Sarkozy se relance donc dans la bataille. On ne peut pas dire que cela soit une surprise. Depuis quelques jours on s’y attendait. En fait, pour être très précis, on s’y attendait depuis… le 6 mai 2012.

Depuis le soir de sa défaite, quand il nous déclarait qu’il renonçait définitivement à la politique, il était évident, pour tous ceux qui avaient un peu approché « l’animal », qu’il ne resterait pas sur cet échec cuisant et qu’il allait, bien sûr, préparer sa revanche. Pendant un peu plus de deux ans, il a eu l’air d’écouter sa femme fredonner, il a fait mine de s’occuper de sa petite fille, il a donné – au prix fort- des conférences un peu partout mais, en fait, il n’a pensé, et pas seulement en se rasant, qu’à une seule et unique chose : pouvoir affronter une nouvelle fois Hollande et le terrasser, cette fois, par KO. Il parait que tous les grands boxeurs qui ont perdu leur titre ne pensent qu’au match de retour.

Cela dit, aujourd’hui, Sarkozy peut remercier Hollande, Ayrault, Valls, Jupé, Copé, Fillon. Car il faut tout de même se souvenir que ce fameux soir du 6 mai 2012, personne -à part sans doute Hortefeux, Estrosi et Nadine Morano- n’aurait parié un kopeck sur l’avenir de ce président battu (de peu il est vrai, mais de 3,28% tout de même) tant il avait été souverainement détesté par une bonne partie de l’opinion qui lui reprochait ses échecs, ses volte-face politiques, ses zigzags idéologiques et, plus encore, d’être… lui-même, avec son manque de classe, son côté bling-bling, ses allures de nouveau riche et sa touche de plouc.

Mais Sarkozy a eu une chance inespérée. Hollande a été… bien pire encore que lui. Sur tous les plans. Le successeur n’a tenu aucune ses promesses, il a zigzagué plus encore, tous ses chiffres –chômage, déficits, balance commerciale- ont été pire encore et, cerise sur le gâteau, il a une dégaine encore plus épouvantable que celle de son prédécesseur.

Et la chance de Sarkozy fut double puisque, si celui qui lui a succédé était pire encore que lui, tous ceux qui prétendaient le remplacer à la tête de la droite se sont ridiculisés et totalement discrédités en se crêpant le chignon, comme des mégères, pendant des mois, devant les Français médusés puis écoeurés, en étant totalement incapables d’assumer la moindre opposition, de présenter le moindre programme et en laissant même le parti sombrer corps et bien dans une tempête de scandales en tous genres.

Droite et gauche se sont donc employées, avec acharnement, à lui préparer la place, à ouvrir un boulevard devant lui. Devant ce vide sidéral, Sarkozy finit donc par avoir raison quand, la mine contrite, il nous affirme qu’il n’en a vraiment pas envie mais que, devant la situation désespérée de la France (qu’il aime plus que tout), il est obligé d’y aller « par devoir ».

Cela dit, rien n’est encore joué. Il est évident qu’il va être élu triomphalement à la tête de l’UMP qu’il va, comme il vient de l’annoncer, transformer « de fond en comble ». Ni Hervé Mariton, ni Bruno Le Maire, les deux candidats à s’être déclarés, n’ont la moindre chance en face de lui.

Il est vraisemblable qu’en reconstruisant une nouvelle UMP il va changer les statuts ce qui lui permettra d’être désigné, sans aucun problème, comme le candidat « naturel » à la présidentielle de 2017.

Mais c’est ici que les choses sérieuses risquent de commencer pour lui. Aura-t-il, en deux ans, réussi à former une véritable coalition entre la droite et le centre, en tirant les leçons de son expérience passée et de son échec de 2012 ? Le centre et les électeurs de droite qui lui ont fait défaut en 2012 lui pardonneront-ils sa droitisation passée et son mauvais genre ? Le programme qu’il faudra bien qu’il présente les séduira-t-il ? Y aura—il, d’ailleurs, un candidat du centre ?

Car, bien sûr, puisque, comme tout le monde, Sarkozy est convaincu que Marine Le Pen se qualifiera pour le second tour, il sait qu’il lui faut arriver dans les deux premiers au premier tour et que n’importe quel candidat du centre, Bayrou ou un autre, peut le reléguer en troisième position, derrière le candidat du PS.

Et puis quel sera le candidat du PS qu’il aura à affronter ? Chacun a compris, en l’écoutant l’autre jour à l’Assemblée, que Manuel Valls avait déjà enterré Hollande et qu’il se présentait désormais en adversaire résolu de Sarkozy. Mais dans quel état sera Valls en avril 2017 ? S’il a réussi à inverser la courbe du chômage, il peut avoir ses chances de devancer Sarkozy. Sinon, il sera mort.

Il faut d’ailleurs aussi se demander dans quel état sera Sarkozy lui-même. En fait, en se présentant pour la présidence de l’UMP, il ouvre, très prématurément, la campagne de la course à l’Elysée. Jamais une campagne présidentielle n’aura été aussi longue. Tous les coups vont être permis. On peut faire confiance à Sarkozy pour en donner. Mais ceux d’en face ne vont pas l’épargner. Bien sûr, il y aura toutes les « affaires », toutes les casseroles qui tintinnabulent bruyamment aux basques de Sarkozy. Mais il y a pire : rappeler ce que fut son quinquennat, son autoritarisme, son agitation permanente, ses dérapages innombrables, son style. Le Fouquet’s, le yacht de Bolloré et plus encore le « Casse-toi petit con ! » seront, pour peu qu’on les ressorte, plus dévastateurs que l’affaire Tapie.

Tout cela va donc être passionnant à observer. Nous allons sûrement avoir d’innombrables surprises. Mais la plus stupéfiante de toutes est, tout de même, de voir que Sarkozy qui, jusqu’à l’arrivée de Hollande, avait été le président le plus détesté de la Vème République, est aujourd’hui de retour et en fanfare.

Et la France, dans tout cela ? C’est une toute autre histoire…