Tous ceux qui « croient savoir » affirment qu’Emmanuel Macron, notre nouveau, jeune et sémillant ministre de l’Economie, est supérieurement intelligent. Vu l’état de notre économie et donc le travail qui l’attend, on ne peut que l’espérer car c’est, en effet, un génie qu’il nous faudrait pour sortir notre pays de l’abime marécageux dans lequel l’ont plongé tous nos dirigeants politiques depuis une bonne trentaine d’années puisque tous nos malheurs ont réellement commencé en 1981 avec l’élection de Mitterrand et que personne, ni la droite, ni la gauche, n’a osé rectifier le tir depuis, la gauche aggravant même les choses quand elle l’a pu, comme, par exemple, avec les 35 heures.

On veut donc croire que Macron, chaperonné par Manuel Valls qui a désormais tous les pouvoirs, va réussir à imposer la « révolution copernicienne » dont la France a besoin, afin que nous renoncions à croire que la France est au centre du monde comme, avant Copernic, les hommes s’imaginaient que la terre était au centre de l’univers.

Cela dit et avant même de voir Macron à l’oeuvre et au pied du mur, on peut déjà dire que notre petit génie n’est pas un grand virtuose en communication ou du moins qu’il n’a pas encore pris l’habitude de manier la langue de bois.

On sait qu’avant même d’être nommé à Bercy il avait avoué au Point sa répulsion pour les 35 heures ce qui, bien sûr, avait provoqué quelques « remous » au sein du gouvernement, du groupe socialiste de l’Assemblée et rue Solferino, autant de lieux privilégiés où l’arrivée de cet « ancien de chez Rothschild » passait déjà assez mal, surtout au moment même où le Premier ministre, après avoir viré Montebourg, Hamon et Filippetti, se faisait acclamer à l’université d’été du Medef.

Et voilà que le jeune homme remet ça, cette fois dans une interview à Ouest France, la première qu’il donne depuis qu’il est officiellement ministre.

Avec une fausse inconscience qui relève évidemment de la provocation, le nouveau ministre de l’Economie de François Hollande déclare, en effet, au quotidien breton : « Il n’est pas interdit d’être de gauche et de bon sens ». Il n’aurait donc strictement rien compris. Sans remonter jusqu’à Blum ou Guy Mollet, il n’aurait pas écouté le discours du Bourget, il ne connaitrait pas le programme du PS, il ne saurait rien de ce qu’ont fait les socialistes de 1981 à 1986, de 1988 à 1993, de 1995 à 2002.

Comment n’aurait-il pas appris à l’Ena (ou chez Rothschild) que la gauche ce n’est pas « le bon sens » des « petits bourgeois honnis » qui savent que 2+2=4 et qu’on ne peut pas dépenser plus que ce qu’on gagne mais qu’au contraire la gauche c’est le rêve, le grand n’importe quoi, le délire, la démagogie la plus débridée, la chasse à courre à la finance, les riches pendus à la lanterne, le tête des patrons sanguinolente au bout d’une pique, les 30 heures par semaine, la retraite à 40 ans., etc.

Macron ajoute en aggravant son cas : « Ma grand-mère m’a toujours dit que si on ne produisait pas on n’avait pas grand-chose à distribuer ». La grand-mère de l’ancien de « chez Rothschild » avait donc de bonnes lectures. Elle lisait dans le texte l’œuvre d’un autre ancien de « chez Rothschild » devenu Premier ministre puis président de la République, Georges Pompidou qui avait l’habitude de répéter textuellement : « J’ai la faiblesse de croire que les problèmes de répartition seraient grandement facilités si on avait davantage à distribuer ».

Que Macron soit pompidolien serait une excellente nouvelle, mais Pompidou, s’il était, en effet, plein de « bon sens », n’était pas pour autant… « de gauche ».

Et Macron persiste tout au cours de cette interview : « Etre de gauche, pour moi, c’est être efficace, recréer les conditions pour investir, produire et innover ; c’est être juste pour que les efforts comme les gains soient équitablement repartis. Etre de gauche, c’est être responsable, ce n’est pas prendre une posture. C’est essayer de faire bouger les choses ; être davantage du côté du risque que de la rente ».

Mais, dites-moi, il est épatant, ce type ! Et c’est à la mitrailleuse lourde qu’il tire. Qui vise-t-il quand il parle d’efficacité ? Hollande, bien sûr, au pouvoir depuis deux ans et demi et qui n’a strictement rien fait alors que le pédalo continuait à s’enfoncer dans les flots. Qui vise-t-il quand il veut « recréer les conditions pour investir, produire et innover » ? Ceux qui les ont détruites en persécutant les investisseurs. Qui vise-t-il quand il ironise sur ceux qui prennent « une posture » et qui sont « davantage du côté de la rente que du risque » ? Il vise l’Elysée, le gouvernement, le groupe socialiste, le PS, toute la gauche réunie avec même les syndicats qui s’accrochent à défendre la rente des avantages acquis.

Nous savions déjà qu’à Matignon nous avions un nouveau petit Sarkozy, voici que nous aurions à Bercy un nouveau Pompidou !

A l’Elysée, où on n’en revient pas on commence à trouver que Valls et son compère vont un peu loin. Qu’ils aient « renversé » Hollande est une chose, mais était-il indispensable de le ridiculiser ? Et certains se demandent si, finalement, les « frondeurs » n’auraient pas un peu raison…