmuraient : « Le tout est de ne pas se faire prendre ». Ces deux attitudes qui partageaient à peu près équitablement l’opinion ne sont plus possibles.

D’abord, parce que, grâce au progrès et à l’apparition de ce qu’on appelle « l’investigation », la délation, vieux sport typiquement français, est devenue une véritable institution qui permet de débusquer n’importe quelle turpitude de n’importe quel petit notable de n’importe quel village de campagne. Lepaon a, évidemment, été « balancé » par l’un de ses plus proches « camarades » qui a diffusé l’information dans toutes les fédérations.

Ensuite, parce que si, malgré la crise et le précipice dans lequel notre pays dégringole à grande vitesse, nous continuons à pardonner à nos dirigeants de tous poils leurs mensonges effrontés, leurs promesses jamais tenues et leur incapacité notoire à assumer leurs responsabilités, cette même crise est telle que de voir passer devant nous de beaux messieurs dans leurs beaux costumes chamarrés et leurs beaux carrosses dorés nous donne désormais envie de dresser des guillotines, surtout si nous apprenons que, dans leurs palais de marbre, ils continuent à se goberger à nos frais et parfois même à notre santé.

Thierry Lepaon s’était connaitre en étant « le héros CGT des Moulinex », c’est-à-dire un mélange de Danton et de Robespierre, prêt à monter sur les barricades et à faire le sacrifice de sa vie en présentant sa poitrine aux balles du pouvoir répressif pour défendre ses camarades que le capitalisme jetait sur la paille. Malin, il est vite redescendu de sa barricade et a rejoint l’appareil du syndicat pour en escalader 4 à 4 tous les échelons.

Au fond, il a fait comme Edouard Martin, « le héros CFDT de Florange » qui, lui aussi, bravait les puissances de l’argent (des roupies en l’occurrence) et, plus encore, les micros pour défendre ses camarades et qui, toute réflexion faite, toute honte bue, et alors que tous les hauts fourneaux avaient été éteints, est devenu tête de liste du PS aux élections européennes pour se recaser confortablement dans l’un des meilleurs fromages de la République, en passant ainsi des hauts fourneaux de Lorraine aux petits fours de Strasbourg.

Les paris sont pris. Lepaon va-t-il sauter pour… « abus de biens sociaux » comme la morale la plus élémentaire l’imposerait ou va-t-il rester dans son bel appartement et à la tête du premier syndicat de France ?

La CGT qui a un sens de l’humour qu’on ne lui soupçonnait pas vient de faire savoir que son secrétaire général avait refusé l’installation d’un home cinéma et d’une cave à vins dans son nouvel appartement. Preuve des goûts modestes de Lepaon. Preuve surtout que la CGT ne souhaite pas que les investigateurs fourrent leur nez dans les comités d’entreprise qu’elle contrôle, à la SNCF, à l’Edf et ailleurs où, là, l’argent détourné ne se chiffre pas par centaines de milliers mais par millions d’euros.

Certains se demandent encore pourquoi, en France, il n’y a que 7% des salariés à être syndiqués…

29 Oct 2014 | Comments (9)

Une étape de plus dans la cassure de notre société

La mort d’un jeune homme de 21 ans, Rémi Fraisse, tué par « une explosion » au cours d’une manifestation contre la construction d’un barrage à Sivens, dans le Tarn, a provoqué de nouvelles manifestations, parfois violentes, un peu partout en France et une polémique qui prend de l’ampleur à Paris.

L’enquête n’a pas encore démontré formellement si la grenade, sans doute à l’origine de l’explosion mortelle, avait été lancée par un gendarme (ce qui semble le plus vraisemblable) ou par un manifestant, mais les écologistes accusent déjà les forces de l’ordre d’avoir utilisé des moyens « disproportionnés » pour faire face aux « débordements » provoqués par les adversaires du barrage contesté alors que Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, qui n’aurait évidemment pas dû prendre la parole avant les résultats de l’enquête menée par le procureur d’Albi, rappelle bien maladroitement que les gendarmes et les CRS sont actuellement victimes de violences inacceptables, comme s’il voulait déjà excuser ses hommes pour cette « bavure ». Et, naturellement, tout notre petit personnel politique se croit obligé de commenter ce fait divers tragique, les uns accusant les écologistes d’irresponsabilité, les autres accusant le régime d’être responsable de toutes ces violences.

Il est évident que depuis des années –en fait depuis l’affaire du Larzac- les écologistes « purs et durs » constituent l’essentiel des « troupes » qui manifestent violement et s’en prennent aux forces de l’ordre. Ils ont remplacé les communistes, les trotskistes et les militants des groupuscules d’extrême-droite qui autrefois aimaient « casser du flic ». Il est évident aussi que, comme ceux-là jadis, ils attirent les voyous en tous genres toujours prêts à en découdre et ravis de pouvoir, en toute impunité, détruire des abribus, incendier des voitures et piller des magasins.

Les pouvoirs politiques, de droite comme de gauche, n’ont toujours pas compris à qui ils avaient affaire. Il est vrai que les militants écologistes sont inclassables. Ils se disent, bien sûr, de gauche, voire d’extrême gauche mais défendent pourtant, sans doute sans même le savoir, les thèses lancées jadis par… Pétain lui-même qui souhaitait un retour à « la terre qui, elle, ne ment pas ».

Se prétendant progressistes, ils sont résolument réactionnaires au sens le plus exact du terme et adversaires de tout progrès qui, selon eux, met en péril la planète. Ils jouent sur toutes les peurs –peur de l’atome, de la pollution, de la fonte des pôles, de la disparition de la couche d’ozone, etc.- et prônent -sans se rendre compte de leur ridicule- le retour à la lampe à huile et à la marine à voile, souhaitant même la « décroissance », alors que la moitié de l’humanité crève encore de faim.

Personne ne conteste que le XXème siècle, dans sa soif de croissance, de productivité, ait poussé les hommes à jouer aux apprentis sorciers et que nous ayons fait avancer le désert dans le Sahel, reculer la forêt en Amazonie et pourri l’atmosphère dans nos grandes villes. Mais récuser l’atome en évoquant Hiroshima ou Fukushima ou refuser l’expérimentation du gaz de schiste sous prétexte « qu’on ne sait pas » est évidemment absurde.

Certes, les écologistes savent se mobiliser sur des thèmes « porteurs ». L’aéroport de Notre-Dame des Landes n’est qu’une lubie de Jean-Marc Ayrault qui ne s’appuie sur aucune étude économique sérieuse, la centrale de Fessenheim commence à être très fatiguée et donc, peut-être, dangereuse, la ferme des 1.000 vaches semble totalement délirante et tout le monde dit que ce barrage de Sivens, dans le Tarn, est absurde.

Mais il suffit d’écouter et d’observer d’un peu près ces « gauchistes réactionnaires », intégristes de l’écologie, qui mélangent Pétain et mai 68 pour s’apercevoir qu’en réalité ils contestent moins les aéroports, les barrages, les centrales nucléaires que notre société elle-même qui les a exclus.

Et c’est en cela que le phénomène actuel est à la fois révélateur et terriblement inquiétant. Ces jeunes qui s’insurgent contre un barrage peut-être inutile s’insurgent, en réalité, contre un système qui les a jetés, dès leur sortie de l’école où ils n’avaient rien pu apprendre, dans le chômage à vie, leur interdisant tout autre espoir que d’être des marginaux à tout jamais plus ou moins assistés. Ils ne peuvent plus croire ni en la politique, ni en l’action syndicale, ni en la méritocratie, ni, bien sûr en la famille ou en l’église et, à leurs yeux, le progrès dont se targuent nos classes dirigeantes (elles-mêmes en décomposition) ne fait que creuser davantage encore les inégalités dont ils sont les premières victimes.

Or ces jeunes sans espoir sont des plus en plus nombreux et ces « jacqueries » vont, de toute évidence, se multiplier en prenant les prétextes les plus divers.

La mort du jeune Rémi Fraisse, et quelles qu’aient été les circonstances exactes de ce drame, restera sans doute comme une étape de plus dans la cassure de notre société.

28 Oct 2014 | Comments (16)

Rustines et bredouillage

Le chômage continue d’augmenter, Bruxelles n’apprécie pas le budget de la France, 86% des Français ne veulent plus voir Hollande, la majorité présidentielle est en train d’exploser, le Premier ministre a tellement honte du PS qu’il veut en changer le nom…

Nous avons maintenant 3,430 millions chômeurs de catégorie A, soit 4,3% de plus qu’il y a un an, et 5,120 millions chômeurs toutes catégories, soit 5,7% de plus que l’année dernière. Rebsamen, le ministre du Travail célèbre pour ses gaffes est, cette fois, honnête et reconnait tout penaud : « Nous sommes en échec » en se contentant de d’annoncer la création de 50.000 emplois aidés de plus. Ce gouvernement n’a donc toujours pas compris que ces emplois aidés ne servaient qu’à truquer les chiffres, sans que personne ne soit dupe, tout en plombant davantage l’économie puisqu’ils ne créent aucune richesse et que c’est l’Etat qui les paie.

Pendant combien de temps encore faudra-t-il leur répéter que seuls des emplois créés par les entreprises (privées) pourront nous sortir de cette spirale épouvantable du chômage et que, pour que les entreprises puissent embaucher, il faut, d’une part, qu’elles soient libérées du poids de la réglementation qui les étouffe et de celui des charges qui les écrasent et, d’autre part, qu’un minimum de croissance –au moins +1,5%- fasse redémarrer la machine avec des investissements permettant l’innovation et une reprise de la consommation. Mais qu’a-t-on donc appris à l’ENA à MM. Hollande, Macron et Sapin ?

Quant à notre budget qui risque bien d’être retoqué par la Commission européenne, il faudrait que Hollande comprenne enfin qu’il n’est plus premier secrétaire du PS et qu’il ne peut donc plus se contenter de faire des synthèses, des compromis et de la ratatouille pour franchir les obstacles en les faisant disparaitre comme par enchantement.

Il a le choix entre, d’une part, Bruxelles, les engagements pris par la France et l’évidente exigence qui veut qu’on ne laisse pas indéfiniment filer les déficits et, d’autre part, les « durs » de sa majorité ou du moins les vrais socialistes et ceux qui veulent qu’il soit fidèle à ses promesses de campagne et qui refusent l’austérité en rappelant que le candidat Hollande avait lui-même affirmé qu’il ne s’inclinerait jamais devant les diktats de Bruxelles, d’Angela Merkel et de la finance.

Or, comme à son habitude, Hollande n’a pas voulu ou a été incapable de choisir. Comme toujours avec lui, c’est la chèvre « et » le chou, le lard « et » le cochon. Son budget avec 4,3% de déficit au lieu des 3% promis et exigés par Bruxelles déplait aussi bien à la Commission européenne qu’à toute l’aile gauche de sa majorité présidentielle. Ces 21 milliards d’économie sont totalement insuffisants aux yeux de l’Europe et totalement insupportables aux yeux de Martine Aubry, de Montebourg et des frondeurs de l’Assemblée qui étaient 39 à s’abstenir lors du vote de la première partie du budget mais qui pourraient bien être plus nombreux pour la deuxième partie, certains pouvant même passer de l’abstention au vote « contre ».

La France est dans une telle situation qu’on ne s’en sortira pas avec des rustines pour retrouver la croissance et avec du bredouillage pour retrouver l’équilibre des comptes. Or, hélas, Hollande, tout au cours de sa carrière, n’a jamais pratiqué que les rustines et le bredouillage. Mais tout le monde se savait…

25 Oct 2014 | Comments (7)

Les 60 voleurs

Le Canard enchainé qui a ses sources à Bercy révèle, cette semaine, que 60 parlementaires ont actuellement des « problèmes » avec l’administration fiscale. En clair, ces élus du peuple qui font nos lois ont triché sur leurs différentes déclarations pour essayer de voler (c’est le mot) l’Etat et se sont fait pincer comme de vulgaires Cahuzac ou de pauvres Thévenoud.

On dira que 60 voleurs sur 577 députés et 348 sénateurs, c’est-à-dire sur 925 parlementaires, ce n’est pas beaucoup. Cela ne fait jamais que 6,5%. Si, hypothèse d’école, on se sert de ce même pourcentage pour l’ensemble des 37 millions de foyers fiscaux cela ne ferait que… 2,4 millions voleurs. Il est vrai qu’il n’y a que 19 millions de contribuables qui paient l’impôt. Si on se limite à eux, avec toujours ces 6,5%, cela ne fait plus que que… 1.235.000 voleurs. Pas de quoi fouetter un chat…

Mais on peut aussi, naturellement, se demander si cette soixantaine de parlementaires repérés ne sont pas « les maladroits de la bande » car rien ne dit que les 865 autres parlementaires aient vraiment, tous, tout déclaré au fisc et soient parfaitement blanc-bleu.

La liste complète des 60 voleurs-fraudeurs n’a pas encore été révélée mais on a déjà quelques noms et il y en a un qui retient tout particulièrement l’attention. Celui de Philippe Marini.

Marini est sénateur de l’Oise, maire de Compiègne et dignitaire franc-maçon. En principe, il ne devrait pas avoir, comme Thévenoud, d’« allergie administrative » et il devrait même savoir compter puisqu’il a fait l’ENA et surtout qu’au Sénat il a été successivement rapporteur général du Budget, puis président de la Commission des Finances, postes particulièrement importants et qui l’ont, évidemment, mis quotidiennement en contact avec le ministère des Finances et l’administration fiscale.

Or, le dit-Marini a « oublié » de déclarer un bien immobilier « de valeur ». Pour sa défense, l’ancien président de la Commission des Finances qui voulait devenir président du Sénat (il a obtenu dans la primaire UMP… 7 voix, contre Larcher 80 et Raffarin 56) déclare : « Il s’agit d’un bien qui est dans ma famille depuis 1930 et auquel je n’avais pas prêté attention » (sic).

Il est évidemment agréable d’hériter de quelques immeubles anciens bien placés mais n’est-ce pas faire preuve d’une ingratitude coupable à l’égard de ses ancêtres que de ne plus… « y prêter attention ». De qui ce petit bonhomme se moque-t-il ?

Le problème n’est pas de savoir si Marini est gâteux ou amnésique ou les deux à la fois. Il est de savoir de quelle sanction il va maintenant « hériter ».

L’association « Les Contribuables associés » que préside Benoite Taffin et qui se bat, à juste titre, contre « l’oppression fiscale » lance une pétition exigeant l’inéligibilité « à vie » pour tous les élus condamnés. Elle a parfaitement raison. Mis à part l’aspect moral de cette pétition, cela permettrait sûrement de réduire considérablement le nombre de nos parlementaires ce que tout le monde (sauf les parlementaires) réclame. Mais, bien sûr, il faudrait alors que la justice se montre intraitable avec nos élus. Ce qui serait aussi une grande nouveauté. On peut toujours rêver…

24 Oct 2014 | Comments (3)

Une stupéfiante cohabitation

Certains naïfs s’imaginent que la gauche est au pouvoir sous prétexte qu’à l’Elysée c’est un ancien premier secrétaire du PS qui inaugure les chrysanthèmes. Ils n’ont rien compris. Ils n’ont pas vu qu’à Matignon le Premier ministre menait une politique résolument de droite en jetant à bas tous les tabous qui faisaient crever la France depuis des années et qu’à l’Assemblée la véritable opposition n’était plus constituée que de députés socialistes, écologistes ou d’extrême gauche.

Nous sommes donc en pleine cohabitation, avec un président qui ronchonne dans son coin et un Premier ministre qui, aimant les entreprises, les patrons et la finance, s’attaque à l’assurance-chômage, aux allocations familiales, au contrat de travail, au travail le dimanche, etc. autant de sujets que la droite nous avait toujours promis d’aborder et devant lesquels elle s’était toujours lamentablement « dégonflée ».

Très logiquement, ce Premier ministre « de droite » doit ferrailler durement avec une opposition, et une seule, menée par la plupart des ténors du parti socialiste, Martine Aubry, Arnaud Montebourg, Benoit Hamon et les autres qu’on appelle « frondeurs » mais qui sont, en réalité, les derniers fidèles si ce n’est au président de la République lui-même du moins à tous les engagements qu’il avait pris pour se faire élire. Les derniers gardiens d’un temple… en ruines.

L’ennui, bien sûr, c’est que ce Premier ministre qui mène une politique de droite et qui doit affronter une opposition de gauche est… officiellement lui-même de gauche, qu’il est à la tête, en principe, d’une majorité présidentielle de gauche qui a été élue, avec le président, pour conduire une politique de gauche. Même si les réformes qu’il a entreprises peuvent séduire (surtout à droite), il n’a aucune légitimité en trahissant ainsi sa famille politique et, plus grave encore, les électeurs.

Ce petit jeu qui ressemble à une imposture ne pourra évidemment pas durer très longtemps. Où Manuel Valls réussit à entrainer avec lui, sur le chemin de la trahison, une majorité de parlementaires « de gauche » assez lucides pour comprendre que suivre Hollande et rester fidèles à ses promesses les conduit –avec le pays- à la catastrophe, ou il sera, inévitablement et à court terme, obligé de quitter Matignon. Il ne lui restera plus alors qu’à traverser son désert en se préparant pour 2017 et en façonnant son image de candidat responsable de « centre-gauche ». Il sait déjà qu’il pourra plaire aux centristes et qu’il aura donc à affronter Alain Juppé qui compte, lui aussi, sur ces voix souvent déterminantes.

Tout cela rappelle un peu 1976 quand Chirac démissionna de Matignon pour créer le RPR, s’emparer de Paris et se préparer à affronter Giscard en 1981. Chirac savait que Giscard ne serait pas réélu comme Valls est aujourd’hui convaincu que Hollande sera battu par n’importe qui, en se représentant. Cela pourrait aussi rappeler 1970 quand Chaban lançant sa fameuse « Nouvelle société » sans même en avoir parlé à Pompidou qui ne pouvait que la désapprouver et qui le vira illico.

Reste à savoir si les Français sauront gré à Valls d’avoir essayé de tout changer ou s’ils se souviendront qu’il était, malgré tout, socialiste et lui feront payer cette tare indélébile. On comprend pourquoi Valls souhaite aujourd’hui changé le nom du PS. Il ne veut plus qu’on le soupçonne d’avoir le moindre rapport avec ce socialisme moribond…

Cela dit, ce qui est frappant aussi c’est la quasi disparition de la droite qui est devenue inaudible, inodore et sans saveur. Plus personne, à droite, pour rappeler que le chômage (dont la courbe devait s’inverser avant la fin de 2013) continue à augmenter, que les déficits et donc la dette continuent à se creuser, que le moral des Français qui n’était déjà pas fameux continue à dégringoler alors pourtant que Hollande s’était engagé sur l’honneur à « ré-enchanter le rêve français ».

Au lieu de tirer à vue sur le pouvoir actuel, Sarkozy s’en prend à Bruno Le Maire et à Hervé Mariton pour gagner la présidence de l’UMP, Juppé flingue courtoisement Sarkozy en vue des primaires de la droite et de la présidentielle, Fillon a déjà fait comprendre qu’il serait candidat à cette présidentielle même s’il était battu aux primaires. Bref, au lieu d’assumer son rôle d’opposition, la droite, la plus bête du monde, continue à regarder son nombril et à s’entredéchirer. Elle ne trouve peut-être rien à redire à la politique menée par Valls… Heureusement que les socialistes sont là pour jouer le rôle de l’opposition.

On se demande ce que les Français peuvent bien penser de ce spectacle où, au milieu d’une évidente cacophonie et d’un champ de ruines, chacun s’est mis un faux nez pour jouer le rôle de l’autre : le Premier ministre de gauche mène une politique de droite, la majorité socialiste devient l’opposition, la droite, n’osant pas approuver le Premier ministre, en est réduite à se chamailler… Un spectacle stupéfiant, voire écoeurant.

24 Oct 2014 | Comments (3)

Retour à la IVème

Il faut se rendre à l’évidence. C’en est fini du bipartisme français qui gérait tant bien que mal notre vie politique depuis plus d’un demi-siècle. Ennemi des partis qui avaient conduit la France au désastre à deux reprises, en 40 et en 58, de Gaulle avait instauré un système où la droite et la gauche étaient obligées, chacune de son côté, de se rassembler. Pendant des années, nous avons donc eu l’UDR, puis le RPR, puis l’UMP (avec la parenthèse de l’UDF) à droite, en face du PS, à gauche. Les choses étaient claires et les crises ministérielles en cascade de la IVème avaient été remplacées par le jeu de l’alternance à dates fixes de la Vème. La République ne s’en portait que mieux.

Mais l’usure du temps, la médiocrité des hommes, l’apparition d’un troisième larron, le Front National, et une crise dévastatrice que droite et gauche se montraient tout aussi incapables de juguler finirent par faire éclater cette belle construction, un peu contre-nature il faut en convenir.

Aujourd’hui, il est évident que nous avons, au moins, deux droites –une « dure » et une tournée vers le centre- et deux gauches –une « dure » et une tournée, elle aussi, vers le centre- avec, en plus, une extrême-droite qui n’a jamais été aussi puissante et un centre qui tente, pour l’instant en vain, de ressusciter. C’est, en effet, le retour à la IVème.

Tout cela dans un champ de ruines où le pays est en pleine décomposition, l’Etat en pleine déconfiture, sous les coups des crises économique, sociale, morale, avec des chômeurs de plus en plus nombreux, des jeunes qui s’expatrient quand ils ne sont pas illettrés, des classes moyennes qui basculent dans la précarité, des inégalités qui se creusent toujours davantage et un rejet massif et rageur de toute la faune politique par toute une population qui se réfugie dans l’abstention ou les votes extrêmes et dans une atmosphère qui, bien souvent, pourrait rappeler les périodes prérévolutionnaires.

Tout a vraiment commencé avec l’éclatement de la droite au lendemain de sa défaite de 2012. On avait cru qu’il s’agissait d’une simple querelle d’égos entre Copé et Fillon. En fait, la fracture était beaucoup plus profonde. La droite ne savait plus sur quel pied danser. Le quinquennat de Sarkozy n’avait été qu’une valse-hésitation entre une ouverture à gauche (avec Kouchner et compagnie) et une radicalisation à droite (avec le fameux et bien maladroit discours de Grenoble) et l’UMP, après la défaite, continuait à se demander si elle trouverait son salut en se tournant vers les ombres centristes ou en courant derrière les électeurs de Marine Le Pen. Copé, c’était le coup de barre à droite, Fillon, le coup de barre au centre. Les deux hommes s’y épuisèrent et disparurent.

Aujourd’hui, ils ont été avantageusement remplacés par Sarkozy-de-retour pour incarner une droite « dure » défiant le Front National et par Juppé-le-revenant pour porter les couleurs d’une droite modérée et de « bon ton », cherchant à récupérer les orphelins de Borloo et les derniers fidèles de Bayrou.

Il faut se souvenir que ces deux droites s’étaient déjà bien souvent affrontées tout au cours de la Vème République. Personne n’a oublié les duels Pompidou/Poher, Giscard/Chaban, Chirac/Barre, Chirac/Balladur, duels inévitables puisque notre droite mettait, par principe, dans le même sac les gaullistes, les radicaux, les démocrates-chrétiens, les radicaux, les modérés. Mais en 2017, l’affrontement Sarkozy-Juppé sera bien pire encore.

Le PS a, lui aussi, toujours été plus ou moins divisé. On se souvient du duel Mitterrand-Rocard et, plus récemment, de tous les congrès où s’affrontaient, parfois violemment, autant de motions que d’éléphants. Les choses se sont cependant, là aussi, considérablement aggravées car le socialisme lui-même tel qu’il voulait encore se présenter, en évoquant et invoquant Jaurès et Blum, est devenu, chaque jour, à l’épreuve du pouvoir et des réalités, de plus en plus… « obsolète ».

On a donc aujourd’hui au PS, d’un côté, les vieux nostalgiques qui, chantant l’Internationale et levant le poing, s’accrochent par fidélité à l’idéologie folklorique du Front populaire, de la lutte des classes et des aubes prometteuses et, de l’autre côté, les « modernistes » qui, acceptant la loi du marché et comprenant que la classe ouvrière vote désormais pour Marine Le Pen, souhaitent faire sauter la baraque (l’immeuble de la rue Solferino), brûler les derniers drapeaux rouges et jeter aux orties l’héritage encombrant de Mitterrand pour trouver leur place dans le XXIème siècle.

Pendant des années, François Hollande avait, en tant que premier secrétaire du PS, réussi un subtile exercice d’équilibriste entre ces « anciens » et ces « modernes ». Elu président et donc enfin responsable, il s’est rapidement aperçu qu’il ne pouvait pas indéfiniment ménager la chèvre e le chou. En finissant, pour tenter de sauver sa peau, par nommer Valls à Matignon et Macron à Bercy, il a accepté d’être le fossoyeur du PS qui, avec le matador catalan et l’ancien banquier de chez Rothschild, n’est plus social-démocrate ni même plus social-libéral mais reprend pratiquement à la lettre le programme de la droite qu’elle-même n’avait d’ailleurs jamais osé mettre en oeuvre.

Mais Hollande avait oublié un détail en se faisant hara-kiri. Il enterrait le PS alors que le PS, tout moribond qu’il était, bougeait encore. Il était majoritaire à l’Assemblée. Croire que Valls était une chance de sauver la boutique en la repeignant de fond en comble, c’était oublier qu’il n’avait obtenu que… 5% lors de la primaire de la gauche. Autant dire qu’il ne représentait rien dans la famille et qu’il n’allait pas pouvoir changer le nom du PS comme il le désirait.

Du coup nous avons aussi deux PS : celui de Valls réaliste, pragmatique, prêt à toutes les compromissions avec tout le monde et à toutes les trahisons avec les grands principes pour essayer de réussir et celui de Martine Aubry, Montebourg, Filippetti, Hamon, d’Emmanuelli et des autres « fondeurs » qui croit encore aux 35 heures, à la retraite à 60 ans, à la chasse aux riches et aux patrons.

Ces deux PS sont aussi irréconciliables que les deux UMP. En clair, en 2017 nous pourrions bien avoir un premier tour qui opposerait Sarkozy, Juppé, Martine Aubry et Manuel Valls. Sarkozy faisant de la surenchère sur le Front National, Juppé et Valls tentant de récupérer les centristes et notamment Bayrou, et Martine Aubry se débattant avec ses vieilles lubies et contre Mélenchon et ce qui reste des communistes. Le tout sous le regard goguenard de Marine Le Pen.

Bref, tout se complique mais, en même temps, tout devient plus clair puisque tous les non-dits de la Vème République ressortent au grand jour et que chacun devra s’assumer tel qu’il est.

Reste, bien sûr, à savoir ce que les Français voudront et ce que la situation du pays exigera. Mais c’est une autre affaire dont nos politiciens-politicards ne se préoccupent guère…

23 Oct 2014 | Comments (6)

Mais Hamon a raison !

On nous accordera que nous n’avons, ici, jamais fait preuve d’une enthousiasme débordant pour Benoit Hamon, cet hurluberlu gauchiste et analphabète que François Hollande avait nommé ministre de l’Education Nationale dans un moment d’inconscience totale.

Cela dit, un minimum d’honnêteté nous oblige à dire aujourd’hui que, depuis qu’il s’est fait virer comme un mal propre du gouvernement, Benoit Hamon fait preuve d’une évidente lucidité.

Ce matin, sur RFI, Hamon a froidement déclaré que la politique actuelle de l’exécutif était « une menace pour la République » et qu’elle menait « vers un immense désastre démocratique en 2017 ». Jamais ni Sarkozy, ni Fillon ni aucun autre responsable de l’opposition n’avaient osé dire que François Hollande « menaçait la République » et « conduisait à un immense désastre démocratique ».

Il va sans dire que Benoit Hamon n’est pas plus aujourd’hui qu’hier un génie de la politique et que ce qu’il dit désormais par rancœur en crachant dans la soupe dont il se gobergeait hier n’a guère d’importance. Mais il est tout de même intéressant de voir à quel point les rats quittent le navire en perdition.

39 députés socialistes (dont trois anciens ministres, Filippetti, Hamon et Batho) et 16 députés écologistes se sont abstenus au lors du vote de la première partie du budget, les recettes. Les « frondeurs » font donc des petits et la majorité se rétrécie d’autant. Cette première partie du budget n’a été approuvée que par 266 voix « pour » et 245 « contre ».

Il est évident que le retour sur le devant de la scène de Martine Aubry qui, elle aussi, exige un changement radical de cap économique, est un apport de poids pour la fronde. L’opposition « interne » commence à se mettre en rangs derrière « la madone des 35 heures », Hamon, Duflot, Montebourg et sa nouvelle compagne Filippetti.

Ils peuvent devenir relativement redoutables pour Hollande et plus encore pour le couple Valls-Macron. En revendiquant haut et fort leur socialisme pur et dur, ils peuvent fustiger à plaisir ce pouvoir qui, après s’être dit « social-démocrate », s’est présenté, avec l’arrivée de Valls à Matignon, comme « social-libéral », puis, avec celle de Macron à Bercy, est devenu carrément « libéral ». Il leur suffira de ressortir le discours-fondateur du Bourget pour accuser Hollande et les siens de « haute trahison ».

Mais que « pèsent » réellement les troupes de Martine Aubry ? Un sondage BVA pour 20 Minutes affirme aujourd’hui que 47% seulement des Français estiment que Martine Aubry « ferait mieux que François Hollande » et 59% des Français ont « une mauvaise opinion » d’elle. Elle a donc raison quand elle prétend ne pas vouloir être « un recours ».

En fait, mis à part le microcosme politico-médiatique qui se lèche déjà les babines en imaginant les coups de poignard, de revolver, de bazooka et de canon lourd que Martine Aubry va tirer contre Hollande, Valls et les autres, plus personne ne veut entendre parler de « la dame des 35 heures ». C’est une revenante d’un autre siècle.

Du haut de son beffroi lillois, Martine Aubry n’a pas compris qu’après deux ans et demi de « hollandisme », les Français ne voulaient plus de socialisme, à n’importe quelle sauce, hollandaise ou autre. Or, elle revient avec ses gros sabots et elle leur propose, comme seule solution, davantage de socialisme, un retour à l’époque de Jospin en 1997, ou mieux encore à celle de Mitterrand en 1981. Comme les émigrés de Coblence, elle n’a rien oublié, rien appris, rien compris.

Il faut d’ailleurs noter que, curieusement, notre tréteau politique ressemble aujourd’hui au Musée Grévin avec ses personnages de cire poussiéreux : un Sarkozy de 2007, un Juppé de 1995, une Martine Aubry de 1997. Seuls, Valls et Macron ont l’air d’être de notre siècle. C’est un petit avantage. Même si, en effet, « ils menacent la République » et « conduisent le pays vers un immense désastre démocratique »…

22 Oct 2014 | Comments (5)

Un grand patron enfin apprécié…

Les innombrables réactions à la mort particulièrement dramatique de Christophe de Margerie sont tout de même surprenantes C’est évidemment la première fois que la France unanime, droite comme gauche, rend un tel hommage, aussi appuyé, à un grand patron. En France, on n’aime pas les patrons, surtout quand ils réussissent d’une manière qu’on qualifie toujours « d’insolente », ce qui était le cas de Margerie.

C’est sans doute pourquoi ces hommages sont étonnants. Aussi bien les politiques que les économistes, chacun y va de sa tirade sur le patron « iconoclaste », « bon vivant », « joyeux drille », « plein d’humour », etc. Personne n’ose évoquer le capitaine d’industrie visionnaire, intraitable, parfois brutal, refusant sans pitié le politiquement correct et ayant ainsi su hisser son entreprise au plus haut niveau.

Comme si, dans notre pays, la seule qualité qu’on puisse éventuellement reconnaitre à un chef d’entreprise était de tutoyer son personnel ou, plus encore, d’aimer le Bourgogne et de fumer le cigare, ce qui permet de lui pardonner de caracoler au sommet du Cac40.

Or, il est évident que Margerie restera dans l’histoire économique de notre pays non pas grâce à sa « big » moustache et à sa truculence de mousquetaire mais bien parce qu’il a eu, à maintes reprises, le courage et même le culot d’envoyer promener aussi bien les syndicats qui s’opposaient à la fermeture de raffineries déficitaires et obsolètes que les écologistes qui se déchainaient contre le pétrole et voulaient en revenir aux seuls moulins à vent.

Margerie était convaincu que les éoliennes étaient une très mauvaise idée et préférait investir dans le solaire. Mieux encore, il estimait que le gaz de schiste était, de toute évidence, une chance inespérée pour prendre le relai du pétrole qui s’épuisait. Et il osait le proclamer. Devant la lâcheté des dirigeants français, il avait d’ailleurs lancé des travaux de recherche du gaz de schiste à l’étranger ce qui avait fait monter encore les actions de Total.

La chance de Margerie fut de pouvoir travailler à l’étranger. Si Total ne payait pas d’impôts en France c’est parce que Total ne faisait pas de bénéfices en France. Au lieu de s’en indigner, nos « gauchos » de service feraient mieux de se demander pourquoi la première entreprise française ne faisait plus de bénéficies en France et en faisait, de considérables, à l’étranger.

Sur un tout autre plan, il est curieux aussi que personne n’ait jusqu’à présent contesté la version de « l’accident » telle qu’on nous la présente. Un simple stagiaire, seul et totalement incompétent, dans la tour de contrôle, un conducteur de chasse-neige totalement ivre mort au milieu de la piste, des conditions météorologiques difficiles, la catastrophe était inévitable ! Il faut avouer que c’est tout de même un peu rapide, voire même troublant et peu crédible.

Comment ne pas se souvenir de la mort d’Enrico Matteï, le président flamboyant et redouté de l’Ente Nazionale Idrocarburi, l’ENI, la grande entreprise pétrolière italienne, tué dans l’explosion de son avion privé en 1962. A l’époque, on avait parlé d’un attentat fomenté par les services secrets français, par la CIA ou par la Maffia. Matteï gênait beaucoup de monde. L’enquête n’a jamais rien donné et un certain nombre d’enquêteurs ont mystérieusement disparu…

22 Oct 2014 | Comments (6)

Un pouvoir en apesanteur

Le budget a toujours été l’épreuve de vérité qui permet de juger une équipe au pouvoir. Celui de 2015 dont l’Assemblée Nationale commence aujourd’hui à débattre est particulièrement révélateur du « hollandisme » dans toute sa splendeur. Il est à la fois « bidon » et incohérent.

« Bidon », parce qu’il est basé sur une croissance à 1% alors que tout le monde, à commencer par Hollande et Valls eux-mêmes, sait que la croissance ne dépassera pas les 0,2/0,3% l’année prochaine. Incohérent, parce qu’il prétend être marqué à la fois par une baisse des impôts pour les Français, des économies massives réalisées par le gouvernement et une réduction du déficit pour plaire à Bruxelles et aux créanciers de la République. C’est le beurre, l’argent du beurre et la crémière !

Pourquoi mentir ainsi sur la croissance ? Mais surtout pourquoi prendre les Français, la Commission européenne et le monde de la finance internationale pour des imbéciles qui pourraient gober de telles balivernes.

Certes, on peut toujours rêver d’une soudaine reprise de l’économie mondiale dont la France, à quatre pattes, récolterait quelques miettes sur le tapis. Mais les rêveurs n’ont pas leur place à la tête d’un pays.

D’autre part, quand on baisse les impôts, c’est-à-dire les recettes, on ne peut pas réduire les déficits, même si on tente de faire des économies.

Hollande et Valls suppriment la première tranche de l’impôt sur le revenu. C’est très gentil pour les 6 millions de contribuables qui en bénéficieront. Mais cela va tout de même coûter 3,2 milliards. Et cette perte ne sera compensée ni par l’augmentation du diesel de 2 centimes par litre ni par l’augmentation de la redevance audiovisuelle, car il y a tout de même des augmentations.

Valls promet 21 milliards d’économies. Où va-t-il les faire ? La rapporteuse ( ?) générale du budget, la socialiste Valérie Rabault (un nom qui ne s’invente pas quand il s’agit de raboter un budget) annonce des coupes de 3,7 milliards dans les aides aux collectivités locales. Cela sera parfaitement intolérable pour les collectivités en question qui ont vu leurs compétences et donc leurs dépenses augmenter considérablement ces derniers temps et qui sont en première ligne dans la lutte contre la pauvreté et le chômage. Elles vont donc… augmenter les impôts locaux ce qui rendra la baisse d’impôt dont se vante le gouvernement purement symbolique. Moins d’impôts « nationaux », davantage d’impôts locaux. Les Français et notamment les classes moyennes qui seront, une fois encore, les premières à trinquer, commencent à en avoir l’habitude.

Hollande et Valls font, comme toujours, du funambulisme en tentant de garder l’équilibre entre leur gauche (les frondeurs, les écolos, le front de gauche, la gauche du PS et même les radicaux) qui s’indigne de cette politique d’austérité qui tue les espoirs de croissance et Bruxelles qui commence à en avoir assez de cette France qui ne tient aucun de ses engagements et refuse de faire les moindres réformes de structures.

Hollande et Valls sont convaincus que les frondeurs et tous leurs petits copains finiront pas voter ce budget comme un seul homme non pas parce que Valls brandira le 49,3 mais parce qu’il lui suffira d’évoquer d’un mot la menace d’une dissolution. Et ils sont tout aussi persuadés que la Commission européenne n’osera jamais retoquer ce budget et condamner la France, même si notre déficit sera sans doute en 2015 encore supérieur au 4,3% du PIB qu’annonce, avec optimisme, ce budget.

Ils ont sans doute raison. Les godillots marchent toujours au pas quand ils commencent à entendre les balles siffler à leurs oreilles et on peut penser qu’à Bruxelles Moscovici saura faire comprendre à ses pairs que ce n’est vraiment pas le moment d’aviver les sentiments anti-européens ambiants, sauf à vouloir à tout prix apporter de l’eau au moulin de Marine Le Pen.

Bref, en menaçant l’Assemblée d’une dissolution et Bruxelles d’un nouveau succès de l’extrême droite, Hollande et Valls peuvent continuer à avancer sur leur fil de funambule… sans se rendre compte que ce fil a cassé depuis longtemps.

Car tout est là. Le pouvoir est désormais en apesanteur, hors-sol, n’ayant plus les pieds sur terre ni prise sur rien. Pendant deux mois, nos parlementaires vont, dans les nuages, débattre d’un budget construit sur du sable et qui, de toute évidence, ne sera absolument pas respecté. Mais cela leur fera passer le temps.

Comme Hollande qui, aujourd’hui, est allé à Clichy pour se dégourdir les jambes et… « étudier le problème de la pauvreté ». Mais de qui se moque-t-il ? La précarité, la pauvreté et parfois la misère font aujourd’hui des ravages en France et le président de la République éprouve le besoin d’aller voir de ses yeux… les pauvres. A croire que personne dans son entourage ne lui a jamais dit que maintenant 8,2 millions de Français tentaient de survivre sous le seuil de pauvreté (954 €/mois pour une personne seule). On se demande ce qu’il va bien pouvoir leur dire.

Tout cela est surréaliste et, bien sûr, dramatique. Même ceux qui ont voté pour lui ne méritaient pas cela…

14 Oct 2014 | Comments (18)

C’est la guerre dans les allées du pouvoir

A part s’accrocher au pouvoir, François Hollande ne sait évidemment pas ce qu’il veut. Après avoir effectué un premier virage sur l’aile (droite) en janvier dernier, il a, dans l’affolement, nommé à Matignon Manuel Valls, l’homme qui s’était toujours opposé à lui, qui le méprisait ostensiblement depuis des années et qui allait incarner une violente accélération dans la ligne droite après le virage. Cette autoflagellation publique du chef de l’Etat qui se déjugeait ainsi en trahissant tous ses engagements, n’ayant servi strictement à rien, tous les chiffres continuant à être de plus en plus catastrophiques, que ce soit sa côte de popularité, le taux de chômage ou les déficits publics, François Hollande a accéléré encore davantage dans la ligne droite en nommant à Bercy un ancien de la banque Rothschild, Emmanuel Macron.

On se retrouvait donc avec, à l’Elysée, un ancien apparatchik de la rue Solferino plus ou moins reconverti dans la social-démocratie, à Matignon, un adepte du social-libéralisme pour ne pas dire du libéralisme honteux, à l’Economie, un banquier pur et dur, à l’Assemblée, une majorité éclatée entre des socialistes version SFIO, des socialistes version mai 68 et des amoureux de Martine Aubry, tous ne pensant qu’à 2017 (moins à la présidentielle qu’à leur éventuelle réélection aux législatives) et tous détestant Valls et haïssant Macron mais se demandant, tout de même, si ces deux socio-traitres ne leur apporteraient pas un salut inespéré.

Jamais dans toute l’histoire de la Vème République pourtant peu avare en incohérences, une majorité présidentielle n’avait été aussi hétéroclite, aussi divisée, aussi contradictoire. Sans même parler des Ecologistes, du Parti de gauche et maintenant des radicaux. Il est vrai que jamais non plus aucun président de la République n’avait été aussi incertain, cafouilleux, débordé aussi bien par les événements que par ses propres troupes.

Devant la situation actuelle du pays, certains rêvent d’un gouvernement d’union nationale. Eh bien Hollande, roi des pires compromis, des magouilles en tous genres et des acrobaties les plus audacieuses, nous en offre un ersatz. Mais c’est, bien sûr, du très grand n’importe quoi.

La salle du Conseil des ministres est devenue une auberge espagnole qui sert forcément la pire des ragougnasses, avec une Taubira, l’indigène de service, qui veut faire la révolution et met du pili-pili dans tous les plats, Sapin, Le Drian et Le Foll, sur la défensive, qui déversent des flots de sauce hollandaise un peu partout en répétant que le chef mériterait trois étoiles, Ségolène Royal qui, toute sourire, parsème tout de petites herbes, en attendant, une fois de plus, son heure, Fabius, élégant, qui ne veut toucher à rien et a le haut-le-cœur en voyant ces gens, et, en bout de table, Macron et Valls qui réclament un peu de tenue et deux tournedos Rossini.

On attend évidemment avec impatience que la vaisselle se mette à voler et les convives à s’étriper.

Ce matin, dans le Journal du Dimanche, Emmanuel Macron a ouvert les hostilités en déclarant qu’il ne fallait « ni tabou ni posture à propos de l’indemnisation du chômage » et que « l’assurance chômage ayant un déficit de 4 milliards, aucun responsable politique ne pouvait s’en accommoder ».

On aurait pu croire qu’en faisant une telle « déclaration de guerre » au président de la République, à la plupart de ses collègues ministres, à la majorité des députés et au PS dans sa totalité, le « petit jeune » faisait de la provocation et qu’après avoir déjà traité les chômeuses bretonnes d’« illettrées », il signait ainsi son arrêt de mort.

Mais, en fait, le ministre de l’Economie ne faisait là que reprendre pratiquement à la lettre, non pas le programme de Nicolas Sarkozy mais les propos qu’avait tenus Manuel Valls à Londres et même à l’Assemblée quand le Premier ministre avait affirmé « La question du montant et de la durée de l’indemnité chômage doit être posée ».

Frappé ainsi à la pointe du menton, Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS, vacillait un peu ce matin sur le ring et ne sachant pas quoi répliquer marmonnait, en entrant au Conseil national du PS : « Quand le président de la République s’exprime, les ministres appliquent ». Phrase qui évoquait, bien sûr, le fameux « Je décide, il exécute » de Chirac à propos de Sarkozy mais qui était d’autant plus ridicule que personne n’était capable de savoir ce que le président de la République en question (qui avait lui-même nommé Valls et Macron) avait bien pu « exprimer » ces derniers temps à propos de l’assurance chômage.

Bref, tout est trouble, confus, vaseux. Une ambiance délétère de fin de règne. Une seule chose semble claire et elle est d’importance : Hollande visite maintenant des centres hospitaliers alors que Valls se prépare à affronter Sarkozy (ou éventuellement un autre) en 2017 et que le « petit Macron » va, avec la bénédiction de Valls, imposer ce qu’on appelle déjà, dans les couloirs de Bercy, la « macron-économie », c’est-à-dire une politique de droite comme jamais la droite n’a osé en mener, avec pour objectif non seulement de redresser un peu le pays mais surtout de couper l’herbe sous le pied de Sarkozy (et des autres) et peut-être de permettre à Valls de l’emporter dans deux ans et demi. Le tout sous les regards étonnés, stupéfaits, hagards, haineux de toute la nomenklatura socialo-marxisto-gauchiso de l’Elysée, de l’Assemblée et du Parti.

Bref, c’est la guerre dans les allées du pouvoir et il va y avoir du sang sur les murs.

12 Oct 2014 | Comments (6)

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