Nicolas Sarkozy réussira-t-il son pari un peu fou : convaincre, d’ici à 2017, 51% des Français de voter pour lui. Ce n’est pas gagné d’avance. Vingt-quatre heures après l’annonce de son retour, 55% de nos compatriotes considèrent que ce retour est « une mauvaise chose », selon un sondage Odoxa pour I-télé et le Parisien.

Visiblement, Sarkozy va avoir deux mots clés à la bouche : « nouveau » (ou « renouveau ») et « rassemblement ». Ce sont, bien sûr, ses deux points faibles. D’abord, parce qu’il fait figure de « vieux » qu’on a vu et revu dans toutes les positions depuis plus de 20 ans et qu’aujourd’hui, tous ceux qu’on connait déjà ayant toujours tout raté, tout le monde veut du nouveau, du changement, du neuf, de nouveaux visages pour essayer au moins autre chose. Ensuite, parce qu’il a, sans doute, été le président de la République le plus « clivant » de toute l’histoire de la Vème République et qu’avec la présence inévitable de Marine Le Pen, il doit impérativement gagner les voix des centristes qui détestent, précisément, les « cliveurs ».

Ancien président, battu par les élections et rejeté violement par beaucoup de Français, ancien patron de l’UMP, ancien tout, il a, pour certains, l’image détestable du « roi du trempoline », de l’éternel revenant qui, comme les émigrés de Coblence de retour pour la Restauration, « n’a rien oublié, rien appris » et ne rêve qu’à sa revanche.

Il lui faut donc faire croire qu’il n’a plus rien à voir avec l’ancien ministre de Balladur qui avait trahi Chirac, avec l’ancien patron du RPR qui s’était ridiculisé lors des Européennes, avec l’ancien ministre de l’Intérieur qui voulait s’en prendre à « la racaille » avec un « Karcher », et surtout avec l’ancien président de la République qui fêtait sa victoire au Fouquet’s, recevait avec tous les honneurs Bachar al Assad et Kadhafi (avant de lui déclarer la guerre), traitait de « pauvre con » un pauvre type au salon de l’agriculture et surtout n’avait pas été capable d’affronter la crise.

Dans son message annonçant sa candidature à la présidence de l’UMP, Sarkozy déclare qu’il veut proposer aux Français un « nouveau » choix politique et qu’il va, dans les trois mois, créer un « nouveau » mouvement qui se dotera d’un « nouveau » projet, avec un « nouveau » mode de fonctionnement et une « nouvelle » équipe qui portera l’ambition d’un « renouveau » si nécessaire à notre vue politique et qui fera émerger de « nouvelles » réponses face aux inquiétudes des Français.

Que du nouveau, du beau, du tout neuf. On avait déjà le Beaujolais nouveau (qui n’est qu’une épouvantable piquette) voici le Sarkozy nouveau !

Même s’il nous affirme qu’il a « pris le recul indispensable pour analyser le déroulement de (son) mandat et en tirer les leçons » et qu’il « a vu monter comme une marée inexorable le désaveu, le rejet, la colère à l’endroit de tout ce qui touche à la politique » qui croira une seule seconde qu’il a changé et qu’il a, come il nous l’affirme, « écarté tout espoir de revanche ou d’affrontement » ?

Sarkozy a passé toute sa (brillante) carrière politique à nous raconter qu’il avait changé, qu’il changeait ou qu’il allait changer. Or, il n’a jamais changé et il est toujours –du moins jusqu’à présent- resté le petit ambitieux complexé, teigneux et méchant, prêt à tout, à toutes les trahisons, à tous les coups bas, à toutes les turpitudes pour arriver, le sale gosse qui avait roulé Pasqua dans la farine pour lui voler la mairie de Neuilly.

Ajoutons que depuis plus de quarante ans, depuis Giscard, tous les candidats à l’Elysée nous ont toujours promis le changement, le renouveau, un monde meilleur, voire même… « la rupture ».

Ce perdreau de l’année, vierge de tout passé, est aussi devenu… grand rassembleur devant l’Eternel. Il veut créer « un rassemblement qui s’adressera à tous les Français », « sans aucun esprit partisan », « dépassant les clivages traditionnels qui ne correspondent plus aujourd’hui à la moindre réalité » car, comme « on ne fait rien de grand sans l’unité de la nation » il aura « le souci du plus large rassemblement ».

C’est de Gaulle en 1947 lançant le RPF, Giscard lançant l’UDF, Chirac lançant le RPR, puis l’UMP. Jamais aucun dirigeant politique créant son « truc » ne nous a dit : « Il est bien entendu que je ne veux ni des fascistes réacs, ni des cocos bolchéviques, ni des gauchos soixante-huitards, ni des rad.-soc. francs-macs, ni des démocrates-chrétiens punaises de sacristie ». Tous ont toujours été prêts à accueillir tout le monde et n’importe qui.

Mais comment ose-t-il dire que le clivage droite-gauche n’existe plus ? N’a-t-il pas vu que, grâce à lui, la gauche s’était renforcée et que grâce à Hollande la droite s’était radicalisée ?

L’ennui c’est que Sarkozy n’ayant lui-même pas d’idée bien arrêtée -autre que celle de conquérir à tout prix le pouvoir- on l’a vu fustiger la droite et débaucher Kouchner, puis fustiger la gauche et courir derrière les électeurs de Marine Le Pen. Passer allègrement de Georges Mandel dont il a écrit ou en tous les cas signé une biographie en 1994 à Charles Maurras comme l’en avait accusé Nathalie Kosciusko-Morizet. Or si Mandel prônait le rassemblement on ne peut guère faire ce reproche à Maurras.

Une chose est sûre, si Sarkozy veut essayer de « rassembler », il faut qu’il ait, avant, réussi à faire croire qu’il a changé. Car les électeurs, eux, n’ont pour l’instant, semble-t-il, pas changé d’opinion à son égard…

Cela, dit, en 2017, les électeurs n’auront peut-être guère le choix. Ce sera, sans doute, la chance de Sarkozy-le-revenant. Il ne serait d’ailleurs pas le premier à être élu par défaut