Ce n’était sûrement son but car cela est évidemment catastrophique pour lui, mais, ce soir, Nicolas Sarkozy nous a rajeunis de quelques années. Rien qu’à le revoir soudain en gros plan sur le petit écran et surtout à réentendre le son de sa voix, nous nous retrouvions brusquement en 2007, voire, pire encore, dans les années où il était ministre de l’Intérieur.

Tout le monde, ou du moins sa garde rapprochée, nous raconte qu’il a changé ; lui-même veut nous faire croire qu’il a enfin compris qu’on ne pouvait pas « tout réussir tout seul » et qu’il regrette d’« avoir blessé des gens en employant parfois de mauvaises expressions » (allusion, peut-être, au « pauvre con ») il n’empêche qu’en le revoyant brusquement surgir de sa boite comme un diablotin si ce n’est comme un fantôme, on était, obligatoirement, repris par tout ce qu’on avait pu ressentir pendant cinq ans, et même, pour les plus anciens, pendant vingt ans.

Il a toujours la même tête, le même ton, les mêmes tics. On ne peut pas le lui reprocher. On ne pouvait tout de même pas lui demander d’aller chez un chirurgien esthétique se faire refaire le visage… Mais, indiscutablement, cela ne pouvait faire qu’un choc de le revoir pareil à lui-même et « tel que l’éternité le meut ».

Cela sera, sans aucun doute, son handicap majeur. Etre toujours Sarko, le type du Karcher, de la Rolex, du Fouquet’s, du discours de Grenoble, du « Carla, c’est du sérieux ». Trop de mauvais souvenirs qui ressurgissent dès qu’il apparait. Une tunique de Nessus qui lui colle à la peau, sans doute à vie.

Pour le reste, il faut bien dire qu’il a été plutôt décevant pendant ces quarante minutes qui lui furent si généreusement accordées.

Après les toutes premières minutes d’autocritique, on a bien vite retrouvé le vilain menteur effronté de jadis. « Je n’ai jamais cru à l’homme providentiel », « Non, je ne suis pas un sauveur », dit-il sans sourire. Certes, il ne pouvait pas dire le contraire mais pourquoi a-t-il éprouvé le besoin de dire cela alors qu’il ajoutait, aussitôt, que, vu l’état du pays, il ne pouvait pas ne pas se relancer dans la vie politique, ne pas venir au secours de ce pays en ruines et désespéré.

Sur « les affaires », il est incohérent quand, pour seule défense, il déclare : « Croyez-vous, si j’avais la moindre chose à me reprocher, que je reviendrais me mettre au plein jour ? » alors qu’il est évident qu’en se relançant dans la course à l’Elysée, coupable ou innocent, il devient pratiquement intouchable pour tous les juges d’instruction. Pour l’affaire Bygmalion, il nous jure, les yeux dans les yeux, qu’il a appris le nom de cette officine véreuse « longtemps après l’élection ». Qui peut le croire ?

A propos de Juppé et de Fillon qui ont, l’un et l’autre, encore répété, aujourd’hui même, qu’ils iraient « jusqu’au bout », Sarkozy nous affirme que Juppé est « un ami, un compagnon », qu’il « admire » et qu’il a travaillé pendant cinq ans avec Fillon « sans le moindre nuage » et il ajoute qu’il aura « besoin de tous les deux ».

En fait, Sarkozy nous a dit pourquoi il était candidat à la présidence de l’UMP, à la primaire de la droite et à l’Elysée. C’est parce que les autres sont des incapables et qu’il est bel et bien l’homme providentiel qui, seul, peut sauver la France et qu’il est donc obligé d’y aller. Mais il ne nous a pas dit ce qu’il comptait faire ni de l’UMP, ni de la France.

Il veut transformer de fond en comble l’UMP pour en faire « un grand rassemblement ». Mais l’UMP qui a, en effet, bien besoin d’être totalement reconstruite, était déjà, en principe et par définition, un grand rassemblement de gaullistes, de libéraux et de centristes. Les gaullistes n’existent plus, les libéraux et les centristes s’en sont allés, généralement parce qu’ils ne supportaient plus Sarkozy. Ne restent aujourd’hui à l’UMP que des… Sarkozistes. Il n’est peut-être pas le mieux placé pour faire revenir au bercail ceux qu’il a fait fuir.

Pour ce qui est de la France, il ne nous a pratiquement rien dit. Pas un mot sur le chômage, pas un mot sur les déficits. Il veut bouleverser notre système fiscal, ce qui serait une bonne idée, mais il n’a pas donné de précisions. Il veut refonder notre modèle social, autre bonne idée, mais pas davantage de précisions. Il veut sortir de Schengen, encore une bonne idée, mais, là encore, cela reste désespérément vague. Quant au mariage pour tous, on n’a rien compris. Il reproche à Hollande de s’être servi des homosexuels pour humilier la famille et radicaliser ses défenseurs et il ne veut pas se servir de la famille pour humilier les homosexuels. Cela veut dire quoi ?

L’idée du jour était, sans doute, de nous annoncer que, quand il y aurait des problèmes, des blocages, il procéderait par referendum. Or, de tous nos hommes politiques, Sarkozy est, bien sûr, le seul à ne pas pouvoir évoquer le mot de referendum car tous les Français se souviennent qu’il s’est assis sans pudeur sur le referendum de mai 2005 sur la Constitution européenne que les Français avaient rejetée par 54,68%, en nous imposant le Traité de Lisbonne qui reprenait au mot près cette Constitution que nous avions refusée et qu’il fit ratifier par le Congrès en février 2008.

Sacré Sarko, t’as pas changé !